‹ Quand Israël est roiChapitre 5 sur 24 · UNE CITADELLE DE L'OCCIDENT Î · texte numérisé non relu

UNE CITADELLE DE L'OCCIDENT Î

d'Europe, et contii>iiarit leur route à travers les vilies saxonnes de la Transylvanie, vers Andrinople et l'Orient, ils revenaient chargés d'épiées, de parlums, de tapis et d'armes damasquinées. D'innombrables galères, conduites par des prisonniers turcs, montaiient et descendaient te Danube, pour échanger leurs marchandises avec les navires vénitiens, où s'entassaient les richesses que l'on trouve en Italie et aux Échelles du Levant... Et puis soudain, un désastre, une chute irrémédiable. Les Janissaires anéantissent l'armée hongroise à Mohacs, et les bourgeois de Bude vont porter au vainqueur les clefs de leur cité dans l'antique Albe Royale, tombeau des plus anciens rois de Hongrie. L'Asie s'installe sur la colline. Tout ce qui rappelait ici la France et l'Italie est déménagé ou détruit; la cathédrale du roi Mathias devient une mosquée; les galères de Soliman emportent dans douze cents caisses en cuir de buffle les trésors de la ville ; et pendant longtemps on put voir les statues de Hunyade, de Mathias Corvin et de sa femme, et les grands lampadaires de bronze qui ornaient leur palais, exposés en trophées sur l'hippodrome

de Byzance. Villes, châteaux, monastères, tout le pays fut ravagé. La Hongrie redevint ce qu'elle était aux temps des premières inva sions : une immense étendue de pâturages et de marais. Et deux siècles et demi plus tard, lorsque Charles de Lorraine, à la tète d'une armée où toutes les nations de l'Europe avaient envoyé des soldats, reprit d'assaut la citadelle, il n*y restait plus rien des monuments et des trésors qu'avaient rassemblés en ce lieu les Anjou et les Hunyade.

Dans ces dernières années, les Hongrois se sont efforcés de rendre mi peu de lustre à leur vieille colline. Depuis les promenades que j*y faisais jadis, on a bâti là-haut des remparts, des bastions, des redans, des tourelles, des escaliers gigantesques; reconstitué l'église de Mathias; édifié des constructions dans le goût du moyen âge, pour rappeler aux imaginations les grandeurs d'autrefois. Mais on ne refait point le passé. Même avec beaucoup de science, même avec beaucoup d*amour, on ne redonne jamais la vie à ce qui a cessé d'être. Ce qu'a détruit le temps ne peut ressusciter que dans l'esprit

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