‹ Quarante ans de musiqueChapitre 3 sur 27 · PREFACE. VII · texte numérisé non relu

PREFACE. VII

à applaudir les pauvretés musicales pour lesquelles une fraction beaucoup trop considérable du public parisien se passionne depuis quelques années, la distance est plus grande encore. Puisque je viens de parler des tendances actuelles du dilettantisme parisien (je dis actuelles, mais elles sont déjà de vieille date'), qu'il me soit permis de faire une réflexion qui trouve ici tout naturellement sa place : on confond chez nous le sentiment musical avec la recherche de certaines sensations que je ne veux pas qualifier d'une façon trop brutale, auxquelles la musique sert de prétexte et auxquelles cependant elle est tout à fait étrangère. Pourquoi cette confusion et d'où vient-elle? Je ne puis guère me l'expliquer que par la prétention que nous avons en général de vouloir juger et comprendre les arts spéciaux (la musique surtout) avec nos nerfs, avec nos sens, sans une éducation préalable, sans l'aide de connaissances acquises. Quand on parle à certaines gens de la valeur d'une œuvre qui n'est point de leur goût, ils vous répondent sans la moindre hésitation que cette œuvre ne leur a pas pfu, qu'ils y ont baillé ou dormi, et partant qu'elle est mauvaise. Ont-ils pris plaisir à l'audition d'un petit opuscule burlesque, de quelques-unes de ces bouffonneries que les Allemands appellent Possen,

Page 1