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rables aux proposilions dont il était porteur. liC quartier général de Napoléon se trouvait à Dresde et le Roi avait quitté Prague pour se rendre près de lui. On disait que le danger s'éloignait pour Berlin, les années françaises se portant à la poursuite des nôtres, en Silésie.
4 juin. — Nous ignorions encore les suites de la bataille livrée entre le lî) et le 20. La victoire était en notre laveur, mais Napoléon avançant le 21 avec une année très supérieure en forces, nos armées firent leur retraite sur la Silésie. Hier, nous avons su par estafette la nouvelle de la bataille de Hautzen, où le général Duroc a été tué. A Haynau, il y a eu un combat brillant entre notre cavalerie de réserve et la division du général Maison. Notre armée s'est retirée le 30 jusqu'aux environs de Scluveidnitz. On dit Napoléon à Liegnitz, concentrant sa formidable armée. Le blocus de Glogau levé menace de nouveau l'Oder et nous forcera peut-être à quitter Francfort.
Le général de Biilow m'envoya le I" juin une estafette pour me prier d'aller en Poméranie, le général croyant que les Français tenteraient de s'emparer de Ciistrin el de faire une entreprise sur Stettin ; mais je ne quitterai Francfort qu'à la dernière extrémité.
Depuis avant-bier, 2 juin, je suis rassurée et je ne quitterai Francfort que pour retourner à Berlin.
Mon mari m'écrit qu'il a d'abord été au quartier général de (joldberg. Il y a trouvé l'empereur Alexandre attendant la décision de TAutriclie, avant de prendre un parti sur le sort de la Pologne.
7 juin. — Hanibour;] vient (Vélre occupé par les troupes françaises et danoises. Le comte Scliouvaloflet le duc de Vicence ont conclu un aniiistico de six semaines, dont j'ignore encore les conditions. Des commissaires russes et prussiens traversent Fianclort dans tous les sens pour porter Tordre de suspendre les hostilités.
9 juin. — Les conditions sur lesquelles se base l'annistice nous sont connues. Napoléon qui Ta demandé, tire un cordon avec ses troupes depuis la Lusace, les bords de roder, de Crossen, Olilau, jusqu'à la frontière de la Bohème. Le pays entre Breslau et Hirsclibei'ij est territoire neutre. Par contre, nous évacuons la Saxe, toutes les villes au delà de FEIbe et rentrons dans nos Irontières. Les lorteresses seront approvisionnées de cinq en cinq jours à nos frais.
On dit que c'est l'Autriche qui a conseillé l'armistice pour achever des ])ré|)araiils nécessaires avant la reprise des hostilités.
C'est fort affligeant et je ne doute plus que Napoléon ne retrouve bientôt jiar une paix, onéreuse pour nous, ce qu'il a perdu par cette guerre si injustement entreprise. Retourner sous ses auspices à Berlin me paraît bien douloureux.
Ma mère est heureuse du retour d'Auguste.
(1813) {Suite).
Retour de la princesse Louise à Berlin et de celui du prince Antoine. — Ses inquiétudes au sujet de la l'olo'jne. — Arrivée du Prince Hoyal de Suède à Berlin. — Reprise des hostilités. — Défense des alliés contre Xapoléou et ses généraux. — La princesse Louise recueille des blessés polonais dans son palais. — Leipzig. — La famille royale de Saxe prisonnière transportée eu Prusse. — Retraite des Français sur le Rhin. — Mort du prince Dominique Radziuilt, blessé à la bataille de Hanau.
Berlin, 13 juin. — Xoiis voici ti-islement revenus à Berlin. L'empereur (r.AuUiciu' est à Gitschin avec le conile Melternicli. Barclay de Tolly est tiésigné pour être le commandant en chef de rarmée russe.
Mon mari est entré dans le salon, sans que nous l'attendions. 11 suffit de sa présence pour ranimer notre existence. Tout prend un aspect riant, (piand il est au milieu de nous. Sa gaieté, son aimalile caractère, sa tendresse pour les siens, le plaisir (|u'il éprouve toujours à se retrouver dans son intérieur ramènent le bonlieur dans notre maison.
Le sort encore indécis de la Pologne attriste beaucoup mon mari. Le Roi et le Chancelier d'Llat sont inquiets de ne pouvoir se piononcer sur son sort; mais rem|)ereur Alexandre ne veut pas encore prendre de |)arli décisif.
Le comte de Hardenberg conseille à mon mari d'al-
tondre ici, jusqu'à ce ([ue le Roi disj)Ose de lui et le cliar<}e des commissions qu'il lui destine.
11 juillet. — Mon mari est ()arti le 7 pour le Quaitier général. Avec quel cliagrin je me suis séparée de lui! L'avenir me |)araît si soudure et si triste!
La reprise des hostilités parait hors de doute.
