‹ Qu'est-ce que la sociologie?Chapitre 19 sur 43 · I. Traité, lî, Sa a · texte numérisé non relu

I. Traité, lî, Sa a

l'histoire et la science sociale 67

Est-ce donc à dire que riiistoire proprement dite ne doive être autre chose qu'une notation de coïncidences? Gournot est bien loin de le penser, qui fait observer fjue des annales, oii l'on se serait borné à consigner tous les faits réputés merveilleux ou singuliers, — nais* sances de monstres et apparitions de comètes, inonda-" tions et épidémies, — ne mériteraient à aucun degré le nom d'histoire, précisément parce que les faits rapportés ne seraient en aucune manière liés les uns aux autres. Il est vrai qu'inversement, s'il s'agissait d'un registre 011 seraient relevés des phénomènes soumis à des lois régulières, — oppositions ou conjonctions de planètes, retours d'éclipsés ou de comètes périodiques, — on n'aurait pas non plus d'histoire. Il faut qu'il y ait une part faite au hasard et que tout ne soit pas livré au hasard. Il n'y a pas d'histoire, dans le vrai sens du mot, pour une suite d'événements qui seraient sans aucune liaison entre eux. Il n'y en a pas non plus « là où tous les événements dérivent nécessairement et régulièrement les uns des autres en vertu des lois constantes par lesquelles le système est régi. » La discipline de l'historien apparaît, en ce sens, comme un genre hybride, intermédiaire entre la déduction et la narration. Ce qui donne sa teinte propre à son œuvre, c'est précisément « un certain mélange de lois nécessaires et de faits accidentels' ».

Cette définition permet d'entrevoir la fonction que Cournot va assigner à ce qu'il appelle Vétiologie historique : séparer non seulement l'accidentel du nécessaire,

I. Considérations, I, G; Matérialisme, 229; Essai, II, 301: Traité, II, 3iO-

le fortuit du constitutionnel, mais l'insignifiant de l'important, établir non seulement dans quels cas les séries de causes qui se rencontrent pour la production d'un phénomène étaient réellement indépendantes, dans quels cas elles étaient solidaires et dérivaient d'un système plus général, mais marquer celles de leurs conséquences qui passent et celles qui restent, c'est à cet effort méthodique que doit se hausser l'historien pour se distinguer du fabricant d'annales ou de gazettes.

Par où Ton devine ce que Cournot pense de ceux qui se plaisent, pour expliquer les destinées des nations, à mettre en vedette des « petites causes » : le nez de Cléopâtre, le grain de sable dans l'urètre de Cromwell, le verre d'eau de lady Churchill, etc. Bonnes pour réveiller l'admiration, ces anecdotes ne sauraient apporter à la raison une explication suffisante. La raison réclame une certaine proportion entre la cause et l'effet. Si les incidfints relatés ont entraîné les conséquences lointaines qu'on leur attribue, c'est sans doute que leur impulsion se rencontrait, collaborait avec l'opération de forces profondes et continues, de causes intimes et générales Laisser celles-ci dans l'ombre, c'est vouloir expliquer l'explosion par l'étincelle, ou l'avalanche, comme le proposera Tarde, par le coup d'aile de l'oiseau qui effleure la neige. C'est préférer injustement les causes occasionnelles aux raisons constitutionnelles ^

Qui fait effort pour tirer au jour ces raisons se défiera non pas seulement des explications par les petits incidents, mais des explications par les grands accidents que l'histoire politique détache. On ajustement observé

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