LETTRE PREMIÈRE
CONSIDÉRATIO^rS GÉNÉRALES SLR LES MALADIES DES VAISSEAUX SANGUINS.
Je me propose , mon cher Chélius , de faire passer sous vos yeux les résultats de mon expérience personnelle sur les maladies chirurgicales du système artériel. Il n'est peut-être pas de sujet plus beau , plus, vaste , plus important que celui-là. Mais que de difticultés ne présente-t-il pas! que de travaux n'a-t-il pas déjà suscités ! et qu'il est périlleux d'établir un jugement sur tant de questions qui s'y rattachent , et sur tant de méthodes thérapeutiques ingénieuses et séduisantes qui ont vu le jour depuis le commencement de ce siècle !
Parmi les sujets si nombreux et si variés que la chirurgie embrasse dans son domaine, il en est peu sur lesquels j'aie recueilli un aussi grand nombre de faits II. 1
intéressants ; et quand on connaîtra l'ensemble de ces faits, peut-être sera-t-on disposé à penser que j'aurais été blâmable de ne pas les mettre en œuvre. Je devais le faire plutôt; j'en ai été empêché par les mêmes circonstances qui ont apporté du retard dans d'autres revues ou d'autres résumes de ma pratique chirurgicale. Il y aura quelque avantage , je crois , au moins sous un certain point de vue, à suivre en partie dans l'exposition de ces faits l'ordre de leur succession ; au moins aurai-je à mettre en lumière les relations qu'ils peuvent avoir avec les progrès qui les ont précédés, avec ceux qui les ont suivis.
En prenant la science et l'art au point où ils sont parvenus au moment présent, beaucoup des faits que je vous adresse, et aussi les considérations qui les accompagnent , ont perdu quelque peu de leur valeur , de leur importance, ou au moins de leur intérêt d'actualité. Pour les bien apprécier, il faudra pour ceux d'entre eux surtout qui remontent à une époque un peu éloignée , se rappeler l'état de l'art au moment qu'ils se sont offerts à mon observation. J'aurais de la peine à en déduire des vues, des préceptes, qui n'aient pas cours déjà dans la pratique, à les faire servir de fondement à des données thérapeutiques qui ne soient pas dans la pensée de presque tous les chirurgiens de nos jours. Mais peut-être les consultera-t-on , sinon avec beaucoup de fruit, du moins avec quelque intérêt , et je me plais à croire qu'on les considérera comme des matériaux utiles, tant pour une histoire générale ou complète des maladies auxquelles ils se rapportent, que pour une étude rétrospective de la chirurgie aux temps qui les a vus se produire.
LETTRE î. CONSIDERATIONS GÉNÉRALES. â
Commençons ensemble par quelques considérations préliminaires ; ensuite je ferai la division générale du sujet.
Et d'abord je dois rappeler que les maladies du système \ asculaire sanguin forment deux grandes familles : elles appartiennent aux artères ou aux veines , soit qu'elles présentent dans les deux ordres de vaisseaux à peu près le même caractère , comme cela a lieu pour les plaies , soit qu'elles aient un caractère plus ou moins spécial dans chacune des deux grandes divisions du système vasculaire, comme sont les anévrysmes pour les artères, et les varices pour les veines. Toutefois, quelques-unes sont mixtes, pour ainsi dire ; il n'est pas impossible , en effet , qu'une artère et une veine, des artères et des veines, soient comprises dans une même affection , qu'elles concourent ensemble à la produire : on le voit dans l'anévrysme artérioso-veineux qui présente l'ampliation considérable d'une veine , en conséquence de l'introduction d'une certaine quantité de sang artériel par une ouverture accidentelle de communication d'une artère avec cette veine. Dans un bon nombre de tumeurs fongueuses sanguines du genre de celles qu'on nomme assez improprement érectiles , n'y a-t-il pas angiectasie à la fois des artères et des veines?
Mais il est remarquable que dans ces maladies complexes du système vasculaire, l'élément veineux est primé par l'élément artériel ; celui-ci domine l'autre , le régit en quelque sorte; il a la plus grande part dans l'affection : de là vient que dans ces maladies, lorsqu'il y a possibilité d'en entreprendre la guérison , les moyens thérapeutiques sont principalement dirigés contre l'état patho-
Il MALADIES DES ARTÈRES.
logique des artères. S'il y a quelque opération à tenter , c'est sur les artères principalement ou même exclusivement que cette opération est pratiquée.
Considérées par rapport à la partie qu'elles occupent , soit dans les veines , soit surtout dans les artères , les lésions organiques ou spontanées de ces deux ordres de vaisseaux forment deux groupes très distincts : les unes ' ont leur siège aux confins ou dans les dernières divisions de ces vaisseaux , en s'étendant toutefois aux branches qui se rapprochent le plus du système capillaire; c'est même par le système capillaire qu'elles commencent : dès lors , à mesure qu'elles font des progrès, à mesure que leur évolution s'effectue, elles envahissent nécessairement une partie plus ou moins étendue de l'arbre vasculaire , ou du moins un nombre plus ou moins considérable de ses divisions. D'autres , au contraire , affectent en particulier un tronc vasculaire seulement , ou même une portion très limitée de ce vaisseau principal, sans tendance aucune à se propager au delà, tout en faisant les progrès que leur nature comporte. C'est ce qui a lieu dans l'anévrysme proprement dit, et si plusieurs anévrysmes se forment simultanément, ou successivement dans diverses parties du corps , pour constituer ce qu'on a désigné autrefois sous le nom de diathèse anévrysmatique , il y a alors concours ou coïncidence d'affections identiques, mais indépendantes les unes des autres, et développées seulement sous l'influence d'une disposition générale.
Indépendamment du siège , un trait remarquable distingue les unes des autres ces grandes divisions des maladies du svstème vasculaire. Dans celles qui commencent