‹ Quarante années de pratique chirurgicaleChapitre 54 sur 74 · II · texte numérisé non relu

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226 Maladies des artères.

cipale? Ici même, et à raison du earaetère de la plaie ou plutôt de la nature des parties sur lesquelles le chirurgien a agi, il y a une disposition spéciale à des inilanmiations d'un certain genre, comme à une artérite très étendue, à ui>e plilébite, à une inflammation phlegmoneuse profonde. Si quelque chose même peut étonner, c'est que des phlébites graves ne soient pas plus fréquentes, puisqu'il faut, pour lier les artères aussi immédiatement que possible, en séparer les veines qui les accompagnent, tourmenter, fatiguer ces veines, si même elles ne sont pas, comme cela arrive quelquefois, embrassées dans les ligatures après avoir été ou non transpercées. J'ai perdu trois malades de l'une ou de l'autre de ces diverses manières, je veux dire à la suite de l'une ou de l'autre de ces i2omplications : il s'agit toujours, ou plutôt il ne s'agit encore que des sujets opérés pour des anévrysmes spontanés (n°' 25, 27 et 29). 3° Enfin un dernier événement fâcheux peut venir comphquer, et compliquer d'une manière grave, l'opération d'anévrysme la plus heureusement exécutée, c'est l'hémorrhagie consécutive, et cet accident peut se manifester à plusieurs reprises. Il était plus fréquent auh^efois, après l'opération faite par l'ouverture du kyste anévrysmal, qu'il ne l'est depuis l'adoption de la méthode de Hunter. C'était le résultat du caractère propre de cette méthode ancienne. Et cela devait être surtout avant les perfectionnements que les derniers partisans de la méthode ancienne, Boyer surtout, avaient apportés dans la manière de l'exécuter. Cependant vous avez vu que je l'ai pratiquée deux fois avec succès, et sans manifestation de la plus légère hémorrhagie ; et même une troisième fois avec le même résultat

LETTRE VI. CO>CLISIO>S SIK LES A^ÉYRYSMES. 227

favorable sous ce rapport, non plus pour un anévrysme spontané, mais dans un cas cranévry^me faux consécutif au pli du bras, que J'ai déjà rapporté, et sur lequel j'aurai l'occasion de revenir dans une autre lettre.

De toutes rnes opérations par la méthode de Hunter pour des anévrysmes spontanés, quatre seulement ont eu leurs suites compliquées d'hémorrhagies. Dans l'un des cas, l'accident, survenu le quinzième jour, a été soudainement mortel (jf 24). Une autre fois, chose inouïe peutêtre, il ne s'est manifesté qu'au cinquantième jour ; mais pour avoir été tardif dans son apparition, il n'en a pas moins entraîné la mort du malade (n° oO). Même issue funeste dans un troisième cas (n° 26). Dans le quatrième, au contraire, j'ai été assez heureux pour sauver définitivement les jours du sujet, bien que riiémorrhagie se fût manifestée dans des circonstances fort désavantageuses ; elle avait eu lieu tout à fait à l'improviste le trentedeuxième jour après l'opération, et lorsque les ligatures étaient tombées depuis dix ou douze jours (n° 11). Chez deux des quatre malades, comme on voit, il s'était écoulé assez de temps depuis l'époque où Fopération avait été pratiquée, et même depuis la chute des ligatures, pour qu'on pût croire que l'artère était devenue tout à fait imperméable au sang. Le mécanisme de l'hémorrhagie, si je puis m'exprimer ainsi, a dû être dans ces deux cas, comme dans quelques autres du même genre qui ont été observés, unpeu différent de ce qu'il est quand l'accident a lieu beaucoup plus tôt, c'est-à-dire quelque temps avant ou peu de temps après la séparation des ligatures. Un enseignement découle de ces faits : c'est qu'après toute

2*28 Maladies des artères.

ligature d'une artère un peu considérable, on peut craindre les hémorrhagies consécutives (ant que la plaie extérieure n'est pas enfièrenient consolidée; jusque-là, par conséquent, les malades doivent être soumis à une grande surveillance , et s'observer beaucoup eux-mêmes pour ne commettre aucune imprudence.

