‹ Qu'est-ce que la science sociale?Chapitre 34 sur 36 · MENT DE LA RAISON · texte numérisé non relu

MENT DE LA RAISON

— * Ce qui signifie : que, vis-à-vis de ceux qui ne veulent point traîner la raison dans la boue; Tanlropomorphisme, dont le manichéisme est la conséquence nécessaire, est une évidente absurdité. En effet : anéantissez antropomorphisme et panthéisme, et l'argument d'Épicure reste sans valeur. Dés ce moment, tout mal disparait : car toute faute est le résultat nécessaire de la liberté ; et toute souffrance est un bien, en ce qu'elle est nécessairement une expiation de fautes sans laquelle expiation, Tordre moral ne serait qu'une effroyable illusion.

Savez-vous le profit que M. Vidal a tiré du passage apocryphe ou réel d'Épicure? Le voici : M. Vidal est ou parait cHre un adorateur de l'antropomorphe.

Pour la millième fois, M. Vidal répèle : que le laissex^ faire des économistes est identique à ne rien faire.

Pour la millième fois, je répéterai à M. Vidal : qu'il est dans une immense erreur. Laissez- faire, signifie : ne point faire obstacle à tout ce qui se fait conformément à l'organisation sociale existante.

Lorsque le monde actuel sera changé ; lorsque le sol sera entré à la propriété collective, \e laissex-- faire répartira la richesse de manière que le paupérisme soit impossible; comme le laiiseZ'faire actuel la répartit de manière que le paupérisme soit inévitable. Essayez, à présent, d'agir comme si le sol appartenait à la propriété collective; et, vous verrez: si, la sodéti vous laissera faire. Essayez, sous l'ordre futur d*agir comme si le sol était aliéné; et vous verrez si la «ociélé future vous laissera faire. Le ne rien faire absolu est une déclaration d'automatisme; c'est l'absurde. Et, cependant c'est la conséquence nécessaire : soit de lantropomor^ phisme; soit du paulbéisiiier // n'y a ps'nn mAm Dieu qui

fait TOUT en tous, dit saint Paul. Qaant an panthéisme, c'est le nihilisme; et, il n'y existe pas : rombre d'une individualité réelle, qui puisse faire rien en rien.

M. Vidal veut que l'on établise un pbalanatère. Bh Men ! qu'il cherche dix-huit cents personnes de bonne volonté. Les États«Unis lui donneront du sol vierge. Qu'il fasse comme M. Cabet, et qu'il aille établir une nouvelle Icarie. Seulement, je le préviens : qu'en appeler à rexpérienoe en fait d'ordre social, est aussi absurde que d'en appeler à un à priori quelconque en fait d'ordre physique.

Tous les prétendus socialistes du monde auraient beau veuloir que les graves tombassent comme 8, 4, 6, 8, ils n*en tomberaient pas moins comme 1, 3, 5, 7, etc. Et tous les utopistes du monde, pour établir l'ordre, en dehors de la force et sur le seul raisonnement dès lors, auraient beau en appeler à l'expérience, qu'ils ne feront Jamais que du désordre, si ce qu'ils veulent faire conformément au raisonnement, n'est phéalablement démontré être réellement conforme en raisonnement; c'est-à-dire: être basé SUR UNE SANCTION INÉVITABLE. De toute autre manière, le droit de la force reste seul dans son intégralité.

« — Les socialistes, dit M. Vidal, ont détourné le peuple € de rémeule, lui ont fait prendre en horreur les moyens « violents et le désordre, cela est vrai ; ils l'ont même conf verli aux idées d'ordre, d'hiérarchie, d'autorité »

— Puis vient une grande page de pareilles louanges.

Certes, rien n'est plus éloigné de notre pensée que d'accuser M. Vidal, soit de niaiserie, soit d'hypocrisie. Mais nous devons également avouer notre impuissance, pour trouver ici une troisième catégorie. Le socialisme réel, c'est l'anéantissement du paupérisme; ou, c'est un effroyable charlatanisme. Le socialisme réel, c'est, par conséquent, le renversement delà société actuelle dont l'essence est le paupérisme. Oi^ dire que prêcher le renversement d'une société, sans ^ les moyens clairs, incoûteslaWes, d'établir la société

