Libre Parole du 2 décembre
il y a seulement le procès de TArmée, et de cette organisation militaire nommée curieusement par M. Anatole France, dans une entrevue, avec M. Léon Parsons, rédacteur de r Aurore, « une survivance du passé ».
Tout dépend aujourd'hui de savoir si nous devons posséder une organisation militaire.
On ne nous dit pas encore que la Patrie est inu-
tilc et fâcheuse pour le libre développement de Tindividu. On pose : 1° que l'Armée, telle qu'elle est présentement, se trouve mal constituée pour la défense de la patrie, et, 2'^ron fait entendre que là patrie se passerait fort bien de toute armée ou du moins qu'on exagère infiniment l'utilité du corps militaire.
Sur le premier point, nous n'avons rien à dire. Deux notes suffiront.
Dune part les défauts, quels qu'ils soient, de l'Armée, découlent de la nature de ce régime politique. Je ne dis pas seulement le régime républicain. Je dis le régime démocratique parlementaire ou plébiscitaire impérial ou républicain. Ce régime eut sa part de responsabilité (comme aussi bien le régime parlementaire) dans les désastres de la guerre de 1870. Ainsi en a jugé Renan, peu de temps après la défaite. « La démocratie est le plus fort dissolvant « de l'organisation militaire. L'organisation milite taire est fondée sur la discipline; la démocratie « est le contraire de la discipline. »
Il y a cent ans que nous vivons ou plutôt que nous mourons de démocratie :
. Economiquement, physiologiquement, tous les pays où se sont maintenus avec énergie ces « survivances du passé », la tradition, l'autorité, la subordination des foules à des chefs naturels, ces pays-là fabriquent plus de produits que nous, les vendent mieux que nous, font même plus d'enfants que nous. Yojez la Prusse monarchique et féodale, l'Angleterre aristocratique et communautaire.
Voici une espèce de remarque historique, qu'il ne tiendrait qu'à mon lecteur de nommer une loi : toutes choses étant égales d'ailleurs (ce qui exclut l'Amérique du champ de l'observation, ce qui réserve aussi les éventualités propres au génie de la France), les institutions démocratiques engendrent des peuples de fonctionnaires dénués d'esprit politique; les institutions individualistes affaiblissent ou détruisent l'individu. On obtient des individus puissants, lorsque les pouvoirs de la race, de la famille, des autorites locales sont constituées fortement, lorsque les médiocres et les mauvais s'éliminent sans trop de peine et que leur accumulation ne détermine point des encombrements dangereux. Pour former un esprit public, il faut des traditions et une hiérarchie sérieuse des diverses classes de la nation. Tout cela nous manquant, le Clergé tournant à l'état de fonctionnaire^ et l'Université, puissante sans doute, mais devenue le séminaire de l'anarchie, les cadres de l'armée restent encore ce que la France possède de plus solide. Il ne faudrait pas la fausser; il ne faudrait pas l'affaiblir....
Telle est notre première note. Voici la seconde : Les défauts manifestes de l'Armée contemporaine, brigue, compétition, incohérence, ne devraient point être discutés en 'eux-mêmes, car ils sont