Trois fois donc des hémorrnagies suivies de la mort, tandis que dans un quatrième cas, les secours de la cbirurgie ont triomphé de l'accident; — trois fois, et trois fois seulement, un spbacèle du membre, qui a fait également périr les sujels , malgré l'amputation faite bien audessus des limites de la gangrène, et à laquelle j'ai cru devoir recourir pour deux des trois seulement; — enfin, chez trois malades, des accidents autres que la gangrène du membre, et les hémorrhagies consécutives, avec ou sans caractère bien déterminé, mais dont Fissue a été pareillement funeste ; — tels sont les revers dont j'aie été témoin, peut-être devrais-je dire les seuls revers, les seuls malheurs que j'aie eu à déplorer après les opérations pour Tanévrysme poplité dont j'ai rendu compte; car vingtquatre succès sur trente-trois faits de ce genre, neuf événements malheureux à côté de vingt-quatre cas d'une complète réussite, c'est peut-être le résultat le moins défa° vorable auquel on puisse s'attendre dans des actes chirurgicaux du genre de ceux dont il s'agit, après des opérahons aussi sérieuses, aussi graves que l'est celle par laquelle on entreprend la guérison de ranévi7sme spontané. Pour ce qui regarde en particulier Tanévrysme poplité, sur vingt-six cas où la ligature a été pratiquée suivant la méthode de Hunter, il n'y a pas eu moins de dix-huit guéri-

LETTRE VI. 00?îCLUSiONS SUa LES A>'ÉVU\SMES. l229

sons, résultat bi^n encourageant, et que je ne puis me dispenser d'attribuer, en partie au moins, au procédé de Scarpa, que j'ai constamment suivi et que je considère comme préférable à tous les autres (1). Je voudrais être plus positif à cet égard, mais je ne connais pas dans la science de relevés, de comptes rendus du genre de celui que j'ai présenté et auxquels je puisse le comparer. îl y en a pour les cas les plus rares et les moins nombreux de ligatures d'artères faites sur les artères les plus grosses qu'on puisse atteindre, les plus rapprochées des organes centraux de la circulation, la carotide primitive, la sousclavière , le tronc brachio-céphalique , les iliaques, etc. Encore beaucoup de faits sans doute n'ont point été recueillis ou n'ont point été publiés; ils sont comme non avenus, et changeraient peut-être les résultats, qui d'ailleurs, comme tant d'autres choses soumises à des calculs statistiques, doivent ou peuvent varier chaque jour, ou être modifiés par chaque fait nouveau. Mais pour les cas les plus ordinaires d'anévrvsmes, pour les hgatures d'artères que l'on pratique le plus ordinairement, de tels relevés sont encore à faire : on a négligé d'en doter la science. Je fais le vœu que l'exemple que je donne soit suivi par d'autres chirurgiens, alors même que leur pratique n'aurait pas été des plus fécondes, alors même qu'ils n'auraient pas été placés dans des circonstances aussi favorables que celles où je me suis trouvé au point de vue de la science.

(1) Nous engageons de nouveau le lecteur à rectifier ces chiffres, en prenant connaissance de raveriisseraentque nous avons placé en tête de cette sixième lettre. {Xote de la Commission.)

230 MALADIES DKS AUTÈRES.

C'est surtout relativement aux hémorrhagies consécutives que de telles communicalioDS auraient un grand intérêt. En effet, de tous les accidents possibles après la ligature d'une artère considérable, c'est celui-là qui doit le plus fixer Faltenfion du chirurgien, c'est celui qui doit le plus exciter sa sollicitude, mettre enjeu sa prévoyance, parce que la chirurgie n'est pas entièrement désarmée et sans ressources contre cet accident, parce qu'il se peut que, contrairement aux autres , il dépende en partie de ta manière dont l'opération a été pratiquée; parce que, s'il en est ainsi, enfin, il y a à se demander par quel procédé, entre tous ceux qui sont à la disposition de l'art, on peut le plus espérer d'éloigner le danger.

Je pourrais dès à présent agiter cette grave et importante question, et, comme vous le présumez bien, je laisserais entrevoir une prévention très grande pour le procédé auquel j'ai eu constamment recours; mais cette prévention ne repose pas seulement sur les faits qui précèdent. D'autres faits de plus d'un genre doivent me servir à l'expliquer et à m'en justifier. Je veux donc ne présenter les remarques qu'un tel sujet comporte, qu'après avoir passé en revue l'ensemble des opérations que j'ai eu à faire sur les grosses artères pour y intercepter le passage du sang. Quelques-unes aussi ont été suivies d'hémorrhagie, ou n'ont pas été heureuses de quelque autre manière.

