oo
I ib
3oo
3oo
. 3oo
.5oo
j). Un fait extrêmement important, que le clinicien ne doit jamais perdre de vue, c’est le pouvoir accumulatif de la digitale, lequel dépend de sa lenteur d’absorption et d’élimination. Il en résulte que l’action du médicament se fait sentir seulement un ou deux jours après son administration, et qu’elle se continue encore pendant plusieurs jours après sa suppression, comme
on peut le voir par le tableau précédent. D'où la règle THÉRAPEUTIQUE suivante; Les doses de digitale s’ajoutant les unes aux autres, il faut la prescrire à doses décroissantes, il ne faut pas maintenir son emploi à doses élevées, au-delà de quatre à cinq jours.
A*). Mais, à côté de l’accumulation d’rtcftcm, il faut placer l’aclumulation des doses. Dans ce dernier cas, — comme l’a dit si bien Gubler, — « la substance ne pénètre pas immédiatement dans les organes qu’elle modifie, pendant un temps plus ou moins long elle circule, ou bien elle est en réserve dans les interstices du tissu cellulaire, dans les lacunes initiales du réseau lymphatique, dans les organes qui sont en train de l’éliminer, mais qui l’éliminent avec une certaine lenteur. »
« La substance peut être tenue en réserve dans un organe.» En voici un exemple frappant : Tout le monde sait que la forme pilulaire, si commode pour le malade, peut être absolument défavorable pour l’effet du médicament; et l’on connaît des cas où Ion a trouvé dans l’intestin des quantités parfois considérables de pilules d’opium ou de quinine qui étaient restées ainsi sans être dissoutes. De même, plusieurs pilules de digitale, prescrites pendant quelques jours, peuvent s’engager dans un repli de la muqueuse stomacale où, non dissoutes, elles sont inactives, jusqu’au jour où elles sont reprises tout à coup par la circulation générale, et produisent des effets parfois toxiques, auxquels on était loin de s’attendre.
Donc, on peut ainsi définir, avec Gubler, l’accumulation d'action et de doses dç la digitale: la première
est son emmagasinement dans un organe (estomac ou intestin); la seconde est son emmagasinement dans l’organisme.
Conclusion pratique ; Autant que possible, les médicaments doués de propriétés accumulatives, en tête desquels se place la digitale, doivent être généralement prescrits sous forme liquide.
On ignore généralement tous ces faits, on n’observe pas les préceptes qui en découlent, on prolonge trop longtemps l’action du médicament, ou encore on le ' prescrit en quantité trop considérable, à doses croissantes et sous une forme défavorable à son absorption immédiate. C’est pour ces raisons seules que la digitale peut produire parfois des accidents toxiques que je crois utile de décrire, tout en déclarant de la façon la plus formelle que je les ai très rarement observés, quoique j’aie prescrit souvent des doses considérables de digitale. La raison en est bien simple : c’est parce que je ne me suis jamais écarté des règles qui doivent constamment présider à l’administration du médicament. Dans ces conditions, il n’est donc pas aussi dangereux qu’on a voulu le dire (i),
IV — Quoique les accidents provoqués par le digita- ' lisme soient très l'ares et que ses dangers aient été singulièrement exagérés, il n’est pas inutile de les connaître ; car ils peuvent encore être produits par des
(i) Ce fait important de l'innocuité relative de la digitale sera démontré bientôt par mon excellent interne, M. Courtade, qui prépare un travail sur ce sujet intéressant,
médecins imprudents et ncm observateurs des règles thérapeutiques indiquées plus haut.
A ce sujet, il est une remarque importante à faire ; Ces accidents ne surs’ienrtent pas d’ordinaire ou surviennent tardivement chez un homme infiltré, tant que l'infiltration persiste et que le malade n’a pas vidé toute sa sérosité. Mais ils surviendront beaucoup plus vite et plus facilement si l’on continue le médicament après la disparition des oedèmes. C'est là un fait que j’ai observé souvent, et que mon cher maître, M. Potain, m’a dit avoir lui-même constaté.
