‹ Qu'est-ce que Tiers état?Chapitre 5 sur 28 · INTRODUCTION V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION V

La partie capitale de l'œuvre de Sieyès n'est pas celle où il se montre le plus original, où il développe ses idées propres ; c'est celle où, se faisant l'organe de l'opinion publique, il met en regard, d'une part les services, les titres, les droits du tiers état, et d'autre part ses souffrances et ses vœux.

On a dit qu'un motif peu honorable avait déterminé Sieyès à s'attaquer aux privilèges.

Il est en effet de bon goût, dans un certain monde, d'expliquer autant que possible la conduite des hommes de 89 par des sentiments mesquins et vils, par la cupidité, l'envie ou la vanité. En exposant les causes de la Révolution on se refuse à admettre que les droits féodaux fussent intolérables : on pense faire preuve de profondeur en insinuant, à la suite de Tocqueville, qu'ils n'étaient si détestés, que parce qu'ils étaient devenus moins lourds. Au lieu de constater franchement l^oppression des campagnes, on va repétant, sans s'assurer si ce qu'on répète est bien exact, qu'en telle circonstance l'amour propre de Danton dut saigner, que M™° Roland se trouva humiliée à telle date par un procédé peu courtois, que Robespierre était irrité d'avoir été le protégé de l'évêque d'Arras et j\Iarat d'avoir été « le chirurgien aux écu-

moins de dédain de Texpérience chez lui que chez les gens qui lui ont tant reproché sa métaphysique. Entre l'auteur du chapitre où il est expliqué pourquoi la constitution anglaise ne convient pas à la France, et les habiles politiques qui voulaient ly importer, de quel côté est le mépris des faits, le goût des chimères? Toutefois l'observation de Sainte-Beuve subsiste : elle est juste, à condition que l'on ajoutera que, dans les polémiques engagées en 1789, l'histoire ne pouvait pas peser d'un grand poids. « Ce n'est pas dans l'histoire de France que notre député trouvera les principes de la conduite qu'il doit tenir, dit la noblesse de Provins ; il n'j- verrait que l'ignorance absolue des droits de la nation. » Les publicistes les plus acharnés à puiser des arguments dans nos annales finissaient presque tous par convenir qu'ils n'y découvraient que confusion et contradictions perpétuelles, justifiant par là ce que Sieyès, au début de ['Essai sur les prii^ilcgcs, dit des o fastidieuses et interminables discussions de faits ».

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