‹ Quand Barras était roiChapitre 9 sur 74 · E. Biré, Paris pendant la Terreur^ P. 1890, t · texte numérisé non relu

E. Biré, Paris pendant la Terreur^ P. 1890, t

L\ JOLIE M^^« LANGÉ 23

public, trop heureux de se lancer sur une proie, décréta la fermeture du théâtre de la Nation, dont les affiches portèrent dès lors : Relâche jusqu'à nouvel ordre^ mention qui se répéta durant trois mois pour disparaître avec le nom même du théâtre. Tel était le moyen radicalde terminer la rivalité entre les troupes du faubourg Saint-Germain et de la rue Richelieu qui voyaient mourir la Comédie-Française après cent treize ans d'existence. Bien entendu on ordonna l'arrestation des comédiens ci-devant ordinaires du roi, sauf pourtant de Mole, qui, en raison de son jacobinisme prononcé, eut le malheur de ne pas être compris dans la fournée de ses camarades. Pendant la nuit du 3 au 4 septembre, on vint les empoigner à domicile et la visite chez M"" Lange faillit être fatale à Tun de ses amis, Técrivain A.-V. Arnault.

Celui-ci avait rassemblé dans un cahier quelques chansons, romances et pièces fugitives que la folâtre donzelle avait témoigné le désir de lire et détenait chez elle. Or beaucoup de morceaux paraissaient fort acerbes contre le pouvoir, Tun entre autres où la promotion de Robespierre à la dignité déjuge au tribunal de Versailles était célébrée de façon à ne pas plaire beaucoup au féroce législa-

teur. Qu'on en juge par le dernier couplet :

Versailles par cet heureux choix

Moins à blâmer qu'on ne le trouve

Sert toute la France à la fois

Et voici comment je le prouve :

En tout temps, brave homme, et surtout

Dans les présentes conjectures,

Il est bon d'avoir un égout

Où pousser toutes les ordures.

En apprenant la perquisition chez les acteurs arrêtés, Arnault présuma sa perte inévitable. Bien que le cahier ne fût pas écrit de sa main et ne portât pas son nom, il lui était impossible de ne pas le réclamer et de laisser tomber sur une jeune tête de vingt et un ans la vengeance que lui-même avait provoquée. M"'' Lange était heureusement une fine mouche. Elle mit son répertoire en action et le 4 septembre, à la levée des scellés, elle eut l'adresse d'escamoter le manuscrit comme Rosette escamote un billet sous les yeux de son tuteur. Plus fière de son habileté qu'effrayée du danger couru, elle le rendit en riant au brave Arnault, et l'auteur reconnaissant de ce tour de passe-passe lui conserva une amitié qui ne finit qu'avec la vie^

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