‹ Qu'est-ce que la sociologie?Chapitre 14 sur 43 · Maléi inlisine, ûoj · texte numérisé non relu

Maléi inlisine, ûoj

6o qu'est-ce que la sociologie ?

Par où il se sépare nettement de ceux qui admettent, mais à titre provisoire, ou même comme un pis-ai!er, Tusage de la notion de contingence. Elle ne marque à leurs yeux que l'ignorance des lois oii nous laisse une science imparfaite encore. Que celle-ci élargisse progressivement le cercle lumineux qu'elle projette sur l'univers : on verra se rétrécir de plus en plus, jusqu'à s'effarer définitivement, la zone d'ombre d'où surgissent les accidents inopinés. Cournot pense au contraire que même pour un esprit tout-puissant, en possession d'une science complète, les accidents garderaient leur réalité propre. Il serait sans doute capable de les prévoir, alors que dans nombre de cas ils se présentent à nous sous les traits de l'imprévu. Mais cette physionomie tout extérieure ne saurait suffire à caractériser leur vraie nature. Il y faut une définition plus objective ; une rencontre prédite peut n'en rester pas moins une rencontre (orluite.

Pour formuler les signes caractéristiques du fortuit, Cournot se sert de deux notions, dont l'une est d'origine géométrique, et l'autre d'origine biologique : la notion de série linéraire et celle de système organique. On peut l'eprésenter par une ligne continue la chaîne de raisons qui explique la production d'un phénomène. Que cette chaîne vienne à être traversée par une autre chaîne, que cette ligne soit coupée par une ligne émanée d'uu point dillérent, le résultat de cette intersection doit être qualifié de hasard: un hasard n'est autre chose que la rencontre de deux séries de causes non solidaires. Mais où prenons-nous le droit de représenter comme composant une même série unilinéaire un certain nombre de propositions? 11 nous suffit que les

l'histoire et l\ science sociale 6i

réalités qu'elles expriment soient, en effet, « solidaires », dépendent les unes des autres comme les membres d'un même corps, forment un tout harmonieux, un système. C'est cette notion qui nous permet de distinguer entre ce qui est dû aux causes « constitutionnelles » et ce qui est dû aux causes « adventices » ; et de comprendre finalement que s'il y a, s'il doit y avoir, — fussent-elles prévues, — des rencontres accidentelles dans Tunivers, c'est que nous ne pouvons sans invrai semblance « embrasser dans un seul système les lois et les phénomènes de la nature entière' ».

Par où l'on voit qu'un hasard n'est pas cette absurdité que serait un fait sans cause ^; il suppose au contraire le concours de plusieurs causes. Mais on peut dire que c'est un fait sans loi ; car aucune loi n'explique ce concours même. C'est un « pur fait ' », c'est une « donnée ». Et ainsi, pour nier l'existence du hasard, il faudrait une philosophie assez orgueilleuse, assez confiante dans les puissances déductives de la raison pour contester que la raison même ait à s'incliner devant un certain nombre de faits donnés.

Insister ainsi sur le prix des « faits », n'est-ce pas en effet venir au secours de ceux des historiens qui voient, dans les entreprises de la sociologie, on ne sait quel retour offensif de la vieille ambition métaphysique ?

Mais seraient-ils perlés à conclure que là où règne

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