Boovalle eQ prolégetnl égaloment les intérêts de tous, oe Q*est point prêcher raiitrdiie, est, je le répète, une de ces thèses kien extraordineirei. Les aveugles, pour éviter cette sntrohie, •ttl un Moyen qu'Us croient bon, el ils l'emploient : c*esl de penieuler les prétendus socialistes. Ils ne réfléchissent pat : qu'en présence de rincompressibilité sociale de rexamen, tes idées fiiusaea ne peuvent se détruire que par des idées vraies. La persécution, au lieu d'extirper le socialisme, centuple tas préleiidus socialistes. C'est que le socialisme réel est devmu UÉ besoin, est devenu la nécessité sociale; c'est quêta aeetaUsme n'est point dans tel ou tel individu, qu'il sufllrait d'écraser pour que ta socialisme fût anéanti. Le socialisoM réel, ou plutôt le besoin de socialisme réel, est dans l'atUMM* phèrc moral de notre époque. Il est entré avec rincompressibilité de l'exanen, et, comme toutes les endémies morales, là où il ae développe ta mieux» c'est au sein du martyre et des persécutions.

Après ceta, et après s'être déotaré ta partisan de Tautorité, vtatt comme toi^urs ta condamnation du pouvoir. Le pouvoir, MoBsieur, vos amis Tont eu, et qu'en ont-ils Ibitf Et, si vous l'aviei, qu'en fertai-vous? Du communisme, n'eal41 fia vrai? A en juger par l'imprudence de tous, c'est une fèiie souata joug de laquelle il faudra peut-être passer pour arriver à Teicès de mal seul capabto d'écraser rignoranoe vattiteose.

Le chapitra tu est intitulé : CoNCLUSiom PUATiQunb

c «— S'il est intéressant, au point de vue spéculatif, dit • H. Vidal, deooaoaltre tas différeutes théories et de les com- « parer, ta véhtabta question, au point de vue pratique, ne c consiste point à savoir laquelle de ces utopies mérite ta « préfèreuce^ mais de bien examiner : 1* S'il serait posaibta « d*iiiiroduire aujourd'hui la justice dans la répartition des « ricliesses? i^ Quelles seraient les réformes immédiatement « applicables? »

<- «• Avant d'aller plus loin, nous dirons à H. Vidal :

la force, les sociétés que vous voyez maintenant; sodéléi qui ont été bonnes pendant des milliers d'années; et qm, maintenant, se trouvent vermoulues sons les tarières ds Texamen.

« — Les architectes, continuez-vous, peuvent se mettre « à l'étude. »

— Et qui jugera les plans ; si, pour distinguer le bon di mauvais, vous n'avez de critérium que celui de la force, le seul que vous ayez depuis l'origine du monde, mais, désormais, percé à mort par Texamen?

« — Démontrer, clairement, continuez-vous : les vices (c de nos institutions sociales, éclairer les esprits de manière « à convaincre même les conâervateurs les plus obstinés, cri- « tiquer et critiquer sans Dfikhe, c'est encore ce qu'il y a « de mieux à faire aiùourdliui. On a déjà fait beaucoup de « critiques : on n'en a pas Cdt assez. »

— C'est vrai, Monsienr. Mais^ critiquer, c'est faire de Tanarchie : surtout quand on no donne pas le remède; ou, même en le donnant, si on ne sait le faire accepter socialement comme vérité. El, remarquez : que, l'efficacité du remède ne dépend pas même de sa bonté et de la démonstration de sa bonté. Tant qu'un malade est maniaque, comment vouloz-vous le convaino^f^ qu'il doit avaler votre pilule, et no doit avaler qu elle? Cesi encore pire s'il est sourd et ;^\iMy;lo; quand rcfficaciiô du remède exige, qu'il soit avalé NNsli>wiairement.

XXID.

m de faits. One théorie, en science morale^ est c on système de raisons. »

« Et, comme il j a bonnes et mau^iises rai- « sons, il s*ens«il : qu'âne bonne théorie» en « science morale, est un système de bonnes m raisons.

« Puis : comme dans on bon sjtXèmt, les « raisons s'enchaînent par identités et non par « analogies; que, le point de départ d« ^so tème doit appartenir à Tordre moral ; que « dans nos eonnaistances : no«s ne savons pas « encore distinguer le moral du physique; m que nous n'y connaissons pas dldôtîtés; et f que nous ne savons même pas, s*il existe « un ordre moral en réalité ; Il s*ensult :

« Qu*une bonne théorin, en fait de scMpce « morale ou sociale, est à naître. »

GouNs, Commentaire*

« Dire qu'une chose est vraie, sous le rap- (c port pratique, et qu'elle ne Test pas sous le c rapport théorique, c'est dire qu'elle est « vraie en application et fausse en principe. « C'est donc affirmer «ne eonlradietion. n

Dk GiBAXDO.

c Et, comme dans l'ordre du raisonnement, « toute pratiqiM dérive néressaireinent d'un « raisonnement quelconquc/d'une théorie quelo conque ; et, qu'en fait d'ordre moral, en fait « d'ordre social, il nous est encore impossible c d'avoir une bonne théorie; eoBune, eo époque « d'incompressibilité de Texanien une pratique « sociale, stable^ peut seulement dériver o d'une bonne théorie; U faut en conclure i o que toute pratique sociale, stailb, est dec venue et se tronve encore impossible. »

GouHS, Commentaire.

