VI INTRODUCTION
ries (sic) du comte d'Artois ». Les historiens qui affectionnent ce genre de remarques, depuis Bertrand de Moleville jusqu'à M. Taine (i), ne maiJquent guère de raconter que si Sieyès a manifesté tant d'hostilité contre les privilèges, c'est qu'il n'avait pas obtenu une abbaye qui lui avait été promise (2).
C'est là, ainsi que Sainte-Beuve récrivait à un époque où il n'était pas suspect d'indulgence pour les révolutionnaires (3), « une méprise qui tient à l'ignorance complète du fond. » L'anecdote si longuement rapportée par Bertrand de Moleville et son éditeur peut bien être tenue pour vraie « sanspour cela qu'on soit obligé d'en tirer la même conséquence ». Rien n'autorise à méconnaître chez Siéyès « un haut et sévère enthousiasme, l'amour du bien public, un esprit qui avait sincèrement le désir d'améliorer l'humanité » (4). Dès l'année 1772, bien avant qu'il ne fût question de cette abbaye, il s'occupait des moyens de réformer les abus. Il avait siégé aux États de Bretagne, avait vu de près la féodalité « en plein exercice » et conçu contre elle une haine qu'aucun bénéfice n'aurait éteinte.
(1) Ancien régime, p. 420.
(2) D'après Sainte-Beuve, Bertrand de Moleville semble dire qu'il ne tint qu'à une abbaye : cela n'est pas tout à fait exact. Bsrtrand de Moleville ne semble pas dire, il affirme de la manière la plus formelle. Il a sur ce sujet quatre grandes pages, aussi explicites que possible, qui commencent ainsi : « Il ne tint qu'à une abbaye de 12,000 livres et à une étourderie de moins de la part de l'archevêque de Sens que l'abbé S. ne fût un des apôtres les plus zélés de l'ancien régime. » La longue note que l'éditeur Michaud a jointe au récit de Bertrand de Moleville n'y ajoute rien d'essantiel. Voir Bertrand de Moleville, Histoire delà Résolution de France, Paris, 1801-1803, 14 vol. in-8, t. I, p. 365.
(3) Causeries du lundi, V, 159.
(4) Voir dans la Notice sur la vie de Sieyès écrite probablement par Sieyès lui-même, en messidor an II, à la page 33, le passage sur l'art social qui occupe et enthousiasme Tartiste philosophe, comme l'attrait de la peinture, le goût de la belle architecture, la recherche d'une belle harmonie s'emparent du musicien, du peintre et de Tarchitecte.