LETTRE VII. ANÉVRYSMES FAUX CONSÉCUTIFS
tiqiiée à mademoiselle Lesage : tout récemment encore j'avais reçu des nouvelles de cette jeune personne; son état s'était de plus en plus amélioré ; elle avait pu contracter une alliance, dont à cause de sa maladie il avait fallu éloigner le moment.
Je vous ai annoncé, mon cher Chélius, que quatre cas d'anévrysmes faux consécutifs, parmi ceux que j'ai eu l'occasion d'observer, méritaient une mention spéciale. Je viens de vous en présenter deux avec leurs principaux détails ; mais parmi les deux qui restent, il en est un qui vous est déjà connu. Je l'ai cité dans une lettre précédente, et je me bornerai à vous le rappeler ici en quelques mots. Je veux parler de cet homme qui avait eu l'artère huméraie piquée dans une saignée, et chez lequel la compression, appliquée sur la tumeur anévrysmale, détermina la formation d'une eschare gangreneuse (voy. plus haut, IX^ observ., p. 77). Vous n'avez peut-être pas oublié que je pratiquai d'abord la ligature de l'artère humérale, mais que les battements persistèrent malgré cette ligature, et que je dus en venir immédiatement à la méthode de l'ouverture du sac. J'ai été conduit à rapporter les détails de cette observation à l'appui de ce que j'avais à dire sur les danger de la compression : c'est à ce point de vue qu'il m'avait paru offrir le plus d'intérêt, mais je m'étais réservé de le rappeler ici comme appartenant au groupe d'anévrysmes faux consécutifs du membre supérieur qui avaient passé sous mes yeux , et comme étant même du nombre des plus curieux et des plus féconds en enseignements.
Je passe donc tout de suite à ma dernière observation d'anévrysme faux consécutif.
XXXIV'' Observation. — Anévrysme faux du pli du bras consécutif à une saignée. — Inflarmnation et suppuration du tissu cellulaire. — Diagnostic douteux. — Opération par V ouverture du sac. — Guéri son.
En 1832, j'étais allé prendre quelques jours de repos dans ma ville natale, vers laquelle, avec tant d'autres pensées, se reportent bien souvent mes premiers souvenirs chirurgicaux : c'est là, en effet, que sous les yeux et par les conseils d'un père dont la mémoire est justement vénérée, j'ai acquis les notions les plus élémentaires de la science. Des confrères qui ont été presque tous ou mes condisciples, ou mes élèves, qui veulent bien m'honorer de leur amitié, et parmi lesquels des sentiments de cœur me portent à distinguer particulièrement M. Paradis, me présentèrent plusieurs malades dont l'état leur causait quelque inquiétude. De ces malades, le plus intéressant était une jeune fille de vingt-deux ans qui était entrée à l'hôpital depuis quelques jours seulement, à l'occasion d'une tumeur qu'elle avait au pli du bras droit sur le trajet de l'artère brachiale. Cette tumeur avait le volume d'une très grosse noix : elle s'était formée quelque temps après une saignée : la jeune fille ne se rappelait, d'ailleurs, aucune circonstance particulière de l'opération, et ne pouvait pas dire s'il y avait eu au moment même effusion rapide d'un sang vermeil, ni si le chirurgien avait éprouvé quelque effroi, ni si l'on avait appliqué sur son bras un bandage plus serré que celui qu'on met ordinairement après la saignée. On ne sentait, distinctement au moins, dans la tumeur, ni mouvements d'expansion qui lui fussent propres, ni pulsations qui lui fussent communiquées. Elle n'était ni très molle, ni très rénitenîe; il y avait de l'inflammation à la surface, et comme un commencement de suppuration dans le tissu cellulaire sous-cutané. On avait déjà fait, avec un instrument délié, une ponction exploratrice qui n'avait jeté aucun jour sur le véritable caractère de cette tumeur ; ce devait être ou bien un anévrysme faux consécutif, un peu voilé par le manque absolu ou le peu de force