‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 96 sur 120 · DISCUSSION CONTRADICTOIRE · texte numérisé non relu

DISCUSSION CONTRADICTOIRE

« À qui parle seul^ il est toujours facUe dV « Toir raison. » Sens commun»

Je suppose que la presse périodique s'occupe de mon travail, autrement que pour en plaisanter : ce qui est déjà fort douteux. Qu'en résultera4-il, dans l'hypothèse la plus favorable?

Chaque journal y consacrera un article, afin de pouvoir dire à ses lecteurs : je vous en ai parlé. Puis, pour que l'article soit plus facilement fait, le rédacteur, au lieu de rendre complc de l'ouvrage, vous exposera son système. L'article ne servira point de réclame à l'ouvrage; ce sera l'ouvrage qui servira de réclame à l'article.

Dans l'état anarchique de l'instruction, dont l'anarchie du journalisme est le résultat, tout journal qui aurait le sens commun ne serait point lu : à moins qu'il n'eût la prétention et la puissance de réformer le journalisme : en instruisant ses lecteurs ; et en leur faisant abandonner ce qui n'a pas le sens commun. Cela sera : mais seulement quand l'ignorance sociale sera près d'être reconnue. Nous n'y sommes pas.

Ainsi, ot pour le moment^ m eomptoQS point sur le journalisme, quand bien même les journalistes auraient les Biieilleures intentions. Ils voudraient) ils ne pourraient. M* de Girardin en a dit les raisons.

Si je me trompe, qu'on me le prouve ; et je serai heureux de le reconnaître.

Mais, faut-il donc se passer de discussion? Faut-il^ les yeux fermés, attendre que Panarchie ait forcé le journalisme ù se transformer; à quitter le chemin stérile de la politique et du galimatias, pour entrer dans la lice du socialisme réel et du bon sens?

Peut-être.

Il faut néanmoins tâcher d'éviter ce mal. C'est ce que je vais faire.

Pour arriver à ce résultai^ je pria lj3S personnes déjà«citées dans ces volumes; et, en outre, celles que j'indiquerai en tête de la lettre collective qui va suivre : de vouloir bien m'adresser leurs observations critiques sur ce commencement de mon traval. Je m'engage à publier ces observations dans mon troisième volume, sous le titre de DHBOUSStON

£ONTRADICTOIRE.

Dans le but de faciliter les observations ; et, pour qu'il -ne puisse être dit : mm ne savons sur quoi prononcer; je vais tracer une série de questions, auxquelles je prie de répoiiâre clairement et aussi succinctement que possible.

— Acceptez-vous les trois théories générales. Si non î pourquoi?

— La société vit-elle automatiquement? ou bien, une règle inventée ou découverte, est-elle nécessaire à la conser-^ vation de la vie sociale, Tordre (1) ?

— Socialement, y a-t4l d'autre sanction :

{\ ) Je connais une personne fort instruite^ fort estimée dai^ ia presse qqo-^ tidienne de Paris, et ce n'est pas M. de Girardin (si c'était lui je le citerais), laquelle m'a dit de la meilleure foi possible : que, dans l'ordre moral, il avati les lois en horrçur : parce qu'elles géniûeDt le libre arbitre; Il ne comprend

t ^ Qw la force du bourreau ;

2^ Que la puissance de la sanction religieuse? Gelle-ct liant les actions de cette vie avec le bien-être ou le mal-être dans une autre vie, tant que la foi religieuse est possible ; et, liant de même et réciproquement, dès que cçtle foi n'est plus possible, et que dès lors, la science est devenue nécessaire.

-T- La sanction du bourreau est-elle suffisante : pour, que la règle puisse conserver la vie sociale, I'ordhe?

— Y a-t-il d'autre moyen d'établir socialement la sanction religieuse, si ce n'est : par uae foi commune^ basée sur une inquisition; ou, par la science rendue commune ! par sa démonstration rationnellement incontestable; et par la vulgarisation socialement faite^ de cette même démonstration?

>^ Cette vulgarisation nécessaire est-elle possible sans que l'éducation et l'instruction soient socialement données à tous et A diacun iâvec un égal soin ?

■^ Socialement, et en présence de l'ilicompressibililé de l'examen, la foi est-elle encore susceptible d*être baSe d'ordre, basd de vie sociale ?

— Si, là fôl a perdu cette puissance, la science est- elle devenue socialement nécessaire : en se rappelant que nécessaire signifie : sous peine de mort?

— Quand la foi est encore socialement nécessaire el possible, parce que l'examen peut encore être comiirimé; est-il nécessaire d'empêcher que les masses puissent examiner, pour que la foi, alors nécessaire, ne soit point détruite?

— Est-il possible d'empêcher les masses d'examiner, si ce n'est ; par un travail incessant; et, par une exploitation qui les maintienne dans la nécessité de ce travail?

'*— Estait possible d'assujettir les masses à un travail in-^ cessant, si ce n'est par l'aliénation du sol auxiadividus?

pas que le libre arbitre consiste précisément à pouvoir désobéir à la loi^ à la* raison ; à pouvoir se précipiter dans le sein de la passion, de la folie. Essayez doAc d'avoir de Tordre : dans une société, où les hommes du plus grand mérite sont eux-mémeS; et sans le savoir^ fauteurs de désordre !

— L'aliénation du sol aux individus, est-elle, oui ou non, la base matérielle de Tordre : tant que l'examen peut être socialement comprimé?

— Dès que l'examen ne peut plus être comprimé, l'aliénation du sol aux individus est- elle, oui ou non, te source de toute anarchie?

— L'aliénation du sol peut-elle être détruite, c'est-à-dire le sol peut-il entrer à la propriété collective, avant que l'ignorance sociale sur la réalité du droit soit anéantie : si ce n'est, sous peine d^une effroyable anarchie nous ramenant à Vignorance primitive?

— Dès. que l'examen est devenu incompressible, et que l'ignorance sociale, sur la réalité du droit, n'est point anéantie, y a-t-il, socialement, d'autre oritérium de droit que la force brutale?

— Tant qu'il y a des nationalités en contact, y a-t-il, ^nlre elles, d'autre critérium possible de droit, que la force brutale, Vultima ratio regum?

— Tant que la force brutale est le seul critérium possible de droit entre les nations en contact, la force brutale n'estelle point, nécessairement, le seul critérium possible de droit au sein de chacune d'elles?

— Le règne de la force brutale, n'est-ce point essentiellement l'anarchie?

— L'anarchie, n'est-ce point l'agonie sociale?

— Le prochain anéantissement des nationalités, est-il, oui ou non, devenu nécessaire à la vie sociale, à la vie de l'humanité?

Je me borne à ces questions pour le moment. J'attends les réponses que l'on voudra bien y faire.

Je ne sais si je me trompe; mais, je crains bien de ne pas en recevoir une seule.

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