« ^ n 6St toujours Utile, dit M. Vidal, d'extirper des er- « leurs, de signaler les dangers à venir, et Timpuissance des t Boyens sur lesquels on se fie poiir les coi^urer, de dissit per des illusions dangereuses, ne fftt-ee que pour mettre

Qu'il n'y a de possible, dans ce monde et dans tous les mondes possibles, que force et raison;

Qu'avant l'incompressibilité sociale de l'examen, il est possible de baser Tordre sur une force masquée de mauvaises raisons, qu'alors il est possible de faire accepter socialement comme bonnes;

Qu'après celle époque, il est seulement possible de baser l'ordre sur des raisons préalablement démontrées bonnes;

Et que, si même alors, l'ordre, par hasard, venait à se trouver pratiquement établi au maximum possible de bienêtre pour tous, il serait immédiatement renversé : par cela seul qu'il n'aurait point été préalablement démontré être ce même maximum possible de bien-être.

C'est, nous le répétons, que, dans l'ordre moral, toute pratique dérive nécessairement d'une théorie quelconque; au lieu que dans l'ordre physique, toute théorie dérive nécessairement d'une pratique quelconque.

Il y a plus : avant de parler d'introduire la justice dans la répartition des richesses, il faudrait savoir s'il n'y a pas, socialement: une justice relative à une époque; une autre justice relative à une autre époque ; et une époque où aucune justice n'er*. applicable. L'ignorance, hélas 1 établit toujours mal ses problèmes. Un problème bien posé, a dit de Maistre, est un problème à moitié résolu. Et c'est là une des vérités dont il faut être préalablement convaincu, sous peine de ne jamais bien résoudre une question.

a — Or, continue M. Vidal, pour peu que le lecteur nous 8 ait suivi avec attention, il doit comprendre d'avance qu'une « question ainsi posée esl h peuprès insoluble, à moins qu'on « ne veuille adopter franchement les principes d'une écono- « mie nouvelle, entrer dans la voie de l'association et de « Inorganisation. >

— Nous voilà retombés dans une nouvelle question mal posée, dans une question indéterminée. La société n'est autre qu'une association ; notre état social et tout état social

possible est une organisation. Mais, comment distinguer les bonnes associations, les bonnes organisations des mauvaises ; et, les bonnes hier, le sont-elles encore aujourd'hui, et le seront-elles encore demain ? Tout cela est parler pour ne rien dire. C'est ce que Voltaire appelait mâcher à vide.

M. Vidal, qui veut établir une société nouvelle, en rendant toute société impossible, ne sait même pas en quoi consiste la société actuelle.

« — La rente, dit M. Vidal, les profits, le salariat, l'hos- « tilité des intérêts, la concurrence, le désordre de la pro- « duclion, sont les bases, les colonnes, et les voûtes de notre « vieux système économique. »

— M. Vidal se trompe du tout au tout. Ln rente, le profit, la concurrence et le salaire sont les moyens de répartir les richesses; et, ces moyens sont inhérents à toute société possible. L'hostilité des intérêts et les désordres de la production sont inhérents à l'époque d'incompressibilité d'examen : tant que Tignorance sociale, sur la réalité du droit, n'est point anéantie.

« — Pour peu qu'on y touche, continue ^^. Vidal, tout « va s'écrouler. Il n'y a donc pas dès lors aujourd'hui de « restauration possible : reste tout au plus à placer des |arcs- « boutants en dehors, à gâcher provisoirement du plâtre dans « les crevasses.

« Mais reste surtout ù bien faire comprendre que l'édifice, « malgré ces étais et ce replâtrage, ne peut durer longtemps: a caveant consules ! il faut bon gré, mal gré, songer à bâtir « si l'on ne veut être pris au dépourvu. »

— Il faut plus, Monsieur, il faut trouver des fondements solides, sinon, on ne fera qu'amonceler ruines sur ruines.

« — Il faut au plus vite, continue M. Vidal, dresser des < plans et rassembler des matériaux. »

— Ainsi faisait-on. Monsieur, pour la tour de Babel. Et, les constructeurs de cette époque ont édifié^ au critérium de

ni. ^"î

la force, les sociétés que vous voyez maintenant; sociétto qui ont été bonnes pendant des milliers d'années; et qui, maintenant, se trouvent vermoulues sous les tarières de Texamen.