En effet, ce n 'est pas seulement pour Fanévrysme spontané que nous lions une artère plus ou moins considérable, sur un point quelconque de son parcours ; ce n'est pas non plus alors seulement qu'on peut avoir à observer

LETTRE M. CONCLUSIONS SUR LES ANÉYRVSMES. ""l?)!

des événeiiienfs fâcheux dont il soit bon de recherclier les causes, et qu'il faille rapprocher comparadvement des résultats heureux, il peut s'en présenter dans toutes les autres circonstances où la chirurgie est obligée de provoquer l'interruption définitive du cours du sang dans une artère principale ; ces cas sont l'anévrysme faux consécutif, qui a tant de rapports avec l'anévrysme spontané, et qui n'en diffère essentiellement que relativement à son origine-, l'anévrysme artérioso-veineux, que l'on pourrait dire n'être qu'une forme particulière ou une manière d'être de l'anévrysme faux consécutif en considérant la circonstance qui le fait naître, et avec lequel, d'ailleurs, ce dernier coïncide quelquefois : certaines tumeurs fongueuses sanguines des parties molles, quand elles sont essentiellement artérielles ou anévrysmatiques ; d'autres tumeurs du même genre, mais affectant la substance même des os, et qu'on peut dire être une sorte d'anévrysme de ces derniers ; enfin l'anévrysme faux primitif, qui comprend lui-même bien des variétés, ou présente bien des manières d'être assez différentes les unes des autres; car sous cette dénomination, un peu surannée peut-être, mais que l'usage consacre encore, il faut réunir, surtout au point de vue qui nous occupe maintenant, toute plaie d'une artère cachée au milieu de nos tissus, actuellement accompagnée d'hémorrhagie , ou toute hémorrhagie provenant d'une lésion artérielle, que cette hémorrhagie soit instantanée, immédiate ou primitive, comme on dit , ou bien médiate , consécutive ou secondaire. Mais que dis-je? il n'y a pas jusqu'à des hémorrhagies provenant d'une ou de plusieurs artères coupées traiis-

2o2 MALADIES DES AUTÈHES.

versnlement et béaiiles à la siiriace d'uiie grande plaie, qui ne puissent nécessiter comme ressource extrême la ligature du tronc artériel d'où ces vaisseaux émanent, faite au-dessus du tronc artériel et à une distance plus ou moins grande de la plaie que le sang inonde. Cela peut avoir lieu particulièrement après l'amputation d'un membre; et, par des raisons que j'indiquerai bientôt, une telle occurrence devait se présenter plus fréquemment autrefois qu'elle ne se présente maintenant. Quoi qu'il en soit, j'ai eu à faire six fois la ligature de l'artère crurale au lieu qu'on peut appeler le lieu d'élection, après des amputations de jambe ou de cuisse; une fois celle de l'artère brachiale, près du creux axillaire, après une amputation du bras ; et deux fois j'ai dû lier l'artère sous-clavière immédiatement au-dessus de la clavicule, après la désarticulation de l'épaule. Ajouterai-je que, dans la pensée de quelques chirurgiens, la ligature de l'artère ou des artères nourricières d'une partie, faite à quelque distance de cette partie elle-même, pourrait peut-être enrayer la marche de certaines affections organiques -autres que des tumeurs fongueuses sanguines en y ralentissant ime nutrition anormale? Ainsi Maunoir, de Genève, avait voulu opposer au sarcocèle la ligature des artères spcrmatiques ; ainsi a-t-on fait, et ai-je fait moi-même, d'après les vues de M. Mirault, d'Angers, pour le camper ou d'autres altérations organiques de la langue, en liant les artères linguales à leur passage au-dessus et le lang de la grande corne de l'os hyoïde; ainsi a-t-on proposé d'attaquer certaines hypertrophies du corps thyroïde par la ligature des artères thyroïdiennes, etc.

L!<:TTRË VI. APPENDICE. ^2ôo

Telles son!, en elTet, mon elier Chéliiis, les einq ou six catégories ou gTèuids groupes (raffections auxquels se rapporte la ligature des artères. Bien entendu qu'il s'agit toujours de la ligature d'une artère en particulier, d'une artère plus ou moins considérable, faite sur un point quelconque du trajet du vaisseau, dans le but d'y intercepter le cours du sang, et non pas de ces ligatures que chaque jour, à tout instant, et dans des cas qui se comptent par milliers, nous jetons sur des artères divisées complètement, et béantes à la surface d'une plaie.

