‹ Quand Barras était roiChapitre 42 sur 74 · Moniteur universel du !•' fructidor an XI · texte numérisé non relu

Moniteur universel du !•' fructidor an XI

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croirais pas si une contemporaine ne racontait le fait* :

« A Tépoque du mariage de la princesse Stéphanie (avril 1806), ma mère et moi fûmes engagées au bal donné aux Tuileries... Je redoutai quelques-unes de ces bonnes brusqueries de l'empereur auxquelles on était souvent exposé dans ces fêtes. Heureusement Napoléon ne me parla que de danse, me fit un compliment obligeant auquel je répondis spirituellement en l'appelant Monsieur.

« La femme qui suivait était éclatante, tant par sa rare beauté que par la quantité de diamants dont elle était surchargée. L'empereur en parut frappé et s'adressant à elle avec un sourire : « Qui « êtes- vous, Madame? — Sire, répondit-elle en « minaudant, je suis M°* Simons. — Ah ! oui, je « saisi... », dit l'empereur, et il la quitta en éclatant de rire. »

Bien que l'auteur explique cette attitude de Napoléon par le souvenir de l'affaire Girodet, elle me semble suspecte, et je donne le récit pour ce qu'il vaut.

1. Mémoires sur Vimpératrice Joséphine^ P. 1828, t. L — Ces Mémoires sont généralement attribués à Georgette Ducrest, nièce de M"' de Genlis, qu'on peut croire, paraît-il^ dans ce qu^elle a vu. Elle est néanmoins fort sujette à caution. On dit aussi que M"" Durand rédigea cet ouvrage. Toujours des monuments sur le sable!

Était-ce le commencement des honneurs ? Était-ce le commencement de la fortune? Hélas, non. A partir de ce moment, l'adversité se mit à rôder autour de la famille Simons. Le vieux Jean, mari de M"' Candeille, vit son entreprise de voitures diminuer journellement d'importance, l'argent fondit, lui-même devint fou et sa pauvre femme, forte et courageuse, se fit à trente-six ans institutrice pour soutenir son époux ; Michel, par contre-coup, éprouva un terrible désarroi dans ses finances, et le couple qui avait étonné Paris de ses hôtels, de ses équipages, de son faste, habita en ménage bourgeois un simple appartement rue du Faubourg-Saint-Honoré, et un petit castel à Ozoirla-Ferrière. Désormais la muscadine fêtée, l'actrice célèbre du Directoire vécut comme la dame d'un notaire ou d'un procureur ; elle vendit ses diamants, même ceux qu'elle avait avant son mariage, puis s'occupa de sa fille Palmyre et de son propre frère dont elle avait été longtemps séparée.

Louis-Olympe Lange avait huit ans de moins que sa sœur. Les deux enfants perdirent leurs parents en 1790 et, dès cette date. Élise devint l'appui de l'adolescent ; au milieu de ses succès théâtraux, elle trouva le temps de veiller à son éducation et de fournir généreusement à tous ses

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besoins. Le jeune homme conserva toujours une vive gratitude envers celle qui avait été pour lui une seconde mère. Entré dans la marine, il participa aux luttes de la France contre l'Angleterre et était aspirant, en 1799, lorsqu'il fut capturé par Tennemi. Grâce à des protections on l'échangea, ce qui lui permit de reprendre du service dans la marine marchande et de partir pour l'Amérique. Mais la malchance continuait. Durant son voyage, les Anglais le ressaisirent, le reléguèrent sur les pontons, puis l'envoyèrent en captivité à Tiverton (Devonshire). Un prisonnier de vingt-trois ans ne saurait demeurer inactif. Lange s'occupa si bien qu'il épousa là M"* d'Olier, fille d'un Français émigré, lequel eut la courtoisie de mourir bientôt en laissant sa fortune à son héritière naturelle. Libéré, marié et légèrement rente, l'ancien marin regagna la France et vint avec sa jeune femme se fixer en Touraine*. Dès lors les relations se resserrèrent entre les ménages Lange-d'Olier et Lange- Simons, tous deux ambitionnant le repos après la tourmente.

En cette calme période de sa vie, M"' Lange succomba-t-elle encore à l'amour du théâtre dont les

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