LETTRE M. AVERTISSEMENT DE LA COMMISSION
qui précédèrent sa mort, il eut l'occasion de parler de ses opérations d'anévrysmes, soit à l'Académie de médecine, soit à la Société de chirurgie, et, prenant sans doute un relevé pour un autre, il fixa à 33 le nombre des anévrysmes spontanés qu'il avait traités par l'opération. Le chiffre de 33 se retrouve encore dans le relevé qui sert de base à cette sixième lettre. Or, lorsque nous avons voulu dresser ie tableau des observations, nous avons trouvé que ce chiffre était fort inexact , et que M. Roux n'avait opéré que 23 anévrysmes spontanés. (Voyez le tableau placé à la fin du volume. — Les seuls cas d'anévrysmes spontanés opérés par Roux, ou en sa présence par Royer, sont les suivants : n°' 1, 3, 11, 12, 13, U, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 2/t, 2ô, 26, 27, 28, 29, 30, 31.)
Cette erreur, comme on le verra tout à l'heure, en a produit plusieurs autres* et a conduit M. Roux à des conclusions qui ne s'accordent pas avec sa rigoureuse appréciation des fails; nous croyons utile de la rectifier, comme M. Roux l'aurait fait luimême s'il eût vécu assez longtemps pour mettre la dernière main k son livre et pour dresser le tableau définitif de ses opérations.
Ce n'est pas sans hésitation que nous nous sommes décidés à émettre une assertion aussi grave; mais l'intérêt de la science doit passer avant toute autre considération.
Comment expliquer cette différence entre les chiffres donnés par M. Roux et ceux que nous avons obtenus nous-mêmes en dépouillant son manuscrit et ses observations? Mettre en doute la bonne foi d'un homme dont le nom est synonyme d'iionneur et de probité, c'est une idée qui ne peut venir, qui ne pourra jamais venir à personne. Nous nous sommes donc demandé si M. Roux n'aurait pas fait figurer dans son relevé quelques opérations qui n'ont pas trouvé place dans sa rédaction principale; mais nous n'avons pas tardé à reconnaître que cette supposition était tout à fait inadmissible.
M. Roux s'exprime ainsi dans le dernier alinéa de sa cinquième lettre : « Je termine ici le dénombrement et la descrip-
w tion plus ou moins détaillée de tous les cas d'anévrysmes » spontanés qui ont passé sous mes yeux, cas auxquels se rap- » portent autant d'opérations dont j'ai eu à suivre les effets, et » à constater les résultats.. . » Cette déclaration est catégorique. M. Roux n'a entrepris le résumé qui fait l'objet de la sixième lettre qu'après avoir exposé dans les lettres précédentes l'histoire de tous les malades qu'il a observés.
On pourrait cependant se demander encore si M. Roux n'avait pas l'intention d'ajouter, au moment de l'impression, un certain nombre d'observations qui n'étaient pas encore rédigées. Nous nous sommes fait cette objection, et, pour y répondre, nous avons entrepris un travail considérable qui n'a pas duré moins de six mois, et qui a nécessairement retardé d'autant la publication de ce volume. Nous avons dépouillé, sans exception, avec le soin le plus scrupuleux, toutes les notes, toutes les observations, tous les cahiers, tous les registres de M. Roux. La famille du défunt s'est empressée de mettre à notre disposition ces matériaux immenses. Nous y avons retrouvé successivement toutes les opérations d'anévrysmes qui figurent dans les cinq premières lettres, pas une seule de plus, pas une seule de moins. Or, il n'y a peut-être aucun chirurgien qui ait pris note plus exactement de tous les faits de sa pratique. Chaque matin, au lit des malades, M. Roux, dictait ou écrivait de sa propre main l'histoire abrégée de tous les malades entrants, sur des registres qui ont tous été conservés, et dont le plus ancien remonte à 1811. En outre, plusieurs élèves étaient chargés de dresser des tableaux complets de tous les faits du service sur de grands registres reliés, dont aucun n'a été égaré. Il n'est pas une brûlure, pas une contusion, pas une plaie, qui n'ait trouvé place dans ces vastes tableaux, et il est absolument certain que tous les faits d'anévrysmes ont dû y être consignés.
Pour plus de certitude, nous avons entrepris le dépouillement des registres officiels de l'Hôtel-Dieu et de la Charité, pendant les quarante années où M. Roux a été chargé du service chirurgical de ces deux hôpitaux. Nous avons trouvé sur