Voyons maintenant en quoi consistent ces accidents de digitalisme.
D’abord, du côté de l’appareil circulatoire, on note des accidents absolument contraires aux effets qui avaient été obtenus à dose thérapeutique, c’est-à-dire : une accélération, avec irrégularité des battements cardiaques, et l’abaissement de la tension artérielle. C’est ^insi que la digitale, qui guérit l’asysiolie, est capable de créer une sorte d'asystolie toxique.
Tous les accidents produits par la digitale peus’cnt être d’autant mieux méconnus qu’on les met souvent sur le compte de la maladie, au lieu de les attribuer au. médicament. De ce nombre sont: les hallucinations, la somnolence, le délire, les vertiges, les troubles • et obscurcissements de la vue, la diplopie, les-bourdonnemerws d’oreilles, la céphalalgie, les alternatives de rougeur et de pâleur de la face, l’algidité, les étouffements subits, les syncopes et l’anxiété précordiale, la contraction ou parfois la dilatation extrême des pupilles; les irrégularités, les intermittences, l’état filiforme du pouls, etc. Enfin, d’après Duroziez, l’abus
de la digitale déterminerait le développement de certaines névralgies intercosto-brachiales. C’est là une sorte de pseudo angor digitalique qu’il ne faut pas confondre avec l'anxiété précordiale, produite par l’emploi du médicament à dose toxique, ni avec les accès d' angor vrai provoqués chez les angineux à la suite de l’emploi intempestif de la digitale.
Mais, de tous ces accidents, les plus importants sont ceux qui se passent du côté du tube digestif. Ce sont d’abord des vomissements qui ont des caractères tout- ‘ à fait spéciaux ; ils surviennent d’ordinaire vingtquatre à trente- six heares après l'administration de trop fortes doses de digitale, ils sont donc tardifs-, ils se distinguent des vomissements précoces qui sont dus seulement à l’action topique de la digitale sur la mu queuse de l’estomac, et qui ne sont pas d’originetoxique comme les premiers. Ceux-ci sont tenaces, très pénibles, accompagnés d’efforts, de nausées et de douleurs épigastriques extrêmement violentes ; les vomissements digitaliques sont si pénibles et angoissants, qu’un auteur leur avait donné le nom de « nausées des mourants. » Les mêmes caracières s’observent pour les troubles intestinaux, et la diarrhée digitalique, comme les vomissements de même nature, est remarquable par ses évacuations rares et douloureuses, par ses coliques presque sèches, par ses douleurs vives sur le trajet de l'intestin.
La liste de ces accidents si nombreux pourrait effrayer le praticien et le priver d’une des ressources les plus importantes de la hcrapeutique. Or, je répète encore qu’ils sont extrêmement rares, lorsiu’on a soin de prescrire le médicament suivant les règles princi-
pales qui viennent d’ètre déterminées, et que je résumerai encore plus tard, lorsque je répondrai à cette dernière question : <t Comment doit- on prescrire la digitale? t)
Il est bon de savoir cependant, que les accidents toxiques surviennent en raison inverse de l’action cardiaque produite par le médicament. Je m’explique: On prescrit, par exemple, pendant plusieurs jours. o,3o centigr. de macération de digitale qui ne produisent aucun effet sur un cœur profondément dégénéré ; il en résultera que toute l’action médicamenteuse pourra se concentrer sur le système nerveux et déterminer, en conséquence, quelques phénomènes toxiques de ce côté, si l’on continue pendant un temps ^lusou moins long l’administration des mêmes doses.
Par contre, on peut ordonner une quantité du médicament beaucoup plus considérable, qui porte alors toute son action sur un myocarde encore valide, mais sans exercer, comme tout à l'heure, aucune influence sur le système nerveux, par suite d'une réelle dérivation médicamenteuse.
Le meme fait a été signalé par Germain (de Château- Thierry). « L.e danger du côté de l’estomac, disait il, est d'autant plus grand, que l’effet diurétique que l’on attendait ne se produit pas. »