‹ Quarante-cinq années de ma vie (1770 à 1815) publié avec des annotations et un index biographiqueChapitre 12 sur 25 · I.OIISK m: ritUSSK, PUIXCKSSK WTOIM.: K \I)/,IVVIFrh · texte numérisé non relu

I.OIISK m: ritUSSK, PUIXCKSSK WTOIM.: K \I)/,IVVIFrh

SES Q U A T H l'', l'', X K .\ \ T S D'après nu dessin fait en 1808, à Alcnicl, pai- Ir F'iinco Antoine Itadziuilt.

Vingi-quatre heures plus tard, à la même heure, elle étail un au<{c au ciel !

M. de Brancion était allé pioiucuer mes j]arçons pendant que leur sœur se mourait. Quand ils rentrèrent, Guillaume et Ferdinand se jetèrent dans mes liras en sanglotant et me dirent : « Schiclie Loulou nach Berlin, sic muss hei uns, nicht hier hleihen (1). » Il en fut ainsi, et au bout de huit jours, sa vieille bonne l'ennicna à Berlin, où elle fut déposée près de sa sœur Hélène.

Le jour où partit ce triste convoi, je changeai de maison. i\Ics amis et mes connaissances s'étaient occupés de moi avec beaucoup d'amitié et jamais je ne perdrai le souvenir du touchant intérêt de la Reine.

Mon mari fut obligé de partir pour Varsovie, où sa sœur Angélique très sérieusement malade devait consulter les médecins. Peu après, M. de Brancion et Pauline Néale me quitlèrent pour aller à (^arlsbad et je restai seule avec mes enfants. Je m'intéressai alors à leur insti'uction, ce ((ui fut une distraction pour moi dans mon isolement.

lAIon frère Auguste était retourné chez ses parents, mais revint à Ko^nigsberg au mois d'août, trouvant que ce séjour était [)lus convenable pour lui, tant que durerait l'occupation de Berlin et du pays par l'armée française. Le général Scharnhorst, chargé alors de la nouvelle organisation de l'artillerie, proposa à mon frère d'eu devenir le chef. Il liù trouvait les connaissances, le zèle et rap|)lication nécessaires pour servir dans cette arme. Auguste suivit les

(1) De rallcmand : « Envoie Loulou à Deiliu ; il la laut chez uous, elle uc doit pas rester ici. -n

conseils de M. de Scharnhorst et oblinl par là une lienrcuse inflnence, qni Ini donna l'occasion de déployer ses talents et de se faire dans la suite ime belle répntalion militaire.

M. de Slein était à Berlin pour conft rer avec l'intendant général, AI. Daru, des moyens d'adoucir au pays les dures conditions imposées par Napoléon. Peu avancé dans ses négociations, il revint an mois de juillet à Kœnigsberg el remit au ministre de Voss le soin de terminer les conlercnces entamées.

Ces deux Ministres n'étaient pas amis; M. de Voss avait vu avec regret M. de Slein rentrer an\ affaires et obtenir une grande influence.

M. de Stein, avec les talents les plus éminenls et un esprit très distingué, n'avait aucune connaissance des hommes et nulle défiance vis-à-vis de ceux qui parvenaient à le séduire par une apparence de nobles sentiments. Aussi ne pouvait-on le voir sans inquiétudes s'en remettre à M. de Voss pour conclure avec les autorités françaises.

Parmi les employés ])russiens, un grand nombre étaient ennemis de M. de Slein. A son i-etour au Ministère, il leur av;til réduit, avec sévéïit'', les salaires, (pi'indépendammenl de leurs fortes |)ensi()Ms, on leur |)ai| ait journellement sans égard à l'épuisement des caisses royales.

I,()i\s(pril dut sii|»j)rinier ces abus, le mccontentciiUMit se nianilèsla dans tous les bureaux. (ien\ (|iii, plus ccpiital)les, convenaient de la nécessité de la lelbrme, étaient souvent irrités |)ar la violeiu'e du caractère de M. de Stein,

qui souvent s'emportait sans ménagement contre ses meilleurs amis.

Au mois de septembre, une entrevue entre l'empereur Alexandre et Napoléon devait avoir lieu à Erfurt. En s'y rendant, Alexandre passa par Kœnijjsl)er<{. Je ne l'avais pas vu depuis la paix de Tilsit; je m'apereus de suite qu'il n'était pas sans embarras. 11 vint me voir, mais pas seul comme autrefois. Il était accompagné de ses généraux et de ses aides de camp.

La veille du départ de l'Empereur, le Monitriir contenait une certaine lettre de ]\I. de Stein au prince Wittgenstein, qui se trouvait alors à Hambourg; cette lettre avait été saisie à la poste. Elle fut imprimée dans toutes les gazettes et entraîna autant d'embarras que de difficultés. M. de Stein croyait avoir confié cette lettre à un lionmie sûr, mais il s'était trompé!

L'empereur Alexandre fit, à Kœnigsberg, la connaissance plus intime de AL de Stein; il causa beaucoup avec lui et fut enchanté de ses idées, de sa franchise, de la noblesse de son caractère et félicita à plusieurs reprises le Roi d'avoir pu donner sa confiance à un homme aussi distingué.

