I. Principes de la théorie des richesses
au-dessus des variations individuelles, les tendances de l'intérêt collectif. Il n'en reste pas moins que pour découvrir ces tendances il a fallu faire abstraction d'un certain nombre d'occurrences perturbatrices. Le physicien déjà ne fait-il pas abstraction de la viscosité lorsqu'il veut étudier les lois de l'équilibre des liquides ? Le géomètre de son côté n'évite-t-il pas de mêler la physique à des théories qui sont du ressort des mathématiques pures .^ Ainsi l'économiste fera légitimement abstraction des soubresauts de la politique pour traiter certaines questions d'un point de vue purement économique. Bien plus, pour établir les valeurs sur lesquelles il doit spéculer, il supposera réalisées certaines conditions idéales. Pour montrer, par exemple, comment le prix règle la consommation ou la demande, et la demande à son tour la production, il imaginera un marché parfait, une facilité d'échanges, une mobilité commerciale qui ne laissent subsister aucun frottement. C'est en ce sens que Gournot devait montrer que le laissezfaire, laissez-passer est bien une des conditions de l'idéal des économistes : entendons, de leur idéal théorique. En supposant abaissées toutes les barrières qui arrêtent la circulation des richesses, ils aperçoivent plus aisément les tendances propres de cette circulation. On se trompe si l'on considère le principe de la liberté économique (qui n'est, à le bien prendre, que le principe de la fatalité économique) comme un théorème établi scientifiquement. Ce qui reste vrai, c'est qu'il est un postulat nécessaire à l'établissement de la science économique*.
I. Principes de la théorie des richesses, iSg; Revue sommaire des doctrines économiques, 52 j Considérations, II, 96, a^i-
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Pourquoi ce même procédé d'abstraction qui permet^ quand il s'agit de la production ou de la consommation des richesses, de dégager les lois, ne réussirait-il pas, toutes choses égales d'ailleurs, sur d'autres terrains ? Il est vrai que tous les phénomènes ne se laissent pas, comme ceux dont traite l'économiste, évaluer en chiffres, et qu'ils se déroberaient à l'application utile des formules algébriques. Il n'en reste pas moins qu'on en démêle beaucoup qui varient, à n'en pas douter, en fonction les uns des autres. Encore que ces variations ne se laissent nullement exprimer sous ses formes mathématiques, il arrive souvent qu'on peut en assigner la raison théorique. Ce ne sont pas seulement des rapports constants ; ce sont des rapports qui se laissent déduire. Il y a donc là de véritables lois que la philosophie de l'histoire rencontre sur son chemin ' et devant lesquelles elle aurait tort de ne pas s'arrêter.
C'est ainsi qu'un certain nombre des tendances générales qu'elle ne faisait que constater dans l'évolution des sociétés, elle peut les expliquer en se représentant de quelle manière, conformément à ce que l'expérience nous fait connaître de sa nature, doit réagir l'àme humaine. Nous avons vu que, tandis que les instruments de la civilisation générale vont en se perfectionnant sans cesse, le propre des choses qui caractérisent chaque civilisation particulière est de croître et de décroître en parcourant le cycle des âges, à l'instar des êtres doués de vie et auxquels la nature a assigné une fin inévitable. <( Non seulement, remarque Cournot, l'observation constate cette loi générale, mais nous en comprenons