‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 97 sur 120 · LETTRE COLLECTIVE · texte numérisé non relu

LETTRE COLLECTIVE

A MM. les membres : #

Du Sénat;

Du Corps législatif;

Du Conseil d'État; . Des anciennes Assemblées Constituantes et Législatives;

De l'Académie des sciences morales et politiques;

Et à tous ceux qui s'occdpent de la grande question d'ordre social.

Messieurs !

Sous le règne des opinions, je fais appel à vous tous, en général, et à chacun de vous en particulier, pour détrôner Topinion, dont la domination ne peut être : que le triomphe de la force brutale.

A quelque opinion que chacun de vous appartienne, votre bonne foi et votre amour de Tordre, m'aideront à faciliter l'union de tous dans le sein de la vérité.

Je dis l'union de tous : car cette union est devenue nécessaire. Les querelles, jusqu'à présent ont seulement eu lied entre quelques maîtres et localement. Dès qu'il y avait un vainqueur local, tous les esclaves obéissaient; et les esclaves, à eux seuls, constituaient l'immense majorité des populations.

Maintenant : tous sont maîtres; personne ne veut obéir; la révolte est universelle; et, quand la force fait simuler l'obéissance, c'est toujours dans l'espoir d'être bientôt soi-même le plus fort : soit par le fer; soit par le feu; soit par la parole; soit même par le silence. Et, chaque victoire, n'importe sous quel drapeau, fait osciller le monde : entre un despo- ** tisme plus cruel et une anarchie plus atroce,

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N'est-il donc aucun moyen de prévenir ce mal universel?

Si, Messieurs, il en est un, un ^ul. Et, ce moyen unique, c'est : de \e prévoir. Dès qu'il sevaprévu, il sera vaincu. Mais, en fait d'ordre social, toutes les prévoyances individuelles sont insuffisantes.

Prévoir : c'est voir dans l'avenir. Et, en dehors de tout mysticisme, l'avenir ne se voit que par le présent. Avant de prévoir un mal pour l'avenir, il faut le voir dans sa cause présente. Sinon : vous n'éles qu'un aventurier, eo fait de prédiction.

Et quelle est la cause actuelle ou passée du mal social futur, futur alors toujours présent, s'il est permis de parler ainsi ?

L'ABSENCE d'idée COMMUNE SUR LÀ RÉALITÉ DU DROIT.

Tant qu'il n'y aura point communauté actaene d'idées sur cette cause du mal, toujours futur parce que toujours présent, le remède social réel, fût-il même individuellement trouvé, resterait socialement inapplicable. Car, une société ne peut être considérée et traitée comme un individu, que par une communauté quelconque dldées. Et, quand il s'agit d'ordnj social, dont un droit quelconque, socialement accepté, est exclusivement la base; et, qu'il n'y a plus communauté d'idées sur la réalité du droit; c'est, par la communauté d'idées : sur la réalité de cette absence; et sur la nécessilo de communauté d'idées relativement au droit; qu'il faut commencer pour rétablir l'ordre : puisque Perdre n'est, luimême, que la communauté d'idées sur la réalité du droit.

Mais, je le répète : il ne suffit point que le mal, et les suites du mal, soient vus et prévus individuellement. Tous les individus le verraient et les prévoiraient : que le mal ne ferait qu'augmenter ; et que les suites n*en seraient que plus terribles.

Eu effet :

Tant que l'enchatûeittent de cause et de mal u'èU point

socialement pfociainé} et, que le Bul de tous a'est point «îisi dôfflontrô être le mal do etiaoua} ohaeua ne pense q/a^h soi. £t, dief^nt à se sauver, chacun cherche nécessairement à perdns lôs autres : car, en dehors de la communauté d'idées sur la réalité du droit, cbacun, pour se sauver, use de sa force. Or, Tuniversel emploi de la force, indépendante du droit, conduit au tombeau de l'humanité.

La prévoyance sociale, actuellement nécessaire à l'existence de la société, consiste donc, dans la proclamation, so-t. ciÀLEHENT FAITE *. de l'abscnce de communauté d'idées-^ sur la réalité du droit; et de la nécessité de cette communauté, pour que l'humanité puisse ne point périr.

Partout j'entends dire : une pareille proclamation serait une déclaration d'ignorance sociale; et, jamais les, représentations nationales, sous quelque titre qu'elles'puissent exister, ne reconnaîtront leur propre ignorance. Jamais : je le nie. Certes, aucune d'elles n'a encore été assez rudement fouettée, > par f anarchie, pour que sa vanité puisse permettre à son bon sens de proclamer collectivement, ce que ce même bon sens ^ fait déjà reconnaître individuellement et intérieurement à chacun de ses membres. Mais, aiTbord de l'abîme, toutes le ' reconnaîtront socialement.

Si les représentations nationale, assez impertinente^ pour.' oser formuler un droit dépourvu de sanction inévitable^ . marchaient seules vers l'abîme, je m'écrierais : laissez-les disparaître! Il en viendrait d'autres, moins impertinentes, Aque les vanités n'étoufferaient point. Mais, elles y^conduiisent ^ l'humanité; et il est temps demies arrêter.

C'est vous. Messieurs, qui les arrêterez en leur présentant le tableau de la situation* Vous devez le faire; et vous le fereCé ^

C'est pour vous montrer le mal; et pour vous engager à y remédier; que j'ai l'honneur de vous écrire. Ce mal, l'aî-je^ bien vu? l'ai-je mal vu? Répondez!

Plusieurs d'entre vous, peut-être, me considéreront comme trop obscur, pour vouloir entrer en lice avec moi. L'obâcu^

rite n'exclut pas le mérite; et j'ai l'orgueil d'être certain : que, j*ai assez de mérite pour ne pas être dédaigné. J'accuse ceux qui s'abriteraient sous ce prétexte : de n'avoir aucune bonne raison à m'opposer; et, de cacher ainsi leur propre faiblesse^ sous le masque du dédain. Le public alors serait noire juge; et aussi la postérité.

Colins.

LETTRE

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