Appendice sur les injections coagulantes.

Il y a un an environ, mon cher Ghélius, que ces dernières lignes ont été écrites (c'était au mois de novembre 1852), et je croyais n'avoir à revenir sur le sujet que je venais de traiter qu'autant que j'aurais à observer de nouveaux cas d'anévrysmes spontanés, et à faire connaître les résultats heureux ou malheureux d'autres opérations que j'aurais eu à pratiquer. Aucune obhgation ne m'est imposée à cet égard : je n'ai point de faits à ajouter à ceux que j'ai mis en œuvre précédemment; rien non plus à changer ou à modifier dans les vues ou théoriques ou pratiques que j'ai pu chercher à propager. Mais une importante innovation, dont vous n'êtes pas sans avoir une parfaite connaissance, que déjà peut-être vous avez voulu expérimenter, s'est introduite dans la thérapeutique des anévrysmes. C'est presque une révolution en ce point de pratlcjuc cliirurgicale ; et, je Tavoue très franchement,

23/i. MA.LAUIES DES ARTÈRES.

si elle devait recevoir la sanction du temps et de l'expérience, elle mériterait d'occuper une belle place dans les fastes de la science. Par elle l'opération de Hunter par la ligature serait supplantée, comme elle-même a fait oublier ropération ancienne ou l'opération par l'ouverture du sac; instituée d'abord, comme l'opération de Himter, pour les anévrysmes spontanés, on pourrait en faire l'application aux autres cas qui comportent l'emploi de cette dernière, comme sont Tanévrysme faux consécutif, quelques anévrysmes faux primitifs, certaines tumeurs fongueuses sanguines, etc. J'ai en vue, comme vous le pensez bien, l'usage qu'on propose du percblorure de fer ou de quelque autre agent bémoplastique, porté en très petite quantité dans une poche anévrysmale pour obtenir la coagulation du sang qu'elle contient, et par suite l'oblitération de l'artère. Permettez que je vous communique en peu de mots mes pensées sur cette nouvelle méthode de traitement des anévrysmes, qui, chez nous, a trouvé facilement accès dans tous les esprits, à la faveur surtout de l'estime que s'était acquise le si regrettable M. Pravaz.

Pourquoi faut-il qu'il n'ait pas vécu assez pour défendre son oeuvre, pour jouir au moins de l'empressement avec lequel on a saisi quelques occasions qui se sont offertes de suivre la voie qu'il avait ouverte? Et cependant tout d'abord il était permis d'élever des doutes sur les avantages de la méthode dont il s'agit : on pouvait craindre que les succès fussent rares, et que cette manière d'entreprendre la guérison des anévrysmes, en provoquant dans l'artère malade un travail d'oblitération, ne fût pas moins

LETTRE Vï. APPENDICE. 235

dangereuse, n'exposât pas à moins de revers que Topération parla ligature. Malheureusement, les craintes qu'on avait conçues se sont, jusqu'à un certain point, réalisées. Jusqu'à présent, au moins, les résultats, tant des expériences auxquelles on s'est livré sur les animaux, que des opérations, encore en bien petit nombre, il est vrai, qui ont été faites sur l'homme, ne semblent pas de nature à inspirer une grande confiance dans la méthode nouvelle. L'initiative et la priorité appartiennent réellement à M. Pravaz. Mais déjà quelques modifications qui avaient été apportées ou proposées dans la thérapeutique des anévrysmes reposaient sur la même donnée, avaient presque le même but, et tendaient pareillement à affranchir des risques attachés à toute ligature d'une grosse artère. La méthode de Pravaz ne les surpasse probablement pas quant aux chances de succès qu'elle peut offrir, mais elle est plus ingénieuse et plus hardie. Les réfrigérants agissent de la même manière , seulement , c'est de rextérieur à l'intérieur et plus lentement. Dans un temps, M. Yiricel , de Lyon, n'a-t-il pas émis cette idée, qu'on pourrait peut-être obtenir la coagulation du sang dans une poche anévrysmale et provoquer ainsi le travail préparatoire à la guérison de la maladie, par une simple compression médiate exercée sur l'artère audessus de la tumeur, compression qui ne doit être que temporaire, mais assez forte pour suspendre complètement l'abord du sang ? Et cette autre méthode que Lyon encore a vue naître, et dont on doit rintroduction dans l'art à l'un des plus habiles chirurgiens de cette grande cité, à M. Pétrequin, méthode qui consiste à diriger un

