LETTRE I. CONSIDERATIONS GENERALES
par les vaisseaux capillaires , il y a seulement ampliation de ces vaisseaux; après quoi d'autres branches plus considérables sont envahies successivement : c'est Fangiectasie pure et simple, qu'aucune autre lésion n'a précédée \ les choses sont telles, du moins, dans la très grande majorité des cas. Il en est autrement dans les maladies des gros troncs vasculaires, et dans l'anévrysme particulièrement. Si ce n'est pas dans tous les cas , le plus souvent au moins la maladie débute par une lésion physique ou organique des parois du vaisseau , lésion presque toujours limitée , circonscrite ; c'est tantôt un éraillement des tuniques de l'artère , tantôt une véritable ulcération , ou bien une dégénération stéatomateuse , tuberculeuse, athéromateuse ou autre , ou bien une denii-ossification de ces tuniques , qui en diminue la résistance et les rend susceptibles de céder sous l'effort latéral du sang , et d'éprouver une rupture partielle, d'où suit la dilatation du vaisseau. Cette dilatation du vaisseau, qui, dans les artères, constitue l'anévrysme, n'est donc pas toujours primitive ; très fréquemment, si ce n'est pas le plus fréquemment, elle est précédée d'un certain désordre physique ou d'une dégénération organique sans lesquels elle ne se serait peut-être pas développée, et qui en ont été comme le premier degré. N'a-t-on pas dit même , d'aucuns n'ont-ils pas prétendu qu'il n'y avait pas d'anévrysme sans cette lésion préexistante des parois du vaisseau ? et n'a-t-on pas voulu considérer à part , et comme un état qui n'appartiendrait plus aux anévrysmes , Tampliation , la dilatation même limitée et circonscrite d'une artère , quand toutes les tuniques ou membranes du vaisseau y participent en conservant d'ail-
leurs leur intégrité? C'était l'opinion de Scarpa. Je dirai plus tard en quoi et comment, à cet égard , les vues de ce célèbre chirurgien sont exagérées; je montrerai qu'il les a émises moins comme une déduction de faits rigoureusement observés, que comme un moyen de faire prévaloir la méthode de Hunter sur la méthode ancienne dans l'opération de l'anévrysme par la ligature. N'est-il pas allé jusqu'à dénaturer quelques-uns des cas, recueillis par d'autres observateurs , qui pouvaient contredire sa manière devoir, jusqu'à contester aussi la fréquence des succès obtenus par tant de chirurgiens dans l'opération de l'anévrysme par l'ouverture du sac ?
Ne fût-elle pas aussi absolue, aussi générale, aussi constante que je l'ai donné à penser, cette différence, sous le rapport de leur origine, entre les anévrysmes proprement dits et les dilatations du système capillaire, n'en est pas moins réelle, au moins dans un très grand nombre de cas. Très certainement dans l'anévrysme l'angiectasie est précédée d'une lésion physique ou organique bien plus souvent que cela n'a Heu dans les tumeurs fongueuses sanguines , et Ton peut dire que c'est à une telle lésion qu'il doit son développement, bien plutôt qu'à une simple débilité, à une simple faiblesse organique des parois du vaisseau qui en est le siège.
Dans d'autres temps on a pu croire que les maladies de l'appareil vasculaire étaient particulières aux vaisseaux isolés dans les interstices des organes, ou bien encore à ceux qui entrent comme éléments dans la contexture des parties molles. Il en est autrement de nos jours : c'est une chose bien reconnue maintenant, que la dureté du tissu