L*Ami des lois, 4 janvier
LA JOLIE m"® lange 51
un goût spécial pour les propriétés nationales *. » Sur la scène on la guette. Un soir qu'à Feydeau elle interprète le Mercure galant^ l'assistance souligne par des applaudissements et des éclats de rire ces vers où Tallusion est transparente ^ :
Tous les dons qu'en m'aimant vous pouvez m*avoirfaits Me sont trop précieux pour les rendre jamais.
Retenir vos parents, c'est vous aimer encor,
Je renonce à l'amour qu'on vend au poids de l'or.
Et la malignité publique ne s'arrêta guère lorsque, le 2 février 1797, le tribunal rendit son jugement de Salomon au milieu d'une foule particulièrement féminine qui remplissait le prétoire. La petite Palmyre fut mise dans une maison régie par des institutrices, les revenus de la somme en litige affectés à son entretien, et les parents eurent le droit de voir leur fille quand bon leur semblerait^.
1. La Petite Poste de Paris^ 14 janvier 1797. — Cette médisance fut lancée à la même époque par les Rapsodies contre M- Tallien.
2. Le Répertoire anecdotique du 29 janvier au 3 février 1797.
3. Les Tribunaux civils de Paris pendant la Révolution^ publiés par À. Douarche, P. 1907, t. II. — Le Courrier républicain^ 16 pluviôse an V. — La duchesse d'Abrantèsa dramatisé le fait dans son Histoire des salons de Paris (t. Il) et codcIu faussement que Palmyre fut rendue à sa mère.
Comme consolation, Hoppe reçut ce quatrain^ :
Pour juger ce procès étrange, Sachons quel âge à votre enfant...
Onze mois... Il est évident Qu'il ne peut se passer de Lange,
Quant à la jolie plaideuse qui croyait que les juges n'ont pas changé depuis Phryné, elle dut reconnaître que la beauté n'est pas toujours une arme invincible. L'enlèvement de sa fille lui prouva aussi qu'il est des plaisirs finissantpar devenir bien amers et le résultat de l'affaire qu'il ne faut pas se fier aux paroles dorées des avocats. Son procès eût pu se résumer ainsi : Le fait est un enfant fait. Celui qui Va fait ne nie pas le fait^ mais on dénature le fait. Voilà le fait'^. Rédaction succincte, mais probablement peu efficace, les magistrats ayant Thabitude invétérée de dévorer les plaideurs à défaut de l'huître. Par une justice d'équilibre douteux, n'osant dépouiller la mère certaine en faveur du père incertain, ils les privèrent tous deux des droits les plus doux 3.
Voilà ce que c'est que d'avoir des enfants qui n'appartiennent à personne et à tout le monde.