2o() ^JALADlliS DES ARTÈRES.

courant éieclriqnedans riiitéricQr d'un kyste anévrysmal, pour obtenir, par degrés successifs, la condensation ou la coagulation du sang qu'il contient, la galvano-puncture, dis-je, n'est-elle pas une autre manière d'arriver au même but? Ce sont les essais, quelquefois heureux, mais plus souvent infructueux, qu'on a faits de l'électro-puncture qui ont conduit à la pensée de l'introduction d'une matière hémoplastique ou coagulante dans une poche anévrysmale. Je n'ai tenté que deux ou trois fois, seulement encore dans des cas de tumeurs fongueuses sanguines, et loujours sans résultat favorable, l'électrothérapie; mais si, pour l'anévrysme proprement dit, je devais jamais oublier un moment mes convictions en faveur de la ligature par la méthode de Hunter, et me livrer à des expérimentations nouvelles, j'aimerais encore mieux suivre la voie ouverte par M. Pétrequin que de tenter après d'autres l'injection du perclilorure de fer, ou de quelque autre moyen hémoplastique : la première de ces deux méfhodes , si elle ne doit pas procurer plus de succès que la seconde , ne semble pas , du moins , devoir être aussi redoutable. Je vous l'avoue, j'ai peine à me défendre d'une certaine appréhension relativement aux suites de l'introduction d'un tel agent dans une partie même très petite du système artériel, ne dùt-on manquer à aucun des préceptes qui ont été posés jusqu'à présent, dùt-on arriver à toute la précision possible dans le procédé opératoire.

Et ces préceptes, combien il est difficile de les établir rigoureusement! C'est avec hésitation et presque en tâtonnant qu'on a agi jusqu'à présent dans les applications, bien

LETTRE VI. APPENÎ3iCE. '237

peu nombreuses encore, il est vrai, qui ont été faites de cette méthode. Lorsqu'elle a paru réussir, ça été presque toujours dans des anévrvsmes faux consécutifs, peu anciens et peu considérables, appartenant ainsi à des artères d'assez petit calibre. Pour des anévrvsmes un peu considérables , spontanés ou autres , et dans des cas où la ligature aurait pu être pratiquée avec les plus grandes chances de réussite, on a vu plus de revers que de succès. Que dis-je? on a presque constamment échoué, et surtout dans ces derniers temps, les événements fâcheux se sont succédé en assez grand nombre. îl y a à citer connne très remarquables et des plus décourageants les faits observés à Bordeaux par M. Soulé(l), à Montpellier par M. Al(piié(2), ici, à Paris, par M. Malgaigne, par M. Velpeau(3), par M. Lenoir (/i), tous chirurgiens des plus habiles, et qui ont dû agir avec prudence en même temps qu'avec toute la hardiesse convenable. Telle est l'impression que ces faits ont produite sur mon esprit, que j'hésiterais longtemps, je crois, à grossir le nombre de ces expérimentalions de la méthode Pravaz. Une vue assez plausible du chirurgien de Montpellier, M Alquié , c'est que cette méthode ne doit pas réussir^ parce que le sang est seulement transformé en un magma par l'action du perchlorure ou de quelque autre de ces agents dits hémoplastiques, et ne peut se convertir en un caillot organisé

(1) Gazette des hôpitaux, 15 et 25 octobre 1853.

(2) Revue thérapeutique du midi, et Journal de M, Malgaigne^ octobre 18 5o.

(3) Même journal de M. Malgaigne et même numéro.

ih) Bulletin de la Société de chirurgie. Paris, 185ii, in-8, t. IV, p. 173.

238 MALADIES DES ARTERES.

00 organisable susceptible de s'ideniifier avec les parois de la poche aiiévrysmale. Et peut-être, comme l'ont pensé quelques-uns des chirurgiens qui ont le plus médité sur la question dans ces derniers temps, serait-ii plus avantageux d'agir non sur la tumeur elle-même, mais sur la partie saine de l'artère qui en est le plus rapprochée en amont, c'est-à-dire du côté du cœur, pour obtenir soudain la formation d'un caillot cylindrique.

