XXXIV VIE ET TRAVAUX
et être témoin de -sa merveilleuse dextérité; aussi étaient-ils assidus à l'Hôtel- Dieu. D'ailleurs son aménité était connue, et tout visiteur était certain d'avance d'être parfaitement accueilli.
Sauf les cas d'urgence, les opérations se faisaient le mardi et le samedi, et jamais il ne commençait sans passer lui-même en revue tout son appareil, afin d'être certain que rien ne manquât.
Plein d'adresse et de sani^-froid, excellent anatomiste, ce n'était pas seulement dans les opérations réglées qu'il brillait, c'était surtout dans l'extirpation de ces tumeurs profondes si difficiles à isoler des vaisseaux et des nerfs. Une fois le bistouri à la main, cet homme, si vif, si enclin à donner un libre essor à sa parole, gardait le plus profond silence; c'était le contraire de Dupuytren, qui, tout en opérant, décrivait le procédé.
D'un calme imperturbable dans les moments les plus critiques, jamais il ne se laissa dominer par les difficultés ou les accidents imprévus. Une fois, dans une trachéotomie, le sang ayant pénétré dans les bronches, le malade allait succomber, lorsque, surmontant une répugnance bien naturelle, M. Roux appliqua ses lèvres sur la plaie béante , aspira avec force le liquide qui empêchait la respiration, et par sa présence d'esprit sauva ainsi les jours de l'opéré.
Cette habileté, cette adresse, qui lui étaient si naturelles, et dont il devait être justement fier, ne lui inspirèrent pourtant jamais, devant le malade, de ces mouvements d'amour-propre auxquels auraient pu le porter les adulations du public. Loin de là, considérant l'amphithéâtre comme un lieu de douleur, il voulait que chacun s'y tînt avec respect.