‹ Quand les grenouilles auront des queuesChapitre 7 sur 22 · TRISTE NOUVELLE · texte numérisé non relu

TRISTE NOUVELLE

A quelques mois de là cette triste nouvelle de la mort de Roger parvint jusqu'ici. Pendant quelques jours on réussit à la cacher à sa bonne mère, mais elle en surprit bientôt le secret dans les yeux de son fils Charles.

Vainement, celui-ci s'efforça d'atténuer le coup terrible. . . la pauvre mère tomba comme foudroyée en s'écriant.

" Roger est mort, je meurs moi aussi."

Ce furent ses dernières paroles.

On sait que Charles Daoust (1) a été un avocat distingué du barreau de Montréal, qu'il a été un orateur politique richeirfent doué, un écrivain éminent, mais ce que l'on sait moins c'est qu'il était l'un de nos meilleurs poètes.

Il avait publié, en 1845, une pièce de poésie que le " Répertoire National " a recueillie, et dans laquelle on lit l'extrait suivant:

(1) Charles Daoust avait pris la direction' du Pays, en 1852. Il représenta le comté de Beauharnois de 1854 à 1858, alors qu'il se : étira complètement de la politique. — iVofe édit.

Naître, vivre, mourir sans élever les yeux Plus haut que le sillon du champ de ses aïeux. Se mouvoir ignoré dans un coin de Vespace Où la plus longue vie est un songe qui passe: Telle est pour la plupart des malheureux mortels La destinée écrite aux décrets éternels.

Né sous le ciel d'azur de la N ouvelle-France, Des songes de bonheur ont bercé mon enfance: Un immense désir vainement comprimé.

Chaque jour s'agrandit dans mon coeur enflammé Comme le flot captif qui bouillonne terrible, Si Von met un obstacle à sa marche paisible!

Touchantes pensées, saturées d'une trop véritable amertume, nobles aspirations trop cruellement comprimées, généreuse ambition jaillissant des sources vives du talent, qu'il vous eût gaîment sacrifiées, le jour qu'il reçut dans ses bras sa mère inanimée, à l'existence calme quoiqu'ignorée du laboureur; qu'il eût enfoui ses rêves avec bonheur dans le sillon de la terre paternelle, pour pouvoir encore avec son frère partager l'amour inépuisable de la meilleure des mères.

Cette double mort devait répandre une ombre sur le reste de sa vie. Il n'a jamais été dans ses plus vigoureux essors tout ce qu'il aurait pu être.

Au revers de ses actions on peut retrouver toujours la triste image de ce frère et de cette mère si soudainement enlevés à son affection.

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