L'Empereur fut aussi peiné que nous de l'article du Moniteur. Il sentit la nécessité de conserver AI. de Stein au Roi et s'engagea à arranger cette affaire à l'entrevue d'Erfurt.

Chez nous, les ennemis de AL de Stein espéraient que cette affaire l'éloignerait du Roi; on excitait la Reine contre lui, afin qu'elle influât sur l'opinion du Roi. Alais celui-ci.

bien que fàclié de celle lellre el de l'imprudence qui en avfail .unené l;i })ul)lication (1), csliiiuiil hop Al. de Sleiu pouf reuoucer si lacileruenl à lui. Il résolul d'allendre les nouvelles (ju'Alexandre enverrail d'Fii liirl.

M. de Slein proposa au Roi d'èlre envoyé au forl de Pillaii, jusqu'à la i-éponse de Napoléon, qne ceth" déCérence pouvail adoucir. Mais le Roi refusa.

Mme de IJerg vint passer quelques mois auprès de la Reine; elle s'y trouva péniblement end)arrassée à cause de son ancienne et intime amitié avec M. de Slein el de la défiance qu'il inspirait à la Reine.

Mme de Rerf] aimait tendrement la Reine, elle nu'liail ini jpand prix à sa confiance. Fière de l'inlluence qu'elle exerçait sur son esprit, elle auiait désiré en profiter pour la réconcilier avec le Ministre. Mais ce fut en vain.

La Reine croyait que, dans la position du Roi, il fallait nu ministre d'un caractère moins décidé dans ses opinions. Elle conservait d'ailleurs l'espoir du retour du comte Hardenberg, dont l'esprit conciliant, les belles manières et le dévouement |)0ur la Reine lui faisaient espérer un grand

(1) Ccll(^ Ictli-p, (lout le l)iit «'tail do fomeiilcr imc rrvolh; dans le royamiic de W('.sl|)liali(', avait éveillé le courroiix de A'a[)oléoii coiilreM. de Stein. Déjà in(|iiiet de la popularité du Ministre, (pii s'applicpiait à préparer la r('';j(''nération de sa patrie par rétablissement de réformes libérales, ri']n)p(!i"eur saisit eetle oceasion pour réclamer son renvoi. Stein deiint ainsi l'adversaire personnel de Napoléon; le roi de Saxe, allié des Français, eompiit de suite la eonduife qu'il devait adopter vis-à-vis de ce Ministre et ordonna à son (lonseil d'I'ïtat de sécpiestrer l(>s biens (pi'il possi'-dait dans son duché. Le revirement des événements permit plus tard à Stein de se venjjor eriudlement des sév(''rités de Frédéric-Aujjusie envei-s lui. l']n ISI.'Î, Stein fui l'un des plus ardents à pousser à la dt'clK'ancc! de ee \Ionar(pie.

avantage pour le Roi et un profil pour le pays. M. de Nagier, chargé des commissions du comte de llardenherg j)Our la Reine, avait accès auprès d'elle. M. de Stein, (|iioi(|iie son ancien ami, ignorait ces négociai ions ; il n'apprit même ([iie plus tard (en même temps que moi) que la Reine avait eu une entrevue avec le comte de Hardenberg, pendant une promenade avec la princesse Guillaume. Elle le rencontra aux environs de Kœnigsberg, où il ne voulait pas paraître, au moment oii il se rendait dans ses terres, près de Riga, grâce à une permission qu'il venait d'obtenir de Napoléon. Les réponses d'Erfurt arrivèrent. Alexandre prévint le Roi qu'il dépendait de lui de conserver M. de Stein et qu'il se réservait de lui rendre compte de bouche du résultat de ses négociations.

M. de Stein, quiavait cru jusqu'à ce moment à la nécessité de quitter le Roi pour ne })as entraver les négociations avec les autorités françaises, reprit courage, pensant qu'il pourrait encore être utile à son maître. Pourtant, on travaillait toujours contre lui auprès du Roi, qui resta inébranlable.

Le prince Guillaume avait suivi Napoléon à Erfurt, lorsque celui-ci quilla Paris. Le traité qu'il avait conclu élait beaucoup plus désavantageux que le Roi ne s'y attendait. M. de Stein en fut mécontent; l'intercession de reuq)erein' Alexandre n'y changea rien et lorsque le Prince arriva, presque en même temps que lui à Kœnigsberg, le traité était conclu et ratifié (1). En compensation, Alexandre

(i) Le 7 noveml)rfî, le prince Guillaume avait été reçu par l'Eiiipercur à Paris et il avait conclu avec lui les conditions d'un traité permettant

'296 CIîAPITHt: XII

apporta au Roi la ccrliliule que Napoléon ne s'opposait plus à voir M. de Stein conserver sa place.

Le f^rand-duc Constantin précéda de vingt -quatre heures son frère Alexandre et nous fit une description très comiqu(> du séjour à Erfurt et de la manière dont Napoléon traitait les Souverains qu'il y avait rassemblés. Il les interpellait impérativement : a Roi de Bavière! ^^ — Roi de Saxe! ^i — « Roi de U'in'temherg ! « Il n'y eut que ce dernier qui en témoigna de l'humeur.

