Elle venait d'être achevée en janvier
Parmi les quelques républicains qui commencent à douter de leur régime (et ils viendront à nous, car le doute mène infailliblement à la négation), il en est qui disent :
— Votre moncuchie aurait du bon, mais du seul fait que 1I0US sommes en l'épublique, nous sommes assurés de la j^aix. La ro[iaulé, cest un temps de guerre, d'ailleurs votre enquête )t'cn parte pas et' pour cause....
Malgré tous mes bons arguments, il n'y a pas moyen de les convertir. En fin de compte, j'ai résolu de m'adresser à vous, monsieur, espérant que vous ne me refuseriez pas (puisque c'est pour le Roi et que vous auriez plus d'autorité auprès de nos républicains qui vous reconnaissent pour un homme compétent) de vouloir bien me répondre et réfuter celte objection, s'il est vrai que ce soit une objection :
Du seul fait que nous sommes en République, nous sotnmes en paix. La Monarchie amène toujours la guerre.
On me pardonnera d'avoir reproduit cette lettre, dont les termes sont trop flatteurs.
Un vieillard, qui mourut vers 1890, me disait qu'avant l'époque romantique, le plaisir favori des jeunes hommes de son âge était d'aller s'asseoir en troupe dans la prairie pour débattre de la supériorité de Rousseau sur Voltaire ou de Voltaire sur Rousseau. Puissent les avantages comparés de la Monarchie et de la République devenir ainsi un sujet de discussion dans notre jeunesse! Rien n'est plus rassurant que les témoignages divers de cet état d'esprit examinateur et critique à l'égard des principes de la Constitution. Puisque la République et la démocratie sont issues du libre examen, il est bien facile de prévoir qu'elles en mourront.
Mon correspondant a la partie belle. Il peut battre ses adversaires sur les deux termes de leur objection.
1" S'il est certain que nous sommes en République, il ne l'est pas que nous soyons assurés de la
paix. Nous ne sommes assurés que d'une chose, du vif désir que les républicains nourrissent d'avoir cette paix à tout prix. Selon l'observation qui a été faite par M. Anatole France, ils craignent également la défaite et la victoire ^ Battus, ils seraient emportés. Mais la victoire apporterait le triomphe du général victorieux.
La paix républicaine est précaire. EUe ne dépend pas de nos gouvernants, qui, par définition, doivent la vouloir, mais de l'Étranger. Elle ne durera qu'autant qu'il plaira à nos rivaux de la prolonger. Le peuple sent déjà qu'une armée ennemie aurait des chances d'entrer chez nous comme un pic dans un las de sable, et c'est Tune des causes de la juste, utile et salutaire panique désignée quelquefois sous le nom de nationalisme.
Voilà pour la République et voilà pour la paix dont elle nous assure.
2" Passons à la Monarchie.
Où diable les amis républicains de mon correspondant royaliste ont-ils pris cette rêverie (on dirait à r Action française : cette nuée) que la Monarchie soit la guerre? Il y a un régime qui entraîne nécessairement la guerre sous sa double forme, intérieure et étrangère, c'est l'Empire. Il est aisé de voir pourquoi. L'Empire, d'origine plébiscitaire et démocratique, tirant son principe et sa force unique de la popularité grossière et bruyante, se trouve d'une