‹ Quarante années de pratique chirurgicaleChapitre 70 sur 74 · DES OS · texte numérisé non relu

DES OS

(Lu à l'Académie de médecine en février d845.)

Le Mémoire suivant, qui a déjà paru dans le Bulletin de l'Académie, ne devait pas faire partie de ce volume. M. Roux se proposait de l'intercaler dans ses Lettres sur les tumeurs, qui devaient former la deuxième moitié du tome ITI, et à cet effet il avait écrit de sa propre main, sur un exemplaire que nous avons retrouvé, plusieurs corrections marginales. Malheureusement, ainsi que nous l'avons déjà dit, il nous est impossible de livrer au public les tomes III et IV, dont M. Roux n'a pu terminer la rédaction. Dès lors il nous a paru utile de reproduire ici ce Mémoire sur les tumeurs anévrysmales des os. M. Roux l'avait d'abord destiné à figurer dans ses Lettres sur les anévrysmes. Plus tard il avait renoncé à ce projet, malgré le désir légitime qu'il avait de rassembler en un seul faisceau tous les faits relatifs à la ligature des artères. Il lui avait paru préférable de grouper les maladies d'après leur nature propre, plutôt que d'après la nature des indications qu'elles peuvent réclamer. 11 s'était donc décidé à placer son Mémoire sur les anévrysmes des os entre les Lettres sur les tumeurs érectiles et les Lettres sur les tumeurs cancéreuses. C'était le parti le plus sage; mais, dans l'impossibilité où nous nous trouvons de publier les Lettres sur les tumeurs, nous croyons bien faire de

A^NÉVKVSMES DES OS. /tST

donner place à ce Mémoire dans un volume qui, en défmitive, est principalement destiné à l'étude des ligatures artérielles. Le lecteur aura ainsi sous les yeux la plupart des faits de ligature que M. Roux a recueillis pendant sa longue carrière.

{Note de la Commission. )

11 y a quelques mois (c'était vers le milieu du mois de juillet 1844), je voulais présenter à l'Acadéoiie un homme qui avait été atteint d'une tumeur fongueuse sanguine artérielle, autrement dit, d'une tumeur anévrysmale de l'extrémité supérieure du tibia, et auquel j'avais pratiqué la ligature de l'artère crurale. Ayant obtenu par ce moyen la guérison complète de la maladie, je voulais faire constater cette guérison par l'Académie, et donner ainsi à un fait qui me paraissait alors et me paraît encore assez remarquable un caractère certain de vérité. Mais le malade a dii quitter Paris plus tôt qu'il ne me l'avait annoncé. Je ne l'avais plus à ma disposition le jour où l'Académie devait m'accorder quelques instants pour le lui montrer. Mes collègues se le rappelleront peutêtre ; je dus me borner à indiquer ce fait en quelques mots, en exprimant le regret de n'avoir pu remplir qu'à demi le but que je m'étais d'abord proposé.

Depuis ce temps, et dans une autre intention sur laquelle je n'ai pas besoin de m 'expliquer (1), j'ai soumis à une

(1) M. Roux avait dès cette époque conçu le plan de son ouvrage,

et avait commencé la rédaction d'une lettre sur les tumeurs fongueuses

sanguines; le Mémoire qu'il lut à TAcadémie était en grande partie

extrait de ceUe lettre.

{Note de la Commission.)

438 TUMEURS FONGUEUSES SANGUINES

description déiailJée le Mi dont il s'agii. Je l'ai rapproché de quelques autres cas de même nature, ou au moins analogues sous beaucoup de rapports, que j'avais déjà observés. Cela ne pouvait pas être sans que ma pensée se reportât vers les notions un peu confuses que la science possède déjà sur rangieclasie du tissu osseux, sans que je cherchasse à jeter quelque jour sur cette affection à l'aide des faits qui me sont propres. De tout cela est résulté un petit article de chirurgie clinique, qui n'est peutêtre pas dénué d'intérêt. Il m'a paru convenable d'en donner connaissance à l'Académie, puisque je devais déjà lui offrir les prémisses du fait principal qui en a été l'occasion.

Que l'Académie veuille bien se figurer un moment que ce travail lui était particulièrement destiné. Au lieu de cela, c'est peut-être un fragment d'une œuvre plus étendue. En fût-il ainsi, je ne pense pas qu'il puisse perdre à être détaché du tout auquel il se rapporte.

Je l'ai dit autre part : malgré sa densité, le tissu osseux peut éprouver' dans toute l'étendue, ou dans une partie d'un os, une transformation analogue à celle qui dans les parties molles constitue les tumeurs fongueuses sanguines. Les vaisseaux capillaires, ceux surtout qui dépendent du système artériel, se développent extraordinairement; peut-être que lorsqu'ils sont ainsi amplifiés, le réseau qu'ils forment naturellement a pris une autre manière d'être; peut-être sont-ils plus intriqués, ou autrement entrelacés, anastomosés. Toujours est-il qu'à mesure qu'ils se dilatent , et que le sang y afflue ou les pénètre en quantité plus considérable, il y a gonflement.

ou ANÉYRYSMALES DES OS. ft89

ramollissement de la substance de l'os, distension, probablement même destruction des fibres propres, des lamelles si ténues qui composent cette substance ; et les choses arrivent à ce point que les couches extérieures de l'os, même celles qui sont formées de tissu compacte, se réduisent à une coque , à une sorte d'écorce mince , flexible, à travers laquelle on peut sentir les battements sourds de la tumeur, et qui linit par se briser, se partager en petites plaques isolées, si même elle ne disparaît pas complètement. C'est un état comparable à l'anévrysme : c'est un anévrysme, non d'une artère en particulier, mais de tout le système capillaire d'un os.

Quelques os plats qui ont un diploè très prononcé, comme les os du crâne et ceux du bassin, et les parties des os des membres dans lesquelles le tissu spongieux abonde, c'est-à-dire les extrémités articulaires, en sont le siège le plus ordinaire ; je ne sais même pas si l'on a jamais vu l'affection dont il s'agit se développer primitivement dans la partie la plus compacte d'un os, comme au milieu d'un os long. Il est remarqu able aussi que dans les membres, et sans qu'il soit possible d'expliquer le fait, sans que l'es prit puisse trop concevoir la relation de la cause à l'effet, presque toujours une violence extérieure a précédé le dév eloppement de la maladie. C'est quelquefois une contu sion, un coup, et plus souvent un effort supporté par l'articulation voisine, comme une entorse. On a noté c ela dans presque tous les cas de tumeurs fongueuses sanguines, ou d'anévrysmes capillaires des os des membres, qui sont consignés dans les annales de la chirurgie.

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