Le comte de Dalberg, Prince-Primat, s'y trouvait aussi. Il était sourd; Napoléon, impatienté d'avoir à répéter sa question, et en dépit de la protection qu'il lui accordait, dit fort haut : « // devient tout à fait imbécile. 55

Les acteurs les plus fameux de Paris avaient été appelés par FEnqiereui' à Erfurl. Le lendemain du jour où on donna Rritanniras, Napoléon fut mécontent de la manière dontTalma avait joué Néron. Il le fit appeler, pendant que le vieux duc de Dessau était dans son cabinet. Il lui dit : « Vous avez Joué Néron sans noblesse. Vous avez fait un geste qui n'était pas eelui d'un Empereur. Voyez-vous, que Je fasse comme cela ! »

Dès son arrivée, l'empereur Alexandre eut de longs entretiens avec M. de Stein pour lui rendre compte de ses conversations avec Napoléon et avec M. de Talleyrand, ainsi que des arrangements faits pour conserver AI. de Stein au Roi.

l'cvarualinii des j'orlcrcssos, acctjrdant des (iicilitt's di- paicincrit pour les conti'ibutious de yuerre, à la condiliori cxijressc d'inic alliance de la Prusse avec la France.

Je fus frappée de voir que le séjour d'Erfurt et ses rapports avee AI. de Talleyrand avaient rendu à Alexandre l)eaueoup de confiance en lui-même.

Il revint nie voir comme anciennement, parla en détail de la position oii il se trouvait lors de la paix de Tilsit. Je pus me convaincre qu'il s'était alors senti dans des circonstances très difficiles, qui ne lui laissaient pas la liberté du choix, et je suis persuadée que cette triste paix de Tilsit fut un motif de plus pour faire plus tard tout ce qui dépendait de lui, afin de réparer ses torts.

Je m'étonnais pourtant de voir l'empereur Alexandre accorder tant de confiance à M. de Talleyrand; mais il était convaincu que son influence forcerait Napoléon à renoncer à ses projets de conquête et à maintenir la paix en Europe. C'est surtout sur lui qu'il fondait ses espérances pour notre avenir.

Une lettre de ma belle-mère vint nous aj)j)rendre la triste nouvelle de la mort de notre chère Angélique. Partie de Putawy bien malade, elle succomba peu de jours après son arrivée à Vienne. Cette triste fin nous éprouva douloureusement.

Ce fut à ce moment-là que se décida le déj)art de M. de Stein. On discutait alors le voyage du Roi et de la Reine à Saint-Pétersbourg. Le Roi en trouvait la dépense trop forte pour ses moyens. Il pensait avec raison que, dans un tem|)s où de si grands sacrifices étaient nécessaires, il ne fallait pas faire un voyage aussi dispendieux. La Reine, au contraire, le désirait vivement. Il l'intéressait, elle le

croyait politiquement avantageux et pensait (|u'il iiis|)irerait plus d'égards à Na|)oléon.

La Reine était en parti»' in(lu('ncé(> par M. de Nagler et |)ar son auii, M. de Seldaden, alois unnistre de Prusse à Saint-Pét(;rsl»our;>. Tous nu'ttaient beaucoup d'iui|)orlanee à entrer en opposition avec M. de Stein, auquel le Uoi avait soumis la décision du voyage de Russie. Il trouvait, comme le Roi, qu'il fallait ou y renoncer, les circonstances ne permettant j)as de le faire avec la dignité convenable, ou bien de le faire avec une dépense très au delà de ses moyens.

Il fut alors à peu |)rès décidé que le voyage ne se ferait pas. Alais on profita de la discussion (|ui dînait encore ])Our augmenter le mécontentement de la Reine contre M. de Stein et, enfin, ses ennemis finirent par triomplier. Le Roi dit à M, de Stein qu'on ne cessait de solliciter auprès de lui le renvoi du Ministre, qu'on trouvait que ce serait un moyen de se concilier Napoléon, qui n'avait cédé qu'à regret aux sollicitations de l'empereur Alexandre.

M. de Stein n'hésita j)as un instant et se disposa à retourner dans ses terres du pays de Nassau. En partant*, il laissa au Roi et à son successeur ini testament poliliquc (I), dont il nous fit la lectiu-e et qui fut suivi en partie.

(1) Dans ce teslaniciit polititjiic, Slciii fait un i-xposô ili-s aiiK'ii'jrations iirjjonles (|ii'il s(ï |)i-oposait (l'ap|)orlcr dans l'atlniiiiislialidn du |)ays. Kii voici la l)ase : 1" Détruire la dcsliarniouie (jui logiio dans le peuple m lui accordant des droits, sa liberté, assurant par là sa fidélité au Roi; supprimer le droit de justice liéréditairc" dans l'administration des propriétés et la juridiction patrimoniale; abolir les corvées et les rèylemenls

La Reino et Aime de Bcrg vinrent souvent chez moi. La Reine me |)ailait beancou|) de la nécessité du renvoi de .\L de Sleiii. Je lin' rappelai lout ce (\uo l'enipereur Alexandre avait dil à ce siijel ; mais la Heine ne cliauj>(va |)lus d'idée, et Mme de I»er<>, en dépit de loul son allacliementpourM. de Stein, n'osa plus s'opposer à la Reine. Avec un cœur adorable et beaucouj) <res|)rit, la Reine ne savait pas toujours surmonter cette faiblesse de caractère, qui la soumettait aux opinions de ceux qui intri<>uaieul auprès d'elle.