« — Les architectes, continuez-vous, peuvent se mettre c à l'étude. »*

— Et qui jugera les plans ; si, pour distinguer le bon du mauvais, vous n'avez de critérium que celui de la force, le seul que vous ayez depuis l'origine du monde, mais, désormais, percé à mort par Texamen?

« — Démontrer, clairement, continuez-vous : les vices « de nos institutions sociales, éclairer les esprits de manière « à convaincre même les conservateurs les plus obstinés, cri- « tiquer et critiquer sans relâche, c'est encore ce qu'il y a c de mieux à faire aujourd'hui. On a déjà fait beaucoup de c critiques : on n'en a pas fait assez. »

»- C'est vrai, Monsieur. Mats, critiquer, c'est faire de l'anarchie : surtout quand on ne donne pas le remède; ou, même en le donnant, si on ne sait le faire accepter socialement comme vérité. Et, remarquez : que, l'efficacité du remède ne dépend pas même de sa bonté et de la démonstration de sa bonté. Tant qu'un malade est maniaque, comment voulez-vous le convaincre qu'il doit avaler votre pilule, et ne doit avaler qu'elle? C'est encore pire s'il est sourd et aveugle ; quand refûcacilé du remède exige, qu'il soit avalé volontairement.

XXDI,

« de Ciitt. Une Uiéorie^ en icieoce morale, eit « on système de rtisont. »

« Et, comme il j a bonnes et mauTaises rai- « sons. Il sVdsoII : qu'âne bonne théoiiêy eft « science morale, est un système de bonnes « raisons.

« Puis : comme dans on bon système, les « raisons s'enchaînent par Identités et non par « anaiogiet; que, le point de départ d« syso ièma doit apiiartenir à Tordre moral ; que « dans nos eonnalstanees : bom ne saToni pat « encore diftUu^uer le mord du physique; m que nous n'y rooiialssow pas d'ideotitèa; et « que nous ne mtous même pas, s*il existe « un ordre moral en réalité ; Il sVnsult :

« Qu*uM bonae tàéoria, en fait de sctace V morale ou sociale, caI à naître. »

C4HJ5S, Commentaire»

« Dire qu*uue chose est vraie, sous le rap- « port pratique, et «lu'elle ne Tett pas sons le c rapport tbéoriqie, c'est dire qu'elle est « fraie en application et Causse en principe. « Cest donc aliroier «■• eoDlradletioik.n

Dk GlAAXPO.

« Et, comme dans l'ordre du raisonnement, « toute pratiqnt dérive néresMtfrnt d'un • raisonnement Quelconque, d'une théorie quel- « coo«|ne; et, qu en fuit d'ordre moral, en fait « d'ordre social, il nous est encore impossible c d'avoir une bonne théorie; comme, eo époque « d'iacompreiiibiliU de l'eianieo une pratique « sociale, sTASLt, peut seulement dériver « d'une bonne théorie; il faut en «oocton i « que toute pratique fociale, stailk, e»t dec ftiiiM et M tm««o eaeore impoisibie. »

GoLUfl, Commentaire.

« — - n 6st toujours mila^dil M. Yidal^ d'extirper des er- € leurs, de signaler les dangers à veoir, el rian^uissaocedes c Boyens sur lesquels oo se Ae pour les oeajurer, dedissîc per des illusious dangereuses, ne fbH)e qua pour aioUre

— iiO —

c les savants et les hommes d'État eu demeure d'aviser au c salut de la chose publique. »

— C'est vrai. Mais vous avez semé do nouvelles erreurs; vous n'en avez point signalé les dangers présents et à venir; non plus que l'impuissance des moyens que vous indiquez pour les conjurer; et, vous avez en outre, décuplé la force du verre, qui multiplie les illusions dangereuses.

Voulez-vous un exemple de la méthode dont M. Vidal fait usage, pour être socialement utile ? écoutez :

« — Il ne faut point, dit-il, jouer aux réformes : mieux a vaut savoir attendre la maturité des idées et le temps op- « portun, que de leurrer inutilement le peuple avec des élixirs c sans vertus, à la façon des charlatans. »

— Et qu'est-ce qui caractérise le charlatan ? c'est de faire usage de palliatifs, parce qu'il est ignorant du remède radical.

Bien ! voici maintenant ce que dit M. Vidal à la même page :

« — La véritable question aujourd'hui se réduit donc à « chercher comment il serait possible de neutraliser en partie <( les funestes effets de nos institutions économiques ; à examic ner le parti qu'on pourrait tirer en <846, avec nos lois, « nos mœurs et nos préjugés, des principes d'association et «c d'organisation appliqués comme palliatifs, etc. »

— Et savez-vous quels sont ces palliatifs? Faire des prêts aux ouvriers ; leur fournir des instruments de travail. Et le travail qui le fournira?

