Collection de M. Henry Lyonnet
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paire qu^avant six j ours j*orai le plaisir de vous voir; j*atans ce moment avec bien de l'impatiance car je fais tous mes efforts pour le hâter, mais malheureusement il ne dépand pas de moi seul, ce qui me contrarie beaucoup parle peu de désir que l'on apporte à l'exécution de mon projet; ce pendant je crois que Ton est enfin décidée. Jicompte et viens de dire dans ce moment qu'on aille chercher une voiture pour lundy de grand matin comme nous ne comptons pas nous arrêter en route, je serez mardy soir à Paris et mercredy j'orais le plaisir de vous voir. Mais il ne s'agit pas de me donner un petit moment, je veux vous voir de bonheur, et ne vous laisserez aller que tart, votre désir de me quitèr cera forcé de céder au mien qui cera de vous voir le plus longtems possible. Adieu, j'ai faim de vous voir et mon apé-
tit ne veut pas être contrarié plus longtems.
L'Ange.
Il est certain que M"® de Sévigné eût tourné autrement cette lettre pleine de ratures, d'additions et de fautes. En écrivant : «... Je veux vous voir de bonheur » et en se présentant peu après sa missive chez rheureux conseiller, l'actrice ne commettait qu'une petite erreur : l'emploi de la préposition au lieu de l'article. Et puis qu'importaient le style et l'orthographe si ces lignes étaient envoyées à quelque influent jacobin brouillé, comme la plupart de ses semblables, aussi bien avec l'aristocratie qu'avec la grammaire. Une seule chose eût pu le choquer: l'apostrophe que la jolie créature se permettait coquettement dans sa signature, léger détail qui la
gratifiait d'un nom séraphique qu'elle était digne de porter et lui concédait une véritable noblesse de paradis. Peut-être le poulet était-il destiné à ce brave M. Antoine, sculpteur et amateur d'art dramatique, qui avait préparé les débuts de l'artiste et prenait fierté des éloges prodigués à son élève. Elle lui grifl'onnait de son style câlin en s'excusant d'avoir accepté à dîner chez des tiers : «...Je voulais refuser, mais en pansant à votre amitié, je me suis dit il me grondera s'il sait que j'ai refusé à cause de lui et m'approuvera si j'accepte, je l'ai fait sûre que vous ne m'en aimeriez pas moins. Celle qui vous aime tous les jours davantage ^ » Daté du 31 janvier 1793, ce message indiquait une rapide amélioration orthographique en plus d'une louable gymnastique affectueuse ou sentimentale.
L'époque n'était pourtant pas propice aux fantaisies quelles qu'elles fassent ; la sombre année 1793 se levait dans une aurore de sang ; la beauté, le talent, la joie, l'intelligence étaient suspects; Lange devait bientôt s'en apercevoir. Après avoir créé un nouveau rôle, celui d'Eugénie, dans les Femmes^ une pièce de Demoustier pleine d'afféterie, elle parut le 1" août avec un vif succès sur la scène du
1, Catalogue d'autographes du baron de Trémontj P. 1852.
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théâtre de la Nation en interprétant Paméla. Cette comédie en cinq actes et en vers de François de Neufchâteau était admirablement traduite par Fleury, Mole, Dazincourt, Dupont, M"" Mézeray et Lange. Jamais cette dernière ne joua avec plus de sensibilité, jamais elle ne mit un plus naïf abandon dans son jeu et jamais on ne la vit aussi appétissante à aimera Chaque soir le public faisait fête à sa beauté, à sa grâce, si bien que la coiffure qu'elle portait mit en vogue les chapeaux à la Paméla, Personne ne s'était avisé de voir dans les vers un péril grave pour la République, lorsque le 29 août, jour de la neuvième représentation, à cinq heures un quart. Tordre arriva de ne pas donner la pièce. Les argus de la Commune et du Comité de Salut public reconnaissaient soudain que les cinq actes étaient entachés d'aristocratisme. D'abord certains personnages s'y montraient parés des ordres anglais, appareil qui frappait d'autant plus les yeux que les décorations françaises avaient disparu ; ensuite Paméla était douce, Paméla était tendre, Paméla était touchante, vertueuse, mais Paméla était noble. 11 y avait insulte à la Nation.
Effrayé de cette stupéfiante découverte, le pauvre