‹ Qu'est-ce que le tiers état?Chapitre 6 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En lisant les pages destinées à établir que les hommes qui ont fait la Révolution, quand ils n'étaient pas des fous ou des imbéciles, avaient des âmes vénales ou gonflées de basses rancunes, on se demande si les auteurs qui les ont écrites ont jamais eu sous les yeux les cahier s de 89.

. Pour s'amuser à rattacher de si grandes choses à des

( - 1 causes si infimes, il faut n'avoir pas un sentiment assez

vif des misères que la féodalité entretenait encore dans

la seconde moitié du xviii' siècle. Si Ton avait une fois

; entendu les gémissements des communautés des campagnes, ces doléances si humbles, si navrantes, si bien justifiées, en admettant qu'elles aient besoin deXêtrç,

^ par les aveux échappés çà et là aux ordres privilégiés, on insisterait sans doute avec moins de complaisance sur des récits qui ne servent qu'à refroidir la sympathie et à diminuer la compassion. On aurait honte de rechercher avec tant de soins quelle dose d'égoïsme a pu être

-mêlée à des revendications trop légitimes ; on comprendrait qu'il n'était pas besoin d'avoir souffert des privilèges pour les prendre en horreur et pour embrasser la défense des opprimés, et l'on se souviendrait que les membres du clergé et de la noblesse chez lesquels l'orgueil de la naissance n'avait pas étouffé les instincts humains et généreux, se distinguèrent par leur zèle ardent à appuyer les plaintes du tiers. Malouet, bien à regret, a parlé de ce qu'il appelle les illusions de Mathieu de Montmorency et reconnu qu^elles prenaient naissance dans le pur amour du bien public.

D'ailleurs les privilèges n'étaient pas seulement une source de maux de toute nature pour le plus grand nombre des Français. On n'en parle presque jamais que comme de charges^plus ou moins injustes, de distinctions plus ou moins choquantes, établies au profit de quelques particuliers et au détriment de tous les autres ; comme si le privilège le plus vivement attaqué en 89, celui en vertu duquel la majorité du clergé et de la noblesse prétendait

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