C'est le 10 décembre que AL de Stein nous quitta et

établis sur la domesticité; améliorer hi coiulition du paysan, s<hi1s moyens de maintenir le ])ouvoir absolu, de relever l'esprit national et de ne pas paralyser la liberté des sujels. 2" Donner à cliaquc bourgeois actif un droit de représentation nationale, sans distinction de rang ou d(^ nu'tier. AnuMier une réformation dans la noblesse, lui laissant toute liberté d'entreprise ou de carrière, sans lui enlever ses prérogatives, ni la dignité de son rang; établissant par là un lien entre les classes formant un tout attaché à la nation. 3° Arriver à. l'obligation générale pour toutes les classes d'être appelées à la défense du pays et de s'en faire un devoir. lOveillcr cliez le peuple le sens relujicitx, en améliorant l'état ecclésiasti(jue, eu soignant le choix des candidats, en pourvoyant aux institutions religieuses et en réorganisant im service divin régulier. I"]uQn, et surtout, veiller à Véducation et à V instruction de la jeunesse, les basant sur une méthode de principes, non exclusive, mais capable de lui insinuer l'amour de Dieu, du Itoi et delà Patrie. « Ensuivant ces éléments, on arrilera, dit M. de Stein, à former une race rigoureuse au moral comme on physique, nous permettant d' envisager avec confiance un nieil'cur avenir, n

Cet écrit fut envoyé à de Scluen, intendant su[)i''rieur de l'administration, et ne fut publié qu'après les guerres par une voie inconnue, au moment où la Prusse prenait un nouvel essor. Il lit une profonde impression sur les Allemands, qui lirent dans le Testantenl politique de M. de Stein l'expression formelle de la base sur laquelle devait se fonder leur futiu-e organisation.

Ce testament politique est daté du 24 novembre 1808. Il se trouve en entier dans la Vie de AI. de Stein, par Pkrtz, II" vol., p. 308.

que nous prîmes congé de ce digne homme qui fui toujours poumons un amibien fidèle. Le 27, le Roi, la Reine, le piiuce Guillaume et mou frère Auguste j)aitirent pour la Russie.

Le 3 janvier naquit mou fils Boguslaw et j'étais déjà à peu près remise, quand le Roi et la Reine revinrent de Saint-Pétersbourg.

lis étaient très satisfaits de leur voyage. On les avait reçus avec tout l'empressement et les attentions possibles. Il me parut, cependant, que les illusions de la Reine sur les avantages politiques qu'amènerait ce voyage avaient diminué et qu'elle revenait avec moins de confiance dans son avenir qu'elle n'en avait eu en partant.

Mon petit garçon fut baptisé, après le retour du Roi, par le prince Holienzollern, évêque de Warmia (1). Il reçut le nom de Boguslaw, d'après un de ses ancêtres, gouverneur de Kœnigsberg, dont la fille épousa le second fils du Grand Électeur. Son tom])eau avait été récemment découvert dans la cathédrale de Kœnigsberg, au Kneiphof(2).

Ce fut dans l'été de 1808 qu'on annonça au Roi qu'un vieux maçon, à son lit de mort, avait déclaré avoir, tout enfant, aidé son père à enfouir un trésor au Kueiphof. Il détailla le chemin qu'il avait pris et le caveau (ju'on avait muré. Le Roi en permit la recherche. Tout se liouva comuic le maçon l'avait indiqué; mais le trésor

(1) Il devint év("'(|ii(' d'^h-meland en 181<S.

(2) Kneipliof est un des trois anciens fiuihonrgs de Kœnijjs!)ery, fondé en i;i27. Le dôme y fut transfi'-ri' en I;};i2.

n'y ('(ail pas. On (Iccouvrit dans le caveau iniii-é les cercueils (lu niarjjrave Albert et de ses deux ieninies et celui du prince Boguslaw Radziwilt avec la sienne.

Le Margrave était le dernier Grand Maître des Chevaliers régnants en Prusse. Il devint luthérien du temps de la Réformalion.

On continua durant j)lusieurs jours les recherches au Kneiphof et on parvint, en enfonçant un mur, au chemin souterrain sous le Pregel (1), lorscpi'ou vit tomber une quantité de sacs remplis d'argent. En examinant leur contenu on découvrit que c'étaient des monnaies récemment frappées et provenant de la caisse de l'Université qu'on avait dépouillée.

On s'amusa beaucoup de l'aventure. J'allai avec la Reine au lvneij)hof voir les fouilles, et comme j'étais grosse, il fut décidé que si j'avais un fds, il s'appellerait Boguslaw, et que le premier fils de la Reine s'appellerait Albert; ce qui eut lieu huit mois après.

La guerre éclata alors entre la France et l'Autriche; les batailles de Ratisbonne et celle de Wagram se suivirent de près (2). M. de Sleigentesch, envoyé par l'Empereur d'Autriche, était venu, peu de temps avant, pour engager le Roi à se joindre à ce souverain pour combattre l'ennemi connnun. M. de Sleigentesch, homme d'esprit, auteur dramatique, jugeait très mal le carac-

(1) Pregel est un petit fleuve en Prusse orientiile.

