‹ Quand Barras était roiChapitre 18 sur 74 · Arch. nat.,F>cill, AFiv · texte numérisé non relu

Arch. nat.,F>cill, AFiv

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hésitation à la mort, elle la pratiqua dans la conception la plus large, elle la poussa même aux extrêmes limites.

Pour la police, M"* Lange était monarchiste ; à nos yeux son royalisme paraîtra surtout un retour à la vieille légèreté française, une réincarnation du Paris lettré, du Paris galant, du Paris joyeux de ce xvin* siècle dont elle brûlait les dernières années. Assoiffée de jouissances comme toutes ses pareilles du moment, elle voulait que les Cornélie de la Révolution cédassent le chemin aux Aspasie du Directoire, elle prétendait lâcher la bride à ses aspirations sensuelles, entourer de vacarme ses distractions de même que ses vices et étouffer sous les sonores grelots de la Folie les rappels du tambour battant le rassemblement. Elle se déployait sur la scène, courait les bals publics, dépensait de Tamour, prodiguait ses liaisons, roulait parmi les bacchanales; on la voyait se pavaner à Lonchamp tantôt dans une demi-fortune, tantôt dans un boghei « aux bois fmis » ; on la rencontrait le soir chez Garchy assise sur une chaise étrusque devant un sorbet praliné ; on l'entendait rire aux éclats sous les pagodes de Velloni; sa présence était remarquée chaque semaine. à l'Elysée, à Tivoli, à Biron, à Idalie ; les multiples concerts de Paris

connaissaient ses robes vaporeuses, ses chapeaux merveilleux et ses boucles brunes encadrant un pastel où s'épanouissait une bouche plus fraîche qu'une rose.

Le 14 octobre 1796, elle se produit au théâtre des Arts, où l'assemblée « paisible et brillante » est éblouie par son luxe, fruit des largesses d'un bourrelier de Bruxelles nommé Simons qui l'accompagne ^ Le 8 décembre, c'est le théâtre Feydeau qui a la faveur de la posséder dans la salle, Feydeau l'arène des élégances, le salon des toilettes. Sauf pendant l'apparition du roi de la romance, Garât, qui fait pleurer tous les yeux et battre tous les cœurs, le public tourne le dos aux musiciens et met en délibération à quelle spectatrice on donnera la pomme. Ce soir-là, les suffrages restent incertains entre M^^® Lange et M""® Tallien, bien que, d'après le rédacteur caustique du Journal général de France qui rapporte le fait, leurs aspects n'aient rien d'embrasant. « La première cachait sous un vaste chapeau couleur tendre un visage modeste quoique beaucoup trop chargé de fard. L'autre ne rappelait point mal une antiquité des premiers temps de la république fondée par Brutus. » Anti-

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quité^ le mot est dur pour désigner Notre-Dame de Thermidor, Fâme du Directoire, la souveraine incontestée du monde, mais la gloire est grande pour M"* Lange de pouvoir rivaliser en beauté avec Tenchanteresse Thérésa. Peut-être la foule se laissaitelle prendre au décor de la châsse, c'est-à-dire les dentelles de la ci-devant reine, et Taigrette de 44.000 livres offertes à la belle actrice par TamoureuxSimons^ A travers lamascarade du Directoire, la déesse s'appuyait triomphante au bras du dieu ruisselant d'or, du dieu en trois personnes : Hoppe, Leuthraud et Simons. Voilà les trois chefs de son escorte amoureuse, les trois hommes qui l'adorèrent plus que les autres et se ruinèrent pour elle sans l'enrichir.

Hoppe, riche banquier de Hambourg, était arrivé en France vers 1793, jugeant le moment propice aux spéculations, et les événements l 'avaient rapproché de M"* Lange, très près évidemment puisqu'elle lui donnait une fille deux ans plus tard. La jeune

] . RapsodieSf 17 décembre 1796. — Au sujet des dentelles de Marie- Antoinette, je m'appuie sur les Goncourt qui écrivent dans leur Histoire de la société française sous le Directoire (p. 348) : < Lange... une élégante qui avait enlevé à Philipin le fripier les dentelles de la ci-devant reine. » Gomme référence, les auteurs indiquent /'-4ccmsateur public (vol. I), or je n'ai rien trouvé de semblable dans cette feuille. A la suite d'autres expériences, je crois qu'il faut se méfier un peu des sources données par les Goncourt.

