‹ Quarante années de pratique chirurgicaleChapitre 61 sur 74 · LETTRE VII, ANÉVRYSMES FALX CONSÉCUTIFS · texte numérisé non relu

LETTRE VII, ANÉVRYSMES FALX CONSÉCUTIFS

des pulsations, ou bien un abcès en voie de formation, et non encore parvenu à maturité.

Dans le doute, et ne devant pas revoir la malade, je penchai pour qu'on fît sous mes yeux l'ouverture de la tumeur,, en se tenant prêt à tout événement ; je fus prié d'appliquer moimême le conseil que je donnais. Je fis une première incision peu étendue et peu profonde, qui ne donna issue d'abord qu'à un peu de pus et à un peu de sang coagulé, mais par laquelle s'échappa bientôt un jet de sang artériel. Soudain, j'agrandis la plaie en haut et en bas, et je pénétrai dans une poche, de l'intérieur de laquelle je détachai deux ou trois caillots fibrineux membraniformes. Pendant ce temps, l'artère brachiale était comprimée au milieu du bras : la compression ayant été suspendue, un jet de sang plus considérable que le premier s'échappa du fond de la plaie : je vis assez distinctement l'ouverture de l'artère. Deux ligatures, que j'avais disposées à l'avance, furent engagées au moyen de deux aiguilles courbes , l'une au-dessus, l'autre au-dessous de cette ouverture, et nouées sans l'interposition d'aucun corps étranger. Je dus embrasser avec l'artère une couche plus ou moins épaisse des parties molles circonvoisines ; car à cause d'un certain désordre que la maladie avait fait naître, je ne tins pas à isoler complètement le vaisseau, pour en faire la ligature immédiate. Je me contentai de le soulever un peu avec un stylet introduit dans l'ouverture qu'il présentait. La plaie fut ensuite remplie de charpie. Obligé de quitter Auxerre peu de jours après l'opération , je ne pus observer ultérieurement la malade. Mais M. Paradis m'apprit bientôt que tout s'était passé d'une manière satisfaisante. Il n'y eut aucun accident. Les ligatures ne tombèrent que le vingt-cinquième jour. La malade quitta l'hôpital, bien guérie; le pouce et les premiers doigts étaient encore engourdis, mais cet engourdissement se dissipa peu à peu et disparut au bout de quelques mois.

Très-certainement nous avions eu affaire à un anévrysme faux consécutif; mais cet anévrysme n'était pas

siiTiple à tous égards, et, tel que eeux qu'on observe le plus ordinairement. Déjà, au moment où il m'a été donné de le voir, il était compliqué d'un état inflammatoire des parties molles extérieures qui a jeté de l'incertitude sur le diagnostic; puis, bien qu'il ne datât pas d'une époque éloignée, des caillots fibrineux occupaient une grande partie de l'intérieur du kyste, et amortissaient l'effort latéral du sang. Ces deux circonstances rendaient les pulsations de la tumeur si obscures que le diagnostic liit douteux , et qu'il y eut même quelque hésitation dans mon esprit au moment de l'opération. Serait-ce que le kyste anévrysmal s'était formé, non sous l'aponévrose du biceps, mais sous la peau immédiatement? Car, quoique cela n'ait pas été encore déterminé d'une manière positive, il est probable qu'au pli du bras, dans l'anévrysme foux consécutif, la tumeur se forme tantôt très superficiellement entre la peau et l'aponévrose , tantôt plus profondément, sous celle-ci. Peut-être même est-il des cas où la poche est comme bilobée ou divisée en deux parties séparées par l'aponévrose. Et puisque, chez cette jeune fille, il y avait déjà une si grande quantité de sang converti en caillots dans l'intérieur du kyste , peut-on croire qu'il y avait une tendance de la maladie à une guérison spontanée? Sans l'état inflammatoire, qui inspirait l'obligation d'une médication active, peut-être eùt-il été bon d'abandonner la maladie à elle-même, et d'attendre ou bien qu'en effet la nature opérât cette guérison spontanée, ou bien qu'un développement plus considérable de la tumeur mît dans la nécessité d'agir, et l'on eût pu sans doute alors appliquer la méthode de Hunter.

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