‹ Qu'est-ce que Tiers état?Chapitre 4 sur 28 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

En les proposant, il avoue qu'il n'a d'autre espoir que de provoquer la méditation et la discussion, d'éveiller et de stimuler les esprits. Il expose la vérité '( dont on se rapprochera plus ou moins selon les circonstances ». Il prévoit que ses principes ne seront pas admis même par les membres du tiers les plus habiles à défendre les intérêts de leur ordre, que ses idées paraîtront extravagantes à la plupart des lecteurs (p. go). Il sait qu'elles sont absolument impraticables pour le temps [ib.). Aussi, bien loin de songer à les imposer, déclare-t-il qu'on ne doit point s'y attacher avec trop de rigueur. Ce grand théoricien a parfois, Michelet s'en est souvenu, le langage d'un véritable homme d'État. Avec une clairvoyance qui lui fait le plus grand honneur et qui de nos jours est devenue trop rare, il constate la différence profonde qu'il y a entre la mission du penseur méditant à loisir dans la solitude du cabinet et celle du citoyen chargé des affaires d'un grand peuple : « Tant que le philosophe n'excède point les limites de la vérité, ne l'accusez pas d'aller trop loin... Le devoir de l'administrateur au contraire est de graduer sa marche suivant la nature des difficultés. » Non content d'avoir ainsi marqué cette distinction essentielle dans son épigraphe en tête de l'écrit QiC est-ce que le tiers état ? il y revient et y insiste aux dernières pages de la conclusion où il sig-nale l'erreur des personnes « qui s'obstinent à confondre la conduite mesurée et prudente de l'administrateur, qui giiterait tout s'il ne calculait pas les frottements et les obstacles, avec l'élan libre du philosophe que la vue des difficultés ne fait qu'exciter davantage (i) ».

(1) « L'histoire fut toujours en défaveur auprès de cet esprit absolu qui visait à tirer tout de la raison », dit Sainte-Beuve dans son étude sur Sieyès. Peut-être y a-l-il dans ces paroles un peu d'exagération : Sieyès ne dédaignait pas toujours les exemples fournis par le passé et à l'occasion il savait s'en servir; peut-être, à bien voir les choses, trouverait-on plus de véritable esprit pratique.

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