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Palmyre fut baptisée à la chapelle protestante de Tambassade de Suède et devint Théroïne d'une cause célèbre qui occupa et divisa les partis autant qu'une victoire de Bonaparte.

Comme conséquence de la vie ruineuse de sa maîtresse, Hoppe se trouva certain jour fort désargenté; une rupture devenait inévitable. Elle eut lieu, mais le financier réclama la tutelle de son enfant, s'appuyant sur un engagement pris par M'**' Lange de quitter le théâtre et de se consacrer à réducation de la petite moyennant un don de 200.000 livres. La mère regimba, le père tint bon, et Ton plaida.

M* Bonnet soutint avec éloquence la cause de Hoppe, et Duveyrier, avocat de la partie adverse, observa que les 200.000 livres en assignats ne représentaient guère plus de 40.000 livres et que cette somme n'était point le prix de Fabandon de la scène par M^^* Lange. Des lettres écrites postérieurement prouvaient que le faible amant n'avait pas insisté sur cette résolution prise en public et qu'il avait continué à traiter l'actrice comme une épouse. Duveyrier citait en outre un axiome de Montesquieu : « S'il y a mariage, les enfants suivent la condition du père; s'il n'y a pas mariage, ils ne concernent que la mère » ; maxime applicable à la législation

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de tous les peuples, surtout à celle qui régissait la France. Ici 1 ascendant reconnu étranger et la fille née Française, les droits de celle-ci demeuraient incessibles, ses avantages ne pouvaient être perdus que par sa volonté, et il semblait impossible de la remettre à son père, lequel ne possédait aucun éta* blissement dans notre pays.

Cette théorie mit le feu aux deux camps déjà trop échauffés qui se disputaient à Paris. Les journaux distillèrent les discussions et les critiques soulevées à flots. Le Courrier républicain, feuille royaliste, écrivait le 20 décembre 1796 : « Le plaidoyer de Duveyrier, que le public a entendu avec dégoût et impatience, a été un tissu de déclamations gigantesques parsemi^es de lieux communs de barreau et d'expressions emphatiques et boursouflées. Dans son exorde vraiment digne de Vlntimé ou do Petit- Jean, il a remonté à Torigine des lois sur Tétat civil des enfants chez toutes les nations, et tout cela ë, propos d'une fille publique. La cause du vice et de la prostitution ne pouvait être défendue avec plus de gaucherie et de maladresse. » La Gazette nationale de France du 21 décembre fulminait h son tour en racontant les faits : «... Les courtisanes sont d'ordinaire peu fécondes, on dirait que la nature semble craindre une reproduction

criminelle; cependant Hoppe devint père. Durant sa première ivresse, Thabile courtisane usa de tout son ascendant pour dépouiller sa dupe. Gela lui fut facile... En peu de temps, meubles, argenterie, diamants, bijoux, maison, elle sut tout envahir, et son insatiabilité croissait encore avec ses richesses. Enfin Hoppe osa refuser, il fut congédié. Son infâme maîtresse, au mépris de ses engagements, rentra sur-le-champ au théâtre, moins pour satisfaire les connaisseurs révoltés de son organe nasillard autant qu ennuyés par uii débit prétentieux et des façons minaudières que pour y tendre de nouveaux filets et y exercer sous le titre de comédienne sa véritable profession. » Un autre ami du banquier le défendait assez maladroitement en avouant ses consolations ^ « M. Hoppe a toujours aimé M'^' Lange avec la tendresse d'une épouse. Çan*a été quelorsqu'elle-même a rompu les liens qui les unissaient tous deux qu'il a fait d'autres liaisons afin de s'étourdir sur les chagrins que lui causaient l'infidélité et la mauvaise conduite d'une femme qu'il aimait avec passion. » Un poète lançait cette épigramme^ :

Hoppe fait à Lange un enfant.

C'est une fille, elle est céleste.

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