Rien n'est arrêté ni convenu quant à la manière de procéder, pour arriver au but immédiat ou primitif qu'on se propose dans l'application de la méthode Pravaz. Encore moins sait-on comment conjurer ou prévenir certains accidents auxquels elle parait disposer particulièrement; car outre qu'elle peut ne pas réussir, même étant répétée plusieurs fois sur le même individu, de telle sorte qu'il y a nécessité d'en venir enfin à la hgature cp'on voulait éviter, elle expose à des dangers réels, à des complications qui peuvent causer la mort. Plusieurs fois déjà, cette introduction du perchlorure de fer dans une poche anévrysmale a eu l'issue la plus funeste, et la catastrophe a pu être attribuée soit à l'inflammation du sac anévrysmal qui avait été le point de départ d'une véritable artérite très étendue, soit-à ce même état inflammatoire développé dans la partie du système veineux qui confinait le plus immédiatement avec la tumeur anévrysmale. Le moyen, en effet, dans quelques cas surtout, de ne pas ouvrir, ou même de ne pas transpercer les veines qui avoisineiit cette tumeur? Et lors- Cju 'elles ont été ouvertes avec l'instrument destiné à la fois à la ponction et à l'injechon, le moyen aussi défaille

LETTRE YI. APPENDICE. 239

qu'elles ne subissent pas l'oclion irritante du perelikH rnre de fer sur tons les tissus avec lesquels il est mis en contact?

Ainsi donc, embarras et difficultés réelles pour la bonne exécution de l'opération elle-même ; incertitude des plus grandes d'un résultat heureux , alors même que des accidents graves ne doivent pas survenir; enfin, possibilité de ces accidents, plus à craindre qu'ils ne le sont encore après la ligature d'un tronc artériel quelconque : ne sont- ce pas là des motifs suffisants pour ne continuer les essais qui ont été faits de la méthode Pravaz qu'avec une extrême prudence? J'oserais dire que les résultats qu'on a obtenus jusqu'à ce jour autoriseraient presque à l'abandonner complètement, quand on pense surtout qu'elle a été instituée pour remplacer une opération qui, si elle n'est pas, malheureusement, exempte de dangers, et si elle ne doit pas procurer des succès constants, n'est cependant pas une des moins fécondes en bons résultats.

C'est surtout pour les anévrysmes un peu volumineux que la méthode nouvelle semble devoir inspirer le plus de craintes, parce que, à raison de la quantité considérable de sang que la poche contient, il faut introduire une quantité plus grande aussi delà matière coagulante ; parce que, de cette irritation produite sur une grande surface, peut résulter une violente inflammation à la fois des parois de la poche anévrysmale et des parties voisines du système artériel. Chose fâcheuse, c'est l'anévrysme poplité qui est le plus fréquent de tous les anévrysmes spontanés, et c'est celui dont les dispositions semblent être le moins

240 MALADIES DES ARTÈliES.

favorables pour rapplicalioiulela méthode naiivellc, c'est celui pour lequel cette méthode semble devoir le moins convenir, parce qu'elle expose à plus de périls. Généralement il est assez volumineux; sa manière d'être intrinsèque est des plus variables : les connexions de la tumeur avec les parties constituantes du creux du jarret ne le sont pas moins. 11 y a un seul rapport qui présente quelque fixité, et celni-là précisément est défavorable à l'opération de Pravaz. La tumeur est recouverte en arrière par la veine poplitée, presque toujours élargie, et par le nerf sciatique, très souvent aussi épanoui et comme à l'état membraneux, toutes circonstances qui font que, pour cet anévrysme poplité, on ne sait ni dans quel sens ni de quel côté il convient le mieux de faù^e pénétrer l'instrument à ponction et à injection, ni comment il faut s'y prendre pour ne pas transpercer le nerf sciatique et la veine poplitée.

Bien entendu, mon cher Chélius, que telles que je viens de vous les communiquer, mes préventions contre l'application du perchlorure de fer , ou de tout autre moyen hémoplastique, au traitement des anévrysmes ne sont point absolues, irrévocables. Je n'ai pas la prétention d'enchaîner l'avenir, et je saurais me rendre aux lumières que de nouvelles expériences pourraient faire naître. Seulement, je crains bien de ne pas avoir à me convertir. Bien entendu aussi que je n'élève pas les mêmes doutes sur l'utilité qu'on peut retirer du perclilorure de kv^ employé seulement comme moyen hémostatique. Peutêtre trouvera-t-on qu'il est plus elficace contre certaines hémorrhagies que tant d'autres hémostati(|ues connus.

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