« — Nous voilà, certes, continue M. Vidal, bien loin du « pays des utopistes. »

— Hélas ! non, Monsieur ; vous y êtes plus que jamais.

« — Ainsi posé, s'écrie M. Vidal, le problème se trouve « singulièrement circonscrit ; et des hauteurs de l'idéal, nous « retombons brusquement sur la terre, sous l'empire de li c réalité et de la nécessité. »

— Consolei-Tous, Monsieur! si Tidéal est le fou^ rimpossible, foire des avances aux ouvriers, sous le règne de la société actuelle, est digne d'appartenir au beau idéal par excellence.

Après cela, M. Vidal se moque des insâtutions de notre société; et certes, il n*est pas difficile d*en dire du mal. Mais, M. Vidal a été le conseiller de celui qui tenaM la poêle sociale. Qu'en est-il résulté?

Puis, M. Vidal remonte sur son dada : les ateliers nationaux. Rien n'est plus dangereux au malade qu'un mauvais médecin... si ce n'est peut-être ceux qui le lui prônent.

▲près cela, viennent les colonies agricoles, les...

A tout cela, il ne manque qu'une chose, une bagatelle, de l'argent... et en outre de ne pas oublier : que, cet argent, sous notre société, c'est nécessairement le pauvre qui doit le payer ou mourir.

M. Vidal paraît cependant ne pas oublier que l'argent est un point important.

« — Le manque de capitaux, dit-il, est le grand obstacle « aux entreprises les plus utiles ; nous avons essayé de lever < cet obstacle... •

— Nous sommes forcé de dire à M. Vidal qu'il n'a point consulté ses forces. Il veut faire de l'argent avec de la production. Il oublie que, dans notre société, il y a déjà plus de production que de puissance de consommation. M. Vidal augmenterait le mal des deux côtés : d'abord, nouveau surcroît de production ; puis, nouvelle diminution de consommation : car, les dépenses de production seraient nécessairement prises sur les nécessiteux : puisque, sous notre société, eux seuls peuvent payer. Mettez l'impôt sur le sol, il est rejeté sur le consommateur, dit M. Tbiers avec juste raison. Mettez-le sur l'industrie ou le commerce, il en est de même. Tant que le sol est aliéné, l'impôt pèse nécessairement sur le travail. Dés que le sol apparlieut à la propriété collective, l'impôt, quel qu'il «oit, et de quelque maniera

— 4Ct ^

qti*il puisse être ftappé, pèse nécessftireaieiit et exchtshretttent sor la richesse.

Si M. Vidal a beaucoup de millions ft manger; qui! les consacre à ses colonies agricoles, et, bientôt il sera réduit à l'hôpital.

Toutes ces prédications d'amélioration ne produisent et ne peuvent produire qu'un seul bien : faire sentir la néoea^ site du remède radical ; et, par leur impossibilité de réussite, porter l'anarchie au point de foreqr : les vaniteux d'une part ; et, les entêtés d'une autre; ft reconnaître leur propre ignorance.

Après avoir vanté ses palliatife, M. Vidal fiait par âMDiicher de la déclaration suivante :

« — On a beau dire et beau (aire, s'ècrie-t-il^ de tout c côté le cercle vicieux nous enserre à nouaëtouflèr} et la « réforme la plus insignifiante, pour être rendue possible, c exige une réforme complète et générale, si bien qu'il devient c plus simple, plus facile, et en même temps plus avanta- « geux pour toutes ics classes, sans exception, de modifier à « la fois Tensemble de notre organisation économique^ que « d'en modifier une partie. »

— Ainsi, adieu à la valeur de tous les palliatifs possibles!

Il y a plus encore : Vorganisalion économique. — Et il n'y en a que deux de possibles : celle où le sol est aliéné, et celle où il appartient à la propriété collective. — L'organisation économique^ dis-je, doit évidemment se trouver subordonnée à Tétai des intelligences. De là trois phases distinctes et nécessaires dans le cours de toute humanité possible.

