‹ Quand Israël est roiChapitre 4 sur 24 · U^^E CITADELLE DE L'OCCIDENT · texte numérisé non relu

U^^E CITADELLE DE L'OCCIDENT

Bosnie. Ici, en 1388, s'élevait le palais du vice-roi du Banat ou de tel et tel prince des Balkans. » Vous entrez sous le porche assez large pour donner passage à une voiture à deux chevaux, et vous voilà dans une cour grossièrement pavée, où pousse l'herhe, avec un puits dans un coin, et tout autoiu*, des constructions dont les vieux toits de tuiles plates s'inclinent rapidement vers la terre. Tout ce qui reste dans cet enclos du despote du Banat ou de l'hospodar de Valachie, c'est un fragment de voûte romane, une cave, un pilier où s*accrocbent la vigne et la cage à serins. Auprès de ces vestiges, de modestes rentiers, des fonctionnaires à la retraite, de petits artisans mènent la vie la plus paisible. Mais cette tête de Turc coupée, ce pilier, cette voûte, c*est assez pour émouvoir l'imagination du passant, et lui rappeler que sur cette colline, si embourgeoisée aujourd bui, de grandes choses se sont passées.

Ce vieux rocher de Bude est comme Marathon, Salamine ou les Champs Catalauniques, un des Ueux où s'est débattu le sort de notre civihsation dans sa lutte avec l'Orient. Pendant des siècles, la vaste plaine qui vient mourir au

bord de la haute colline a exercé sur les peuples d'Asie un irrésistible attrait. Le long du chemin qu'ils suivaient depuis les frontières de la Chine, c'était une admirable étape pour dresser un moment la tente, faire souffler les chevaux, les abreuver au grand fleuve et reprendre ensuite leur marche à la conquête du butin de l'Occident, Au pied même de Biide, Attila établit son camp, ce célèbre Etzelburg, qui dans l'imagination du poète des Niebelungen apparaît comme le centre du monde. Après lui, bien d'autres hordes encore de Tartares et de Mongols ont tournoyé dans cette plaine, paraissant et disparaissant comme des colonnes de poussière, ou comme ces mirages que la fée Delibab se plaît à faire miroiter à l'horizon de ces plates étendues. Seuls les Hongrois venus, dit-on, des régions du Pamir, parvinrent à s'installer solidement dans ce pays. Pendant longtemps ils furent l'effroi de l'Europe occidentale, et puis un jour, renonçant au culte de l'Étalon Blanc, ils embrassèrent la religion romaine et se firent contre leurs frères d'Asie les champions de la Chrétienté.

Cela se passait il y a mille ans, sous le roi

UNE CITADELLE DE L'OCCIDENT ti

Saint Etienne. La colline de Bude restait encore déserte, car ces pâtres guerriers ne se plaisaient qu'aux espaces herbus, où paissent librement le cheval et le mouton, et qui leur rappelaient les steppes d'où ils étaient partis. Mais initiés par leur religion nouvelle aux mœurs de la vie citadine, ils montèrent sur la colline et construisirent là-haut, pour la première fois, l'égUse, la maison et le rempart.

Durant des siècles, ce rocher fortifié devint Fenjeu de la lutte entre l'Orient et l'Occident. Sans cesse, du fond delà steppe, les hommes aux yeux bridés, au teint jaune, venaient lui donner l'assaut, et toute l'Europe féodale accourait à sa défense. Des princes de la maison d'Anjou, petits-neveux de saint Louis, ont mené ici la croisade, en même temps qu'ils apportaient la brillante civilisation du quatorzième siècle français. Du Danube à l'Adriatique le pays se couvrit de villes, de châteaux, de monastères. Ici même, sur ce plateau, des maçons de Bray- sur-Somme édifièrent une demeure royale, en tout semblable aux grands manoirs qu'on admirait dans l'Ile-de- France. Et le saint royaume apostolique prenait

fî QUAÎîn ISRAET. EST ROI

chaque jour davantage un visage occidental, quand on vit apparaître une horde nouvelle, plus redoutable que les Huns d'Attila et \e$ Tartares de Batou-Khan»

Pendant un demi-siècle, deux héros transylvains, Jean Hunyade et Mathias Gorvin, repoussèrent Tassant des Turcs. L'angélus que Ton sonne à midi commémore, encore aujourd'hui, le service qu'ils ont rendu à la catholicité tout entière, il y a quatre cents ans de cela. Jamais d'ailleurs la colline de Bude n'apparut plus brillante qu'en ces jours où son existence était à tout moment menacée. La civilisation latine, qui naguère avait conquis la colline en y apportant le christianisme, puis l'esprit des Anjou, y fleurit de nouveau, mais cette fois sous la forme demi-païenne de la Renaissance. Gorvin appelle autour de lui des artistes ita- Uens, bâtit des palais, des églises, les remplit d'objets précieux, de manuscrits uniques au monde, et fait de sa rude forteresse une ville à l'image des cités de Toscane et d'Ombrie. De grands chariots, accompagnés par des escortes armées, amènent à Bude les draps de Flandre, les vins du Rhin, tous les produits

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