‹ Qu'est-ce que le tiers état?Chapitre 20 sur 28 · CHAPITRE IV ce que le gouvernement a tenté et ce que les privilégiés · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV ce que le gouvernement a tenté et ce que les privilégiés

PROPOSENT en faveur DU TIERS

Le gouvernement entraîné, non par des motifs dont on puisse lui savoir gré, mais par ses fautes, convaincu qu'il ne pouvait y remédier sans le concours volontaire de la nation, a cru s'assurer, * "Jè sa part, un consentement aveugle à tous ses projets, en offrant de faire quelque chose pour elle. Dans cette vue, M. de Calonne proposa le plan des assemblées provinciales.

(i) Var, : Le plus grand inconvénient.

(2) Var. : Ils ne le peuvent ni par tcte ni par ordre.

§ I assemblées provinciales

Il était impossible de s'occuper, un moment, de l'intérêt de la nation sans être frappé de lajîujlilé politique du tiers. Le ministre a senti même que la distinctio n des ordres était contraire à toute esoéiaîice deMen, et il a projeté (i) sans doute de la faire disparaître avec le temps. C'est du moins dans cet esprit que le premier plan des assemblées prnvinriales paraît avoir été conçu etjédJi^é. Il ne faut que le lire avec un peu d'attention pour s'apercevoir qu'on n'y avait pas égard à V ordr e^erssmilil des citoyens. Il n'y était question que de leurs propriétés, ou de l'ordre réel. C'était comme propriétaire et non comme prêtre, noble ou roturier, qu'on devait être appelé dans ces assemblées, iritéressant£S pârJeiir ûhJ£t, bien plus importantes encore par la manière dont elles devaient se former, puisque par elles s'établissait une véritable représentation nationale.

Quatre espèces de proprié tés étaient dist inguée s : 1° les seigneuries. Ceux qui les possèdent, nobles ou roturiers, ecclésiastiques ou laïques, devaient former la première classe. On divisait en trois autres classes les propriétés ordinâires o u simples , par opposition aux seigneuries. Une distributipji pliJLS. natuiâlLe n'en aurait fpTmé que deux, indiquées par la nature des jrava ux et la fiance des m^érêU; savoir, les propriétés de la campagne et celles3es villes . Dans ces dernières, on aurait compris, avec les maiso n^, tous les arts, fatuités, métiers , etc. Mais on croyait sans doute que le temps n'était pas encore venu de fondre dans ces deux divisions les biens ordinaires ecclésiastiques. Ainsi on avait cru devoir laisser les biens simples du clergé dans une classe séparée. C'était la seconde. La troisième comprenait les biens de la campagne, et la quatrième le§ propriétés des villes.

Remarquez que, trois de ces sortes de propriétés étant indistinctement possédées par des citoyens des trois ordres, trois classes sur quatre auraient pu être composées indifféreJlilïlfîat de nobles, de roturiers ou de prêtres. La deuxième classe elle-même aurait contenu des chevaliers de Malte, et même des laïques pour représenter les hôpitaux, les Fabriques paroissiales, etc.

(i) Var. : Projeta.

^.li'ç^^/iaturel de croire que, les affaires publiques se traitant dans ûe5.,a^^emblées, sans égard à l'ordre personnel, il se serait bientôt formé une communauté d'intérêts entre les trois ordres, qui aurait été, par conséquent, l'intérêt général; et la nation aurait fini par où toutes les nations auraient dû commencer, par être une.

Tant de bonnes vues ont échappé à l'esprit si vanté du principal ministre. Ce n'est pas qu'il n'ait très bien vu l'intérêt qu'il voulait servir; mais il n'a rie n com pm à la valeur réelle de ce qu'il gâtait. Il a rétabli la division impolitique d es ordres personnels; et quoique ce seul çhangÊJiiÊjit entraînât la nécessi té de faire un nouveau plan, il s'est contenté de l'ancien, pour tout ce qui ne lui paraissait pas choquer ses intentions; et il s'étonnait ensuite des mille difficultés qui sortaient tous les jours du jiéfaut de concordance. La noblesse surtout ne concevait pas comment elle pourrait se régénérer dans des assemblées où l'on avait oublié les généalogisle j. Ses anxiétés, à cet égard, ont été plaisantes pour les observateurs.

Parmi tous les vices d'exécution de cet établissement, le plus grand a été de le commencer par les toits au lieu deTe reposer sur ses fondements naturels, l'élection libre des peuples. Mais, au moins, ce ministre, pour rendre hommage aux droits du tiers état, lui annonçait-il un nombre de représentants pour son ordre égal à ceux du clergé et de la noblesse réunis. L'institution est positive sur cet article. Qu'en est-il arrivé ? Que l'on a fait no mg^ pr des députés au tiers parmi les privilégiés. Je connais une deces assemblées où, sur cinquante-deux membres, il n'y en a qu'un seul qui ne soit pas privilégié. C'est ainsi qu'on sert la cause du tiers, même après avoir publiquement annoncé qu'on veut lui rêadxe justice!

Page 1