Lorsque, par ignorance sociale sur la réalité du droit, les intelligences doivent être subordonnées à un droit hypothétique, socialement donné comme vrai, il faut : que, l'hypothèse soit socialement unique. Car, si elles étaient deux seulement; leurs forces se combattraient nécessairement; et, il en résulterait : ou la mort de l'une ou la mort sociale. Il faut en outre : que, l'hypothèse^ socialement unique, et imposée par

l*éducatioD dont les forts alors sont les maîtres, ne puisse Mre examiDée par les masses sous peine de perdre sa valeur de droit, sa valeur sociale. De là, la nécessité de raliénation du sol, d'où nait nécessairement un paupérisme qui, dés lors, en empêchant que les masses aient le temps d'examiner, devient la base matérielle de l'ordre : tant, qu'il est possible de vouer à une inquisition, quiconque voudrait faire prévaloir son instruction pariiculiére, sur l'éducation socialement imposée.

Telle est la première phase de toute humanité possible.

Lorsque ensuite, les intelligences sont ordonnées à la vérité rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, la vérité essentiellement une, n'a plus à craindre d'opposition quelconque; toute opposition étant alors rationnellement impossible. L'éducation de tous, se trouve, alors, basée sur Tinstruction, éducation nécessairement une alors, comme l'iostruciion dont elle dérive ; le développement de l'instruction de chacun confirme nécessairement ce qui a été inculqué par l'éducation ; et, la vérité peut être socialement ekaminée, sans avoir à craindre de rien perdre de sa valeur de droit, de sa valeur sociale. De là, la nécessité de l'entrée du sol à la propriété collective, dont la conséquence nécessaire est Tanéantissement du paupérisme, devenu, par l'incompressibilité sociale de l'examen, source d'un désordre inextinguible : tant, que la vérité ne peut être incontestablement démontrée.

Telle est la troisième pliaae de toute humanité possible.

La seconde phase existe : lorsque Pexamen se trouve devenu socialement incompressible; et, que la vérité sur la rtalité du droit, est encore socialement ignorée. L'injustice absolue du paupérisme, ne peut plus, alors, être cachée aux masses, aux masses pouvant se révolter contre une éducation devenue impuissante, pour étouffer les efforts de l'instruction développant des vériti^s négatives. De là, l'une des faces de l'inévitabilité du désordre. Et, si même alors, le paupé- I pouvait être anéanti; cet anéantissement ne ferait que

hâter, chez les masses, la connaissance de rignorance sociale sur la réalité du droit. Alors Thypothèse, base illusoire du droit se trouverait anéantie; et, la vérité, base réelle du droit, n'étant pas encore connue; Tanarchie, en permanence, causerait la mort sociale : si la vérité ne venait sauver le monde d'une imminente destruction.

Après avoir avoué l'impuissance des palliatifs, vient de la part de M. Vidal, une nouvelle excommunication delà rente, des profits, des salaires et delà concurrence. Puis il ajoute:

« — Si l'on ne commence pas par organiser l'industrie, « rien n'est possible. »

— C'est, comme si, en fait de poëme, il disait : si on n'organise pas les syllabes, avant d'organiser les idées, rien n'est possible.

M. Vidal termine ce chapitre en disant: qu'il ne demande pas autre chose, si ce n'est qu'on dise de lui que ses utopies sont les rêves d'un homme bien intentionné. Il faudrait être fou ou méchant pour douter de la bonne volonté, de M. Vidal. Mais, il voudra bien remarquer : que l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Le chapitre viii est intitulé : Épilogue.

a — Nous avons voulu démontrer, dit M. Vidal que

« le paupérisme est le résultat nécessaire de nos institu- « lions. »

— Oui, comme la chute du second capucin de cartes fait tomber le troisième. Mais, qui est-ce qui fait tomber le premier?

Les institutions existantes sont le résultat nécessaire de rignorance sociale sur la réalité du droit; et, le paupérisme est le résultat nécessaire de ces institutions.

Tant que le paupérisme reste compatible avec l'existence de l'ordre, l'ordre existe par le despotisme.

Lorsque, l'ordre ne peut plus se baser sur le despotisme, parce que rinconipressibilitô de l'examen et le paupérisme

s*y opposent; ranarchic existe nécessairement; jusqu'à oe que l'ignorance sociale et le paupérisme disparaissent simultanément.

« — La conclusion naturelle de ce livre, continue M. Vi- « dal, est donc qu'il faut au plus vite réfoimer notre régime « industriel. ■

— Et voilà précisément en quoi ce livre est mauvais. Ce qu'il faut faire au plus vite, c'est : d'abord de reconnaître son ignorance sur la réalité du droit; de reconnaître ensuite que cette ignorance, en présence de l'incompressibilité de l'examen, implique l'anarchie; et, enfin, de cherchera détruire celte ignorance. Si, même auparavant, vous aviez anéanti le paupérisme; et, à cet égard, M. Vidal n'a pas même proposé l'ombre d'un moyen rationnel ; vous n'auriez fait qu'aggra* ver le mal social, c'est-à-dire l'anarchie.