10 juillet. — Le Hoi est arrivé. II donna un grand dîner à Charlottenhourg. J'y lus ordonnée; j'étais assise à côté de lui. Il me |)arla avec son ancienne honte des événements (kl moment et raconta des détails intéressants du Prince Royal de Suède.
24 juillet. — Ce matin, le Roi est parti j)Our le Ouartier général, et hier soir le Piince Royal de Suède était ici. Le peu|)le en foule s'est porté à sa renconti'e; les escaliers du Château étaient encomhrés de moiule. Les Princes furent au Château pour le recevoir. Depuis si longtemps, on n'avait pas reçu à Herlin l'héritier d'un trône qu'on était indécis s'il fallait le recevoir en haut ou en has de l'escalier. Je crois cependant qu'on se décida |)our le haut.
Le matin, le Prince fit une tournée de visites chez les Princes et Princesses de la famille royale. On m'avait dit qu'il ra|)pelait heaucoup mou mari; |)Iusieins |)ersonnes en avaient été frapj)ées. J'ai trouvé (ju'eu ellét il y a des rapports. Leurs profils se ressemhlenl. Le Prince Royal a l'air beaucoup plus âgé qu'Antoine, il n'a |)as sa noble tournure, ses yeux sont plus ardents et ses cheveux plus
noirs et il est loin d'être aussi bien que mon mari. Il parle beaucoup et bien, mais avec un accent très gascon. Son attaciiement pour la France et sa liaine contre Napoléon se prononcent dans tout ce (pril dit. Toutefois, son inimitié me paraissait trahir plutôt son mécontentement de ne pas être à sa place, que la lassitude du joug que Napoléon faisait peser sur le reste de l'Europe.
27 juillet. — On donna à l'Opéra la Vestale pour le Prince Royal. La salle était comble, on le reçut avec de grandes acclamations. J'étais assise à côté de lui. Pendant la représentation, dont il s'occupait peu, il causait tout le temps. C'était toujours de Napoléon dont il parlait de préférence. Il disait de lui « qu'il était très rarement entraîné, jamais passionné et toujours très ealeulé dans tout ce qu'il (lisait, pour en imposer à ceux qu'il avait à cœur de subjuguer. •' 11 ajouta : " Xapoléou est bourru et grossier; il n'est emporté et fougueux que quand il croit nécessaire de l'être. ■>■>
11 me conta des détails curieux de l'intérieur de famille de Napoléon, du respect qu'il exigeait de tous les Bonaparte, même de sa mère. Tous se levaient au moment oîi il entrait dans le cabinet où ils étaient réunis pour l'attendre, et il ajouta : ^^J'ai été témoin plus d'une fois, qu'en commençant par sa mère, il lui tendait la main pour la baiser et qu'elle la baisait. Encore cela ne lui arrivait-il que les jours oii il était content d'elle. 5>
Le Prince Royal parla avec certitude de l'espoir d'éloigner Napoléon de France, de l'extrême lassitude de tous
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les i>ai1is, du méfonlculciiiciil qui se prononçait «généralement partout, et dit : «JV/z rcrois des rapports très exacts; mais cela me coiile beaucoup. » J'étais curieuse de le faire s'expliquer davantage et je lui dis : c Mais, Monseigneur, qui sera désiré par les Français? Sans doute ce seront les Bourbons qu'on rappellera? — Mon, Madame, répondit-il avec vivacité, jamais, c'est un Roi militaire qu'il faut à la France! y> Il le dit même d'un ton qui prouvait qu'il n'y avait que ////qui |)uisse remplacer Napoléon,
Il y eut, au Parc, une revue des troupes qui passèrent devant le Prince Royal de Suède et devant une alïluence énorme de spectateurs.
Le :2(), ma mère donna un grand dîner au Prince Royal àBellevue; les salons de sa maison en ville étaient trop petits ])our y réunir autant de monde et une suite aussi nombreuse que celle du Prince Royal,
Depuis la perte de mon père, c'était la première fois que je nie retrouvais à IJellevue. Ce fut un pénible moment pour moi. Pendant le dîner, la conversation très animée du Prince Royal m'intéressa. Ma mère avait l'air fatigué pour la première fois, je fus frappée de la trouver éprouvée.
10 août. — L'arrivée du général Moreau, qui passe par Berlin pour aller offrir ses services à l'empereur Alexandre, fait grande sensation ici. Beaucoup de ])eupleest assemblé devant l'auberge où il est descendu et le reçoit avec acclamation quand il paraît.
Xous étions aujourd'liui à Friedricbsfelde. Nous rencon-
trames en chemin Clausewitz allant rejoindre le corps d'armée du «{énéral Walmoden. Mon mari croit la reprise des hostilités très prochaine; Guillaume va donc nous quitter. Royer est décidé à l'accompagner. Ils rejoindront le quartier yénéral du général de Biilow, qui m'a offert de les attacher à sa suite.