(2) Du 19 au 24 airil I80i). liatisbonnc (ut le centre (l'opéralinn.s militaires importantes. Dans un Oe ces déuièlés straté;ji(|ues, Xapoléon fut contusionné par une l)alle au pied; la balaille de U'ajfram (ut livrée contre rarcliiduc Cliarles le (i juillet de la même aiiru'C.

1ère du Roi. Il crut lui vn imposer et manqua sa mission.

Ce l'ut un [)cu [)liis lard qu'arriva, du pfiys de Darnistadt, une femme qui venait réclamer la protection du Roi pour un procès qui allait se juger à Kœnigsbcrg. La comtesse Taucntzien, dame d'honneur de la Reine, lui raconta que la femme en question était fameuse à Francfort-sur-le- Mein pour dire la bonne aventure et persuada la Reine de la faire venir.

La Reine la fit appeler chez Mlle de Tauentzien, en présence de son frère, le duc de Strelitz, et du Ministre d'Etat, M. G. de Humboldt. Elle imposa comme condition qu'il ne serait question ni de la mort du Roi, ni de la sicune, ni de celle de ses enfants.

La Rein(! demanda : « Reviendrons-nous avant la fin de l'année à Berlin? » La femme arranj^ea ses cartes et répondit : « Oui, sans aucun doule. « En effet, nous y fûmes la V(!ille de Noël. La Reine demanda encore : « Resteronsnous à Berlin? ou srrons-nous forcés de le quitter? » Elle répondit : « Votre Majesté ne restera pas très longtemps (( Berlin; mais elle y retournera après une courte absence et ne quittera plus jamais le pays. « La dernière question de la Reine fut : « Quel sera le sort de Napoléon? Serat-iltoujours victorieux? ■>■> Elle répondit : « Les années 10 et 1 1 seront encore très dijjieiles pour la Prusse, mais l'année liSI2, l'étoile de iVapo/éon pâlira et la Prusse acepicrra un degré de gloire qu'elle n'avait Jamais encore atteint. 5)

Combien plus tard ces prophéties nous parurent iiu|)orlantes! La Reine revint, en effet, à Berlin, repartit ensuite

pour ;ill(M- voir son |)('rc à Strelitz et n'en revint que moric ; et Tannée 1812 confirma toutes les prédictions de cette femme.

AI. Guillaume de Huniboldt était de noire société habituelle. II était très aiuié du Roi et de la Reine. Il fut, avec le comte de Gneisenau, une consolation pour nous, depuis le départ de M. de Stein. Ils devinrent des amis sincères et fidèles dont le constant intérêt a embelli nui vie et pouvait nous enorgueillir.

La Reine était presque toujours souffrante. Elle prenait chaque soir un accès de fièvre, qui résistait à tous les remèdes, et après l'affligeante nouvelle de l'annistice entre l'Autriche et la France avec ses tristes suites (I), elle prit une crampe de jjoitrine, dont Hufeland fut très effiayé.

Le 3 août, fête du Roi, la Reine, se sentant mieux, décida de faire une promenade vers le château de Aledeuau, où je me rendis aussi. Il plut sans discontinuer; un orage survint, la Reine fut reprise de fièvre et on revint inmiédiatement en ville.

La Reine rentra si agitée, si souffrante qu'elle renonça à aller finir sa soirée chez le Prince Royal.

A la même date, un an après, le Roi me dit que, pendant cette orageuse soirée qu'il termina en tète à tète avec la Reine, l'appréhension de son triste avenir s'empara ce jour-là de son à me.

Notre relour à lîerliu aurait pu s'enèchuM', puis(|ii(' la

(1) La Italaille de Zuaim, gagncWi par Afarmont sur l'arrliidiic Ciiarlcs lo 11 juilli'l 1809, amcua l'armistice de ce nom, qui fut pour les Aulricliietis le pri'lude de la désastreuse paix de \ ienne.

304 CHAPITRE Xll

garnison française avait quitté la vilie, mais le Roi préféra que la Reine fit ses couches à Kœnigsberf]. Elle eut très heureusement un fils, qui s'appela All)ert, comme il en avait été convenu.

Aussitôt que la Reine fut létablie, le départ de la Cour pour Berlin fut décidé et la caravane se mit en mouvement dès les premiers jours de décembre. Ce n'est pas sans émotion que je quittai Kœnigsberg, oii j'avais passé des années si importantes de ma vie, perdu ma fille cbérie, reçu des marques si touchantes d'attachement, où tant d'épreuves avaient été notre partage, mais où, aussi, des consolations nous avaient été réservées. Combien j'ai souvent béni ces temps d'infortune envoyés par Dieu, puisque ce sont eux qui ont ramené mon cœur à lui.

Nous j)artimes le 11 décembre; la saison avait rendu les chemins presque inq^raticables. Le second jour, nos voilures furent, vers le soir, embourbées dans un ravin et aucun moyen ne parvint à les en tirer avant le lendemain malin. Nous arrivâmes vingt-qualre heures plus tard que nous n'y étions attendus au beau château de Finkenstein, appartenant au comte et à la comtesse de Dolma.