• — Andrieux disait, continue M. Vidal, ««.s'il est vrai, « ainsi que le prétend madame de Staël, que tout l'ordre « social soit basé sur la patience des classes laborieuses, « que deviendra cet ordre, le jour où la patience leur « manquera? Cela vaut bien la peine qu'on y songe. »» « Assurément cela en vaut la peine. Prenons garde ! La ci* « vilisation antique a péri par l'esclavage : la civilisation « moderne, si l'on continue à laisser faire, pourrait bien « périr par le paupérisme, et périr de mort violente. »

— C'est trés-vrai. Mais, M. Vidal est au premier rang de ceux qui ne veulent point prendre garde. Il méconnaît oonplétement la cause du paupérisme ; et, reasemble à celui qui voulant remédier à une invasion de souris, recommandait d'y ajouter : un nombre double de rats.

« — Toutes les classes, continue M« Vidal, aspirent

« à conquérir des droits sociaux. »

— Des droits. Monsieur I II y a droit prétends, al droit réel. Tout droit dépourvu de sanction est un 0M>t vidt

éif seM. ÎMt dTMl yrétenéi s'a ie — ftirwi «k ki ftivee. Ld force «lidefeMKrniipûsantepNraernr éel ik tift pfété^nda droit. Et, où se trouve, Mooâiavv b j do droit réel?

€ — ' L» MCièlés ignonukles, éit M. Tidd^pesveAl élre « gouvernées par la force seule; les sociétés i^rtarifri a'o- € Missent qo'à la raison, ne reconnaissent qœ Le droit. »

'— Trte-4Hen I Moosiear. Mais, il j a raisoft prémdnect laliM réelie. Savez-'Yoas sodaleoieDt, distingiier Vmut de faatret Afe^foo», soeialenent, on droit astre que eein 10Tmu)è par la faroe? Arez-voos one saneliott autre qw la force?

Mm, D'eat^il pas rrai? Votre soetété est donc encore îgMraole. Et il jr a plus : œtle société encore crasaeaieiil igMrante des vérités positives, ne peut plus étire leainietne ignorante des vérités négatives, destructives de tout droit bypolhétiquo. Cette société ne peut donc plus être gouvernée par la seule force : puisqu'il est devenu imposable de trans> former une force en droit. Commencez-vous à comprendre : que, tout votre travail a été échafaudé sur des illusions?

Puis, vous citez un passage de Chateaubriand. Cbateaubrinnd, Monsieur, croyait ou faisait semblant de croire à Tenfer chrétien, comme sanction de droit. Y croyez- vous, Monsieur, où faites-vous semblant d'y croire; ou bien avezvons nnr autre sanction dont vous puissiez démontrer la réalité, et la démontrer de manière à ce que la démonstration s'impose à Thumanité comme un est un ? Tant que votre société, ne Ta point cette démonstration, elle est ignorante. Et, dés que la force, dans ce cas, ne peut plus lui servir de sanction, elle est essentiellement anarcbique,

• Le développemont de l'instruction générale, a fait, dit •» M. Vidal, jusiice des préjugés. »

—-Justice des préjugés! BoneDeusl Eh! Monsieur I jamais Il n'y en a eu autant, et d'aussi anarchiques. Vous-même

êtes on de ceux qui en état le pim ébargé. Vons exposez admireblement tous les germes de désordre qui se trouvent su sein de votre société; et, vous contribuez merveîlleosementè les développer* Mais, exposer et développer le désordre ; est* ce un remède contre Tanarchie?

c — Une révolution aujourd'hui, dit M. Vidal, serait ter- « rible, épouvantable! Elle ferait des victimos, des débris et « dos ruines, sans organiser un ordre nouveau. »

— Cest encore vrai. Mais elle fera sentir le besoin d'un ordre nouveau ; et détruira beaucoup de vanité. N'est-ce donc rien? Puis, à qui la faute, s'il y a des victimes? D'une part à ceux qui n'ont pas voulu voir le mal, là où il était; ensuite, h ceux qui ont trompé le malade, en lui faisant avaler de mauvaises drogues.

« — Les meneurs eux-mêmes, ajoute M. Vidal, sont loii « d'être d*accord; à peine saveot-ils vaguimenl ce qu'il fan* < droit proposer le lendemain. »

— Alors, pourquoi donc ont-ils la vanité de proposer aujourd'hui ?

« — Et alors même, i^outez-vous, qu'ils auraient ne « IDÉES politiques bien arrêtées, leurs projets rencontre- « raient des obstacles invincibles, parce que »

— Le meilleur des parce que vous ne le dites pas. Tant qu*il y a des idées différentes sur le droit, il y a nécessairement anarchie. Voyous maintenant y os parce que.

