‹ Quand les Français ne s'aimaient pasChapitre 49 sur 66 · janvier ISôl · texte numérisé non relu

janvier ISôl

dantes, Mme de Vaudemont (5 mars 1831). Elle dit : « La Belgique nous vient nécessairement, la force « des choses l'amène à la France, mais il faut faire « la France... »

Cette obligation de faire la France est aujourd'hui un peu plus pressante qu'en 1831. Non seulement il faut la faire, mais il faut la refaire, et personne ne peut malheureusement affirmer qu'aucun territoire étranger « vienne à nous » comme faisait alors la terre des Belges. C'est nous qui allons à l'Étranger, ou bien plutôt qui y coulons, comme un monde décomposé. Les patriotes que ce péril a remis debout seraient sages d'adopter la formule de Talleyrand, et les plus réfléchis d'étudier chez le duc de Broglie comment il faut la pratiquer et l'appliquer.

Les poètes disent qu'il est un art d'aimer sa maîtresse : pourquoi les politiques contemporains ignorent-ils qu'il y a aussi un art d'aimer sa patrie, que cet art s'enseigne et s'apprend et qu'il faut, pour y réussir, autre chose que la bonne volonté, ou que le dévouement, ou que l'enthousiasme : l'intelligence, et l'étude, et les traditions?

APRÈS QUINZE ANS

Ces réflexions qui dulcnt de UlOl ne pouvaient tout à fait prévoir ni de quelle importance devait être pour nous la neutralisation de la Belgique, ni comment le dernier bienfait de la monarchie, en donnant à la France envahie l'alliance anglaise et le répit sauveur des deux semaines daoût 1914, devait lui accorder le

moyen d'achever ses préparatifs et permettre les victoires de la Marne, de l'Aisne, de ITser, et toutes les autres....

Mais quelle conclusion pratique tirer de là? De « guerre à la guerre », absolu, il n'y en a pas qui soit efficace et pratique. Plus nous croirons à ce messie humanitaire, plus durement la réalité décevra. Et cela ne signifie point qu'il faille se jeter sans critique ni choix dans les voies napoléoniennes du dieu de la guerre et nous faire Boches pour résister à la Bochie. Il subsiste en effet de larges et belles voies de fortune dans lesquelles la force combinée sagement aux négociations et aux autres moyens de l'esprit politique peut donner aux Français la profonde paix relative qu'ils ont perdue depuis qu'ils ont rêvé de trouver beaucoup mieux.

En cela consiste l'art d'aimer sa patrie, pratiqué par' le duc de Broglie, d"après toutes nos traditions nationales. Ce n'est pas l'art des révolutionnaires, des démocrates, des libéraux ni des bonapartistes : c'est le grand art de la monarchie pendant près de dix siècles, tel que M. Jacques Bainville a su l'exposer dans sa lumineuse, substantielle et immortelle Histoire de deux Peuples.

Si la neutralisation de la Belgique éleva contre la ruée des armes allemandes un obstacle qui décida de leur échec, l'histoire du dernier bienfait de la monarchie élève contre le germanisme intellectuel une doctrine de sagesse et de mesure politique, véritable « Raison d'État » d'une nation civilisée que ces barbares, tout à Vhubris de leur nature, ont même quelque peine à concevoir distinctement et à comprendre en son entier.

Nous, du moins, concevrons-nous, comprendronsnous la Raison ainsi appliquée à la politique?

Par la voie de précautions militaires puissantes, cet

'29-i QUAND LES FRANÇAIS NE SAlMAlENT PAS.

Art d'aimer la France aboutit à une action diplomatique assez forte pour éviter dans l'avenir immédiat les grandes effusions de sang. Par le moyen de sa diplomatie inspirée de l'intérêt national, ce patriotisme artiste et lucide conduit à des résultats pacifiques, à des œuvres de « bon Euro[)éen > et de bon citoyen de l'Humanité.

Tout au contrairè, notre impréparation pacifiste fait d'immenses sacrifices de vies humaines; la diplomatie humanitaire des révolutionnaires, de Lonaparte, des conférenciers de la Haye aboutit à d'épouvantables carnages.

Toutes les forces de la nation concourent en un.

BOSSUET, Polit., I, II, V.

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