Tous deux étaient des personnes très respectables. Pendant que le Roi était à Memel, beaucoup de serviteurs trouvèrent plus prudent de retourner dans leurs foyers; ce digne iionnne se rendit auprès du Roi, lui demauda de l'auloriser avec sa femme à l'accompagner, s'il élail forcé de quilU'r son royaume. De plus, il lui offrit 20000 thaler [)(»ur lever des escadrous, (|uoi(|ue (l('])uis la bataille d'Eylau ses deux chàleaux aicul de oecuj)és |);ir le (juarlier général

de Napoléon et par celui d'un de ses généraux en chef.

Je demeurais dans la chambre où Napoléon avait couché. On voyait encore les arrangements laits pour loger Roustan (1) et Mme Walewska, qui le suivit à l'île d'Elbe, et après sa mort épousa le général Ornano.

Nous arrivtàmes le 22 décembre à Berlin. J'avais couché la dernière nuit à Freienualde, oii Royer et Pauline Néale vinrent à ma rencontre. Tons deux me préparèrent à une réception très froide de la part de ma mère, qui prétendait que j'aurais pn revenir plus tôt à Beilin. La tendresse de mon excellent père, ses caresses pour mes quatre enfants furent ma consolation.

La rentrée dans notre maison sans notre Loulou, la visite de son tombeau à côté de celui d'Hélène, an jardin, furent des moments bien douloureux!

Le 2i décembre, nous allâmes au palais du Roi, y attendre son arrivée et celle de la Reine. Le vieux duc de Strelitz reçut sa fille à la descente de sa voiture et l'émotion fut générale en voyant l'amour, ainsi que le profond attendrissement avec lequel la Reine embrassa les genoux de son père.

Lorsque toute la famille fut réiniie, je me sentis profondément troidjjée [)ar le souvenir de mon IVère Louis qui, seul, man<|uail au milieu de nous tous.

Le Roi et la Reini' dînèicnt ce joui-là chez mon père. Encore à Komigsberg, il m'avait chargée de le leur proposer. Toute la Cour, les Généraux et Ministres s'y ti'ouvèi'cnt.

(1) Maïueliik de Napoléon l'^"'.

Première réception à la Cour après lo retour à Berlin. — Hardenberg chancelier. — La reine Louise part pour Strelitz. — Mort préinatni'ée de la Reine. — Transport et obsèques des restes du prince Louis- Ferdinand au Dôme de lierlin.

Le jour de l'An, il y eiil une jjrande Cour au Château. C'était une pénible soirée. Il était douloureux d'y revoir des personnes qui, dans ces temps d'épreuves, avaient eu une conduite équivoque et ce fut un moment difficile pour le Roi et la Reine. Celle-ci portait à cette Cour une simple robe en velours violet, sans broderies et sans diamants, et, j)our tout ornement, seilemcnt les poires de perles de la Couronne. Je ne l'ai jamais vue plus belle. Elle surmonta bientôt l'émotion qui s'était emparée d'elle en entrant dans cette salle des Chevaliers, oii tous les re^jards se fixèrent sur elle.

Le 18 janvier, anniversaire du couronnement de Frédéric I", le Roi institua la fête de la disiribulion des Ordres. Celle nouvelle institution, qu'oti regardait comme une imitation des fêtes de ce genre à Saint-Pétersbourg, déplut beaucoii|). En général, on ne pouvait se dissimuler qu'un esprit de critique s'était emparé des Berlinois. Ce premier hiver à Berlin fut forl triste. J'eus cependant

le plaisir de voir mon père s'amuser de mes enfants et même ma mère prendre de l'intérêt pour Elisa, qui sut gagner son cœur. Louis et Blanche me furent rendus, d'après les intentions de mon frère. Ils étaient depuis trois ans chez M. et Mme Alolière. Ala mère, mécontente de leur éducation, décida, peu avant mon retour, de me les confier, comme mon frère l'avait demandé dans son testament.

C'était une grande consolation pour moi de pouvoir rciuplir sa volonté; mais ce ne fut pas une tache facile. Je fis, en conscience, ce que je crus utile pour ces pauvres enfants. J'avais encore peu d'expérience et je puis m'ètrc trompée dans les soins que je leur ai donnés; mais je n'ai pas péché par manque de bonne volonté, et la tendresse de ces bons petits m'a l)ien dédommagée des sacrifices que j'ai pu faire pour eux.

Malade, je ne pus paraître le 10 mars à la fête de la Reine. Elle vint me voir le lendemain et me parla avec émotion de la manière dont le Roi avait célébré son anniversaire. Sans l'en prévenir, il avait fait annoncer la Cour, dans la salle blanche du Château (qui ne s'ouvrait que pour les fêtes des noces de la famille royale). La Reine fut péniblement saisie en y entrant et se dit : « Dan ist das Ende meiner irdisclien Grœsse (1)! ■>■> Elle n'y rentra plus.

La princesse Louise, fille de la Reine, tomba malade d'une fluxion de poitrine qui l'inquiéta beaucoup ; la Reine fut pourtant obligée d'accompagner le Roi à Potsdam, oii, comme anciennement, il voulut s'établir vers Pâques. La

(1) De l'allemand : « Voici la fin de ma grandeur terrestre ! »

308 CHAPITRE XllI

Reine vint tous les jours voir l'enfant; mais ces courses la fatiguèrent beaucoup et elle-même tomiia malade. Je la trouvai, un matin, bien souffrante dans son lit. Elle toussait et était oppressée. C'éUiit un retour de celte crampe de poitrine qu'elle avait c^ie en Prusse.