€ — Parce que, ditea-vous, l'opinion publique n'est pis « préparée. »

— L'opinion publique. Monsieur, est toujours une sotte: parce que quiconque a une opinion est un sot. Vous le savez : c'est Ck)éron, Saint-Augustin et le bon sens qui le disent.

é — Parce que, continuez-vous, le peuple ne sait pas eD» c core ce qu'il veut. »

— Le peuple, MoDsiear, n'esl pas plus un être que trois ne font un ; et, il n'y a que l'unité qui poisse Tonloir autreiaent qu'au tignré. Chaque individu, faisant partie du peuple, doit, quand il n'est ni fou, ni ignorant, vouloir ce qui est ordonné par l'étemelle raison, à laquelle aussi les sots donnent une volonté. Mais, qu'ordonne la raison? Et où se trouve la sanction de ce qu'elle ordonne?

c — Parce que, continuez-vous, son éducation (du peuple) c n'est pas faite. ■

— Et qui la lui fera s'il vous plait? Avez- vous là-dessus une réponse claire, précise, et qui ne soit point du galimatias double?

L'éducation, Monsieur, se donne aux masses par les forts : pour inculquer l'obéissance aux faibles. Mais, lorsque cette éducation n'est plus possible, comment faire? Voyons, Monsieur, répondez et ne tergiversez pas. A votre place, et sous le coup d'une pareille question, je ne serais nullement embarrassé.

« — La résistance, la plus opiniâtre, peut-être, conti- « nuoz-vous, viendrait de ceux-là même au profit desquels « la révolution aurait été tentée, des classes ignorantes sur- « tout, bien plutôt que des hommes éclairés. »

— Ainsi, Monsieur, il y a des hommes éclairés; et, vous en faites partie, puisque vous enseignez.

Voudriez-vous nous dire : si le droit est réel; et, où s'en trouve la sanetiou?

Hors ces connaissances, toutes les autres sont essentiellement anarchiques; et, par conséquent, ne sont que de l'ignorance.

« — Quand les esprits, continue M. Vidal, auront été t aufHsamment préparés »

— Préparés par quoi, s'il vous plaît? Par des sottises ou ^^firla vérité? Et comment distingue-t-on les sottises des veillés?

— 4ilï —

« — II se formera, cootinue le maiire, uue grande opi- € nioD nationale, qui saura triompher de tous les obstacles. »

— Ab! ab ! Et aussi des grandes opinions nationales voisines, sans doute. Il sera joli le charivari! Puis, il n*y a que des sots qui aient des opinions; puis, les opinions sont variables comme Tatmospbère; puis, elles n*ont de critérium que la force, comme le maître va le dire luinnéme : Il sera bien joli, très*joli, le charivari !

« — Le pouvoir lui-même bon gré, mal gré, continue le « maître, prendra Tinitiative des réformes. »

— Il parait : que, le pouvoir pourra avoir une autre opinion que l'opinion générale. Alors, Popinion générale ne sera pas générale. Comment faire, dans ce cas? Vous allez le savoir.

c — Ou, continue le maître, s'il refuse, alors le moment € sera venu de recourir à la force... »

— Il est joli le moyen !

« — Pour, continue le maître, faire triompher la raison. »

— Laquelle, s*il vous plalt? la bonne ou la mauvaise? El le juge de la bonne ou de la mauvaise? Ces! donc toujours la force? Bel éclairage. Monsieur, que vous avez répandu sur rbumanité.

RESIMÉ RELATIF A U REPARUTION DES RICHESSES.

La répartition des richesses se fait toujours NËCESSAiaEment; et, nécessairement aussi, elle dérive de Torganisation de la propriété, laquelle NÉCESSAiaEMENT encore, dérive de Tétat des connaissances.

Quand le sol est aliéné, les richesses se répartissent de manière : que la plus grande part possible, aille à la plus petite minorité possible; et cela au critérium de la force.

Quand le sol peut entrer à la propriété collective, la richesse se répartit entre tous; et cela, au critérium de la raison réelle, alors socialement souveraine.

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RËSUUË GÉNÉRAL.

La situation sociale actuelle est caractérisée :

r Par l'existence des nationalités, maintenant en contact intellectuel inévitable ;

2® Par l'ignorance sociale sur la réalité du droit : paupérisme MORAL ;

8^ Par la misère des masses croissant parallèlement et proportionnellement à la riches^ progressivement croissante : PAUPÉRiaBfEMAT£ai£L.

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