‹ Quand Barras était roiChapitre 26 sur 74 · Peltier, Pans, 27 août · texte numérisé non relu

Peltier, Pans, 27 août

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férée de Leuthraud. Les murs en étaient tapissés, les girandoles garnies, les fenêtres encadrées. On se rappelait aussi l'extraordinaire soirée tropicale durant laquelle des oiseaux rares gazouillaient parmi les plantes odoriférantes des pays chauds. On songeait encore à la loterie de bibelots d'or et de pierres fines où presque tous les cartons [gagnaient un lot. Sottement fat, M. le comte de Beauregard se laissait admirer sur son tas d'écus par les naïfs, les boscars et les tapeurs, car, pour les autres, il ne faisait guère illusion. D'une taille élancée, avec une figure encore fraîche d'homme de trente-cinq ans, d une tournure assez élégante, il eût peut-être trompé son monde sans ses manières de valet de chambre dont il n'avait pu se défaire complètement *. Cette vulgarité ne Tempôchait pas de prétendre à une situation plus élevée. Désireux d'honorabilité et jaloux d'acquérir la considération qui lui manquait, il crut pouvoir ambitionner la main d'une jeune fille d'excellente famille. M"* Zéphyrine de Montholon,bien digne du charmant prénom qu'elle portait^. Sa grâce tourna la tête du citoyen Leuthraud, mais les millions du prétendant ne trou-

i . Souvenirs de Berryer^ P. 1839, t. L

2. Amault, Souvenirs d'un sexagénaire, t. IL — M"' de Montholon porta plus tard deux noxx..^ héroïques, elle épousa d'abord le général Joubert, puis le itiaréchal Macdonald.

bièrent heureusement pas celle de M™' de Montholon. En mère avisée, elle ne se pressa pas de conclure une affaire aussi attirante, elle prit du temps pour réfléchir et fit bien, caria réponse n'était pas encore formulée que la fortune du spéculateur s'évanouissait en fumée.

Auparavant, ce Crésus d'antichambre qui avait tripoté sur tout voulut tâterde la politique. Elle ne lui réussit pas. L'exploration de ce pays était délicate et, malgré la liberté relative dont le 9 thermidor avait doté la France, nul ne savait au commencement du mois s'il serait encore vivant à l'échéance. La semaine républicaine se passait ainsi* :

Lundi j'irai chez ma maîtresse, Mardi chez Julietou Méot, Mercredi la hausse ou la baisse, Jeudi rendez-vous chez Carnet, Vendredi la pièce nouvelle, Samedi fête à Bagatelle, Et le dimanche... àTéchafaud.

Tableau de travail qui s'appliqua parfaitement à Leuthraud, mais dont il varia le dernier vers. Ses opinions le désignaient d'ailleurs à l'attention du gouvernement; il était royaliste, sa situation l'y obligeait; bien mieux, il avait fini par croire à

i.Le r/irf, 18 juillet 1797.

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l'ancienneté de sa foi monarchique et sans doute à quelque tradition fidèle venue de ses aïeux. La canaille révolutionnaire qui n'était pas encore complètement étouffée le couvrait d'insultes, le déchirait dans ses journaux et voulut même louer l'hôtel de Salm pour y installer un club. Leuthraud, qui était justement en procès au sujet de cet immeuble et venait de gagner sa cause, fut exaspéré. Il prit la plume * :

« Tant que de vils délateurs n'ont dirigé contre moi que des calomnies, j'ai gardé le silence; comme depuis quelques jours ils semblent attaquer mon opinion politique en osant affirmer que j'ai loué l'hôtel de Salm à une faction jacobite, comme cette opinion m'est plus chère que la vie, il est de mon devoir de me défendre. Qu'ils apprennent donc que celui qui depuis l'origûie de la Révolution a été continuellement persécuté par la Terreur qui a désolé la France, que celui qui dans plusieurs départements, et surtout dans celui de l'Allier, a eu le premier le courage d'attaquer de front les monstres révolutionnaires qui opprimaient le pays... que

1.' Le Messager du soir^ 26 juin 1797. — Le Miroir du. 12 février 1797 contient une lettre de Leuthraud. H y produit une attestation du juge de paix de la division de Grenelle disant que jamais aucune plainte n'a été adressée contre lui.

celui enfin qui a mille fois exposé sa fortune et sa vie pour sauver de malheureuses victimes, qu'ils apprennent que celui-là ne voudra jamais servir en rien aucune faction. S'ils doutent, qu'ils consultent les représentants Guilleraud et Boisset qui, après le 9 thermidor, vinrent dans ces départements, qu'ils consultent une foule de parents des victimes... je n'ai pas dévié de mes principes.

« L'hôtel de Salm n'est loué à qui que ce soit. Si jamais il me prend envie d'en tirer parti, ce ne sera point avec des jacobins que je traiterai. Que ces grands aboyeurs cessent de mentir et de conserver l'anonyme. Qu'ils viennent franchement à l'hôtel de Salm, je leur promets d'avance qu'ils n'y verront pas un jacobin, mais je leur promets bien qu'ils m'y trouveront et que moi seul aurai l'avantage de les y recevoir et de leur répondre. »

Les intéressés ne se présentèrent pas, aucun bonnet rouge ne parut à la porte de l'hôtel de Salm, aucun des républicains ne passa à portée du bâton noueux de Leuthraud. On se méfiait avec justesse de son poignet vigoureux, de ses épaules carrées et de cette santé exubérante que commençaient pourtant à flétrir des blessures dont la malveillance suspectait l'honorabilité. On hésitait devant le gaillard qui répétait à tout venant : « On publie que

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j^ai été garçon perruquier, le fait est faux, mais je le deviendrai pour donner un coup de peigne aux jacobins K » C'est aux feuilles publiques qu'échut la mission de répondre à Leuthraud. Le Pacificateur du 27 juin écrivait :

« ... Qu'il remplisse tout son hôtel de sa suffisance et de sa nullité, qu'il vautre tout à son aise son corps sans âme dans ce palais étonné de se voir un tel maître, à lui permis de le faire puisqu'il en a acquis la propriété par des voies si légitimes. Mais au moins qu'il fasse grâce au public de sa dégoûtante apologie, qu'il lui épargne les détails fastidieux de son courage, de son humanité, de son dévoûment à la cause royaliste. On voit la finesse de notre parvenu, il croit déjà la contre-révolution faite et il s'empresse de témoigner son respectueux attachement à la cause du roi dans l'espoir de conserver paisiblement la jouissance de l'hôtel de Salm. Qu'il se trompe, le pauvre sirel Si par impossible la contre - révolution s'effectuait, il verrait avec quelle cérémonie messieurs de la noblesse le feraient déguerpir de ses lambris dorés. »

L'esprit facile s'exerçait à ses dépens : « Le gar-

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