Cependant la Reine s'en remit el le Roi prolongea son séjour à Polsdam. La Reine me proposa de venir passer huit jours avec elle. Je m'y rendis le 1" juin. C'est la seule fois que j'ai babité sous le même toit qu'elle. Un matin, la Reine me fit dire de ne ])as venir à l'heure accoutumée, qu'elle me ferait appeler. J'altendis jusqu'à une heure j)0ur le dîner de Sans-Souci. Je trouvai dans l'anliclKunbre de la Reine le comte de Hardenbcrg : il s'approcha de moi et me dit, non sans une certaine émotion, qu'avec le consentement de Napoléon, le Roi venait de le rétablir dans ses anciennes fonctions.

La Reine était très heureuse de voir ses vœux s'accomplir el le Roi de nouveau secondé par un homme dans les conseils duquel elle mettait tant de confiance. La Reine me conta que la nomination du comte de Hardenberg amènerait celle de M. de Humboldt comme minisire des r\ffîiires étrangères, en remj)lacement du comte de Goltz. Le duc de Strelitz, IVere de la Reine, avait beaucoup de pari dans ce choix. AL de Humboldt élail un homme d'un esprit très éminenl; le Roi el la Heine en faisaicul un si grand cas qu'ils ne doutaient |)as (juc le comte de Hardenberg ne partageât leur opinion.

La Reine lut chargée (hi soin de l'en prévenir, puisque le Roi voulait le jour même tout décider avec le comte de

Hardenborg. Celui-ci j)aL-iil au dîuer de Sans-Souci et sa nomination comme Ciiancelier d'Ktat, avec des pouvoirs très étendus, fut déclarée tout de suite.

Je restai l'après-dlner auprès de la Heine dans les chambres de Frédéric II. Le Roi vinl nous y rejoindre, après un eniretien probnij^é (pi'il (uil avec le comte de Hai'denberg. Il ne me parut pas satisfait et dit à la Pieine : « VoNs voifs élrs trompée, en croyant le ChancrUcr d'Klal disposé à donner le département des AjJ'aires étrangères à M. de Huniboldf. Il m'a fait beaucoup de dUJicultés. Il trouve que le comte de Gollz, sans être un homme de génie, n'a rien fait j)0iir perdre sa place. •>■>

La Reine ("ut très surprise etdésapj)ointée. Elle répéta au Roi ce que le Chancelier lui avait dit à ce sujet avant le (hner. Le Roi ])ensa que la surdité du Chancelier d'Etat pouvait avoir amené ce malentendu. La Reine en jugea aulremcnt, et je fus persuadée que le comte de Hardenlicrg ne s'était pas entièrement ouvert avec elle et qu'il craignait l'intluence d'un homme de tant d'esprit, pour lequel les Majestés avaient autant de prédilection, et la Reine eut la conviction de s'être fait illusion sur la déférence du Chancelier à ses opinions.

Le comte de (ioltz conserva sa place, M. de Humboldt n'obtint pas celle qu'on lui avait déjà annoncée et l'on ne larda pas à s'apercevoir que le comle de Hardenberg, très jaloux de son pouvoir, ne travaillait qu'à l'augmenter. On désapprouva beaucoup que, sous prétexte d'alléger au Roi le poids des affaires, il cherchât à l'y soustraire et à lui éviter de s'en occuper comme il l'avait fait jusqu'ici.

310 CHAPITRE XIll

Le 13 juin, fête de mon mari, la Reine m'écrivit pour le féliciter. Elle m'apprenait qu'enfin le Roi avait fixé son départ pour Cliarlottenbourg, séjour qu'elle aimait de préférence, et qu'ils allaient tous deux faire visite à son père, le grand-duc de Mecklembourg-Strelitz.

Ils y arrivèrent le IG juin et le I 7, j'allai déjeuner chez la Reine. Nous y attendions l'arrivée de AI. Ancillon, auquel ce jour-là la Reine remettait le Prince Royal. Le Roi venait de nommer Ancillon son instituteur. Je crois que Mme de IJerg avait été consultée et que la Reine s'y décida, lorsqu'elle apj)rit que l'Impératrice mère de Russie avait fait faire des offres très avantageuses à Ancillon pour venir à Saint-Pétersbourg guider l'instruction des deux plus jeunes Grands-Ducs. Ancillon refusa et le Roi le nomma alors pour diriger celle du Prince Royal.

La Reine me parla longuement du jeune Prince avec autant de tendresse que de sollicitude. Elle n'était pas sans inquiétude sur l'avenir de son fils, dont elle craignait la vivacité et la violence de caractère vis-à-vis de la volonté prononcée du Roi, ainsi que la difficulté qu'elle aurait de les concilier. M. Ancillon arriva et je la quittai.

Depuis, j'ai souvent pensé (même avec attendrissement) ;i la joie que la Reine aurait éprouvée, si elle avait vu la touchante union qui s'étai)lit |)cu à peu entre le Roi et le Prince Ro^al, leurs heureux raj)ports et combien ses vœux furent remplis.

