‹ Qu'est-ce que la sociologie?Chapitre 18 sur 43 · I. Id., I, 3o3 ; Malérialisme, i3o · texte numérisé non relu

I. Id., I, 3o3 ; Malérialisme, i3o

a. Traita, II, 35i.

l'histoire et la science sociale 65

des lois qui mériteraient le nom de lois rationnelles ? La présence de la donnée historique n'est pas exclusive de la théorie. L'astronomie en est le plus bel exemple qui, sans doute, reste par un côté, selon l'expression de Laplace, un problème de mécanique céleste, et qui cependant doit accepter, à titre de faits inexplicables rationnellement, un certain nombre de « collocations », comme dit Stuart Mill, certains rapports donnés de distances et de masses sans lesquels les planètes n'auraient pu suivre la courbe déterminée qu'elles ont suivie. Au vrai toutes les sciences théoriques qui s'appliquent au réel n'ont-elles pas à tabler de la sorte sur un minimum de données historiques * ? Gela même explique que les sciences cosmologiques puissent, au moins sur quelques points et en quelque mesure, devenir théoriques.

Il faudrait donc, si Ton veut comprendre pleinement la pensée de Gournot et en mesurer les conséquences, se garder de s'arrêter, comme à une opposition irréductible, à la distinction qu'il propose entre les sciences de la nature et celles du cosmos. Au fond toute science des phénomènes a afTaire par un côté à celui-ci, par un côté à celle-là. Il y a du théorique partout, et de l'historique partout. Il reste que la proportion des deux éléments varie grandement. Mais les sciences mêmes qui ont à tenir le plus de compte des hasards ont aussi,

I. Sur ce point, il semble qu'on puisse saisir un progrès dam la pensée de Cournot. Dans son dernier ouvrage (Jtlalérialisme , p. 73), il n'affirme plus aussi nettement que les sciences physiques et chimiques aient le privilège de se passer de tout élément historique. En tout cas, il eût été prêt à accepter les expériences et les théories récentes qui rendent, môme dans l'ordre de ces sciences, son importance à cet élément.

Bouclé. — Sociologie. 5

pourrait-on dire, des comptes à rendre à la raison : l'espoir ne leur est pas interdit non seulement de discerner des faits dominants, mais de démêler des tendances générales, peut-être même de formuler les lois rationnelles.

Dans quelle mesure l'histoire proprement dite — l'histoire appliquée aux sociétés humaines — peut-elle prendre sa part de ces diverses espérances ? C'est ce qu'il nous reste à rechercher.

Un volcan a son histoire comme une ville. Le développement delà nature, aussi bien que celui des sociétés humaines, implique des faits inexpliqués pourtant nécessaires aux explications. Mais il est clair que lorsqu'on passe de la nature aux sociétés, le nombre et le prix de ces faits montent brusquement. « On nage ici en pleine histoire », dit Gournot ; c'est-à-dire que la part du hasard est si démesurément grossie qu'il semble au premier abord que la raison n'ait plus qu'à abdiquer.

Et en effet on relèverait bien des expressions de Gournot qui semblent accorder que l'efiFort d'organisation scientifique est désormais hors de propos. Ge n'est plus le temps, ici, de faire abstraction des individus : «l'individuel, le fait particulier avec ce qu'il a de priva tivement caractéristique est ce qui fixe et doit fixer notre attention »; l'influence des « grandes individualités », les « coups de la Fortune », les (( singularités de la destinée », voilà ce qui passe fatalement au premier plan *.

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