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Je n'oublierai jamais qu'assistant à une résection de la tête du fémur, quelques jeunes gens, éblouis par la rapidité et le talent avec lequel il avait pratiqué cette opération si difficile, se permirent d'applaudir : indigné, il se retourna vers eux, et, dans quelques mots pleins de noblesse, les rappela aux sentiments des convenances.
On s'est demandé bien des fois comment, au milieu de nombreuses occupations et des devoirs imposés par les hôpitaux, l'enseignement, les Académies, quelques médecins ont fait pour écrire ?
Les uns ont doublé leur temps en l'employant avec ordre et méthode ; les autres, doués d'une organisation privilégiée, ont su concilier tous leurs devoirs, faire marcher de front les travaux de tout genre, sans pour cela se refuser aux exigences de la société; il leur a suffi de vouloir. M. Roux était de ces derniers : homme du monde dans toute l'étendue de l'expression il ne sacrifiait pourtant jamais rien à ses plaisirs, et le nombre immense de notes , d'observations et même de mémoires trouvés dans ses papiers, atteste le soin constant qu'il avait de ne point laisser passer un jour, eût-il été en partie consacré à ses amis , sans consigner par écrit les faits les plus importants de son immense pratique.
Aimant les arts et les lettres tout autant que la chirurgie, il en causait volontiers. Grâce à son excellente mémoire, il pouvait facilement citer un bon nombre de passages de nos classiques les plus célèbres, et c'était pour lui un vrai plaisir de voir ces goûts se développer parmi les jeunes étudiants.
Convaincu avec raison que l'étude sérieuse des langues an
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ciennes est indispensable au médecin, il déplora amèrement la mesure qui devait plus tard favoriser, chez les étudiants en médecine, l'abandon xle la langue latine.
On devrait naturellement croire, après ce que je xiens de dire de son goût pour la littérature, que sa parole était nette, simple, ne laissant rien à désirer. Eh bien, non ; loin de là : dans la conversation habituelle et dans les leçons, M. Roux prodiguait les épithètes, accumulait les répétitions, et cette manière de rendre sa pensée donnait à son tour de phrase un cachet bizarre. Aussi c'est plutôt dans ses écrits qu'il faut juger l'homme qui savait si bien faire l'apologie des lettres.
€hargé plusieurs fois de rendre un dernier hommage à la mémoire de quelques-uns de ses collègues, il le ht toujours avec une grande noblesse de style et de sentiments.
A deux reprises, désigné pour faire le discours de rentrée à l'Ecole de médecine, il s'en acquitta avec le plus grand succès. Personne devons n'a oublié la profonde impression que fit son éloge de Boyer et de Bichat, et comment s'inspirant en quelque sorte de toutes les difficultés d'un semblable parallèle, il sut pendant deux heures captiver l'attention d'un auditoire immense.
Mais si M. Roux puisait dans sa volonté assez de force pour travailler, il avait aussi un autre secret : il savait se reposer.
Ce qui avait été d'abord une nécessité pour rétablir sa santé, devint, par la suite, une distraction salutaire et pour ainsi dire une habitude. Tous les ans, aussitôt que les vacances de l'École amenaient la clôture des cours, il partait pour quelque excursion, visitant tantôt notre beau pays de France, tantôt
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l'Italie, l'AngleteiTe, l' Allemagne; rAUemagiie qui avait tant d'attraits pour lui.
Partout son premier soin était de visiter les hôpitaux, de revoir d'anciens amis ou de nouer de nouvelles relations : il menait ainsi la véritable existence du savant. Puis quand l'heure de la rentrée était sonnée, il venait, frais et dispos, reprendre ses chères occupations, son service d'hôpital, qui était sa vie, et retrouver cette jeunesse studieuse dont il aimait à encourager les premiers essais.
Ce fut ce sentiment qui l'entraînait vers tout ce qui était jeune et passionné pour le travail, qui le porta vers la Société de chirurgie; après la mort de son ancien collègue Marjolin, de celui qui avait le premier applaudi à la fondation de cette société , il prit sa place, et bientôt, par son ascendant moral et sa collaboration active, il devint à son tour l'un de nos plus fermes soutiens.
Rappelez- vous avec quel empressement, chaque mercredi, il se rendait à nos séances, avec quel bonheur il se retrouvait au milieu de ses anciens élèves, de ses collègues de la Faculté, de l'Académie, de l'Institut. Lui qui était si heureux des succès de la Société, que ne lui a-t-il été donné de saluer avec nous le nouveau triomphe de notre excellent collègue et maître, M. Cloquet ; comme il eût été joyeux de cette nomination !
D'un naturel doux, aimant, M. Roux était rempU d'affection pour tous les siens ; aussi son cœur fut-il profondément éprouvé par la longue et cruelle maladie de sa femme, et par la mort de madame Danyau, sa fille chérie. Ce furent les deux