La veille de son départ j)our Slrelitz, il y eut grand diner à Cliarlottenbourg, auquel nous fûmes invités. La Reine était gaie et heureuse comme autrefois. Le Roi, la

1810-1811 3tl

voyant si contente, lui dit : « Tu oublies que c'est demain lundi et que c'est contre tes principes de voyager un lundi. » Elle rit et dit : « Oli! rien ne porte malheur quand on va revoir son père! •>•>

On servit le thé dans la galerie du rez-de-cliaussce. C'est là que nous avons pris congé de cette Reine si belle, si digne des regrets constants qu'on donna à sa mémoire.

Un refroidissement, pris la veille de son départ de Charlottenbourg, et un autre à Strelitz amenèrent la maladie qui nous a ravi la Reine. Le Roi revint au bout de deux jours à Cliarlottenbourg, où il fut pris de la fièvre tierce; bientôt les nouvelles de Strelitz devinrent alarmantes. Mme de Berg s'y rendit, elle n'était nullement rassurée ; le J7 au soir, une lettre me donna un peu plus d'espoir, mais en allant le lendemain à Charlottenbourg, j'appris que le Roi venait de partir; ses deux fils aînés et les sœurs du Roi Tavaient suivi. Je passai une journée et une nuit de pénible attente; à sept heures du matin, le 20, la nouvelle du malheur si redouté nous parvint (1).

Dans le courant de cette même journée, le Roi revint. Je le revis le lendemain. Sa douleur était déchirante. Il permettait qu'on lui en parlât. Il s'étendait sur ces cruels détails, il racontait sa triste arrivée à Hohenzieritz, et les derniers poignants moments. Jamais deuil n'a été plus vivement senti! Jamais Reine n'a été plus regrettée!

L'arrivée à Berlin de son cercueil (qui fut d'abord déposé au Château dans la salle du Trône) et son enterre-

(1) La reine Louise mourut le 19 juiMct 1810 à Ffolicnzieritz, où clic habitait pendant sa maladie.

ment au Dôme, où il resta jusqu'à ce que le tombeau de Charlottcnbour'i fut en état de le recevoir, furent des circonslances vivement senties et parlagées par toutes les classes de la société. Une même douleur l'emplissait tous les cœurs.

l/ingt-cin(j années se sont écoulées depuis, et toujours les mêmes regrets sont donnés à la mémoire de cet ange de bonté! .l\Mais forl souffranle (ont l'hiver cl au mois de juillet, je mis au monde mou fds Whulyslaw, qui fil dixneuf ans mon bonheur.

Quelques mois avant, on transporta le cercueil de mon frère Louis (resté h l'église de Saalfeld depuis le malheureux combat du 1 0 octobre 1 80G) au caveau du Dôme à Berlin. Mon mari désira qu'on me laissât ignorer cet enterrement.

Ce fut dans la nuit du 2\ au 22 mars, entre onze heures et minuit, sans pompe cl sans les cérémonies d'usage, que se fil ce dernier liansporl.

Le cercueil était arrivé la veille à Bellevue; les Princes de la maison, les Princes étrangers se trouvant alors à IJeilin allèrent avec mon frère Auguste, mon mari, mes deux fils aînés et tous les officiers attachés à son souvenir le recevoir à la porte de Brandebourg. Une escorte de cavalerie était allée le chercher à Bellevue et l'accompagna au Dôme. On évitait tout ce qui ])ouvait agiter les esprits, car l'opinion publique commenrail à se prononcer assez baulement contre les Français.

C'est pourquoi l'enterrement de Louis eut lieu sans les cérémonies dues à sa naissance et à son rang militaire.

Le 10 octobre, cinquième anniversaire de la mort de ce Irèie chéri, je fus pour la pieinière lois au caveau du DÔMie, j)r('s de son cercueil, placé à côlé de celui de mon bon l'rère Henri.

Mon Irère Ati;>iisle partit aloi's pour la Suisse. On disail (jiTil allait à (î<»ppel chez Muie de Slai'i, p(uir ^ rencoulrer Aline Récainier dont il était fort épris... Ala uiére lut 1res ajjitée (\v ( e voyage.

Vers la tin de l'automne, mes parents allèrent occnpei- la nouvelle maison qu'ils avaient achetée et fait an-anj^er (1). Ce ne fut pas sans une vive peine que je les vis quitter ce Palais de l'Ordre, où j'étais née, oii nous avions passé notre enfance et notre jeunesse. Mais ma mère n'était j)as attachée à ces souvenirs; elle était impatiente de s'établir dans sa nouvelle habilation, qui n'était achevée qu'en partie et dont mon père ne termina point le ;>rand appartement.

(1) Comme (innid Miiîlre de l'Oidrc, le jM-iiico Fcrdiniiiid do Prusse avait loiijours liahitc à Bcrliti le l'tddis Saiiil-Jenii, situé siii- le VVillicImsplalz. Prévoyant qu'aprcs lui, la Princesse, sa lenirae, ne pourrait |)as y rester, le Prinee aelieta en ISll une ;jrande demeure, U^illielmstrasse, ()"), où la Princesse habita comme veuve, juscpi'à sa mort en 1<S20. Le prince Au;;usle en (nt riiérifier et après lui 1(! palais devint le Ministère de la Juslice j)our la Pi'usse.

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