‹ Qu'est-ce que la sociologie?Chapitre 35 sur 43 · Traité, II · texte numérisé non relu

Traité, II

les actes de vigueur personnelle et morale ont tant d'influence pour entrer dans celle où l'on balance et suppute les masses, la plume à la main, où l'on peut calculer les résultats précis d'un mécanisme régulier. » Ce que l'on l'on peut exprimer encore en disant que l'histoire s'absorberait peu à peu dans « la science de l'économie sociale » .

Il y a donc une phase post-historique comme il y a une phase pré-historique. Dans celle-là comme dans celle-ci l'influence perturbatrice, l'excentricité des rencontres particulières doit être plus rapidement compensée par le poids des « nécessités » ; les régularités des actions individuelles seront plus aisément saisissables ; et par suite ce qui tient aux constitutions sociales ressortira plus nettement. C'est dire que Cournot ne se contente pas de décrire les tendances les plus générales de l'évolution humaine ; il laisse entrevoir qu'à certaines de ses phases au moins on pourrait formuler, pour des cercles de phénomènes plus hmités, des sortes de lois théoriques plus précises. C'est dire encore qu'il ne nous démontre pas seulement la nécessité d'une philosophie de l'histoire ; il indique la possibilité des sciences sociales.

Mais jusqu'où finalement ces sciences pourraient- elles espérer d'étendre leur conquête ? Pour en décider il faut analyser les procédés par lesquels Cournot lui-même démêle, non plus seulement des faits majeurs ou des tendances générales, mais des lois théoriques, et se demander dans quelle mesure ces procédés se laisseraient généraliser.

l'histoire et la science sociale 87

C'est sur réconomie politique proprement dite, on le sait, qu'a porté le plus spécialement Teffort de Cournot pour ordonner rationnellement les faits. Et il a pu la rendre en effet théorique au point de l'apparenter, du moins par certains de ses côtés, à la famille des Bciences mathématiques. Il y transpose des concepts dont on use pour la mesure des phénomènes matériels. Il propose d'appeler f/en^iïe économique ou densité de valeur d'une denrée la valeur de cette denrée pour l'unité de poids. Il espère qu'on pourra établir quelque jour une table des équivalents économiques ou industriels, et constituer une cinématique des valeurs. Il montre que le principe d'économie ou de la moindre action trouve son application dans la banque comme dans la mécanique. Il propose enfin des formules qui permettent de calculer comment la demande varie en fonction du prix*.

Quelle place son œuvre mérite d'occuper, en raison de ces innovations, dans l'histoire des doctrines économiques, et sur quels points cette application des mathématiques pourrait s'étendre avantageusement, il ne nous appartient pas de le rechercher ici. Il nous importe seulement de définir le procédé qui lui permet de dégager ainsi, de la multiplicité des faits, des rapports rationnels.

Sans doute on peut dire que d'eux-mêmes, et de plus en plus, les faits mettent en relief ceux de ces rapports qui sont d'ordre économique, s'il est vrai, comme nous venons de le voir, que le progrès de la civilisation générale augmente l'importance relative de ce qui s'évalue, se mesure, se compte, et fait passer au premier plan ces phénomènes de masses par lesquels s'expriment

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