Messager du soir, 27 thermidor an III
pour y faire les rois ; on y mangera des gâteaux à la fève que Ton vend publiquement au Palais-Égalité^ » A juste titre, une pâtisserie grignotée chez une royaliste devait être suspecte, mais à juste titre aussi une ancienne libérale comme M"* Lange devait se transformer en royaliste. A travers les nuages de son adolescence, elle entrevoyait les fêtes de la cour, la majesté de Versailles, les intimités fleuries de Trianon ; devant ses yeux elle ne contemplait que les incarcérations, les perquisitions, les turpitudes et le sang; elle se rappelait les galants et spirituels aristocrates qui représentaient lors de ses débuts à la Comédie, le goût de la France ; elle ne voyait aujourd'hui que les stupides et misérables jacobins symbolisant la férocité et la grossièreté la plus basse. La royauté avait favorisé son entrée au théâtre, soutenu les enthousiasmes de son avenir rose, la Révolution ne lui avait facilité que Taccès dans ses prisons tout en l'arrachant de la scène où triomphait son talent. Des trois grands principes républicains, Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort, elle avait connu la liberté par ses deux séjours à Sainte-Pélagie, l'égalité par la tyrannie de Robespierre; quant à la fraternité préférée sans