12 août. — Le prince Guillaume a reçu une estafette pour lui dire que les hostilités commenceront sûrement le 10. Le Prince et mon frère Auguste se sont donc décides à partir ce matin.
Il me semble j)ourtant que cette nouvelle n'est |)as encore tout à fait sûre, \u que, le 5, un courrier anglais a passé par Berlin, portant au quartier général et à Prague celle que / hir/leterre acreplaif la nirdialion de rAulriclw poii?^ /es pî'éliminaires de la paix, cette médiation avait été primitivement refusée; mais après la bataille àc littoria et les victoires de lord Wellington qui ont amené la prise de possession de l'Espagne, on croit qu'elle sera acceptée.
On prétend que la hase de cette paix serait la libération de l'Allemagne jusqu'au Rbin; la Hollande deviendrait \\n pays indépendant, la cession de la Norvège à la Suède serait aussi proposée; mais j'ignore s'il sera question de l'Italie et de la Pologne. L'Angleterre rendra le Portugal, l'Espagne et la Sicile à leurs maitirs légitiiues, ainsi que toutes les îles. Elle ne gardciail (|ue ses conquêtes au Cap et sur le continent.
Ces propositions semblent amener une ()ai\ duiable. Il est peu piobable que Xapoléon les refuse et prélère une
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î^uorre, dont l'issue est incertaine, à l'espoir de rendre à la France, par cette paix, ses colonies et son commerce.
Les Anglais ici me paraissent avoir peu de confiance dans le Prince Royal de Suède. Ils croient bien à sa haine contre Napoléon, mais ils pensent qu'il l'attaquerait seulement dans le cas oii l'on pourrait séparer son sort de celui de la France. Ils croient aussi que, de concert avec Moreau, il travaille à la chute de Napoléon et qu'ils ont des moyens de mener cette œuvre à bonne fin.
Tous les Anglais et beaucoup de Suédois voient dans M. de Camps, ami personnel et ancien compagnon d'armes du Prince Royal de Suède, un homme très dangereux; l'expression de son visage n'est vraiment pas bonne; il y a quelque chose de repoussant dans son regard, mais il m'a plu par la franchise avec laquelle il m'a parlé de son attachement à sa patrie, et surtout par l'émotion qu'il a montrée en parlant du Béarn et de sa ville natale. Il me semble si naturel qu'il l'aime et ce n'est pas d'un traître d'en parler si rranchement.
On prétend qu'à Slralsund, dans un petit cercle où l'on avait un peu bu, il aurait dit, en parlant de la guerre prochaine : i.^ Ma Joi, j'eapère que la guerre ne ne fera pas, car je ne serai pas assez fou pour me battre contre mes compatriotes. »
La belle actrice, Mlle Georg(>s, a passé l'hiver à Stockliolm ; le Prince Royal l'a envoyée sous escorte au général Vandamme, ainsi que tout le théâtre français venu à Slralsund. Ce fait a excité les soupçons des Anglais. Il me semble pourtant que ce n'était (pi'un moyen de comniii-
niquer avec les ennemis de Napoléon et d'influer sur ce qui se fait en France. Le Prince Royal paraît préférer ce genre d'action à une guerre dans laquelle périraient tant d'innocents.
A l'instant, je reçois une lettre de mon mari datée du 9. 11 me dit qu'il n'y a encore rien de décidé, soit pour la paix, soit pour la guerre. Le Chancelier lui a conseillé d'attendre la décision, qui sera sûrement prise dans quatre ou cinq jours.
13 août. — J'ai reçu aujourd'hui une autre lettre de mon mari du 8 (écrite un jour plus tôt que celle d'hier), avec la description des fêtes qu'on donne à Landeck.
En ce moment, il se propage une rumeur en ville, que les Français auraient occupé suhitement Brcslau le 10. Si la nouvelle est vraie, la guerre me semblerait décidée et le grand moment approche.
16 août. — J'ai une lettre de mon mari (hi 11 . Il dit qu'on attendait d'un moment à l'autre des courriers de Dresde et de Prague avec des réponses définitives.
Dans la soirée, Antoine est arrivé lui-même et la tristesse a suivi de j)rès le ])laisir, car il ap|)ortait la certitude de la continuation de la guérie. \a])oléon n'avait donné aucune réj)Ouse; les anibassadeurs français prétendaient n'avoir reçu aiuun ordre. On leur j)roposa donc d'attendre Jusqu'au 10, à niiuuit. Si, à cette heure-là, on n'avait rien fait savoir, ou regarderait ce sileuce couime uue déclaration de guerre. La i-éponse n-' v'ut p:is el Von doiuia (mis
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les ordres pour commencer le 17, an malin, les lioslililés. On vonlnt donner encore à rEmpereur le temps de la réflexion.
Mon mari attendit douze heures, jiiais erai'jnani d'être coupé de Berlin, il partit le 12 au soir, en nnhnc temps que l'empereur de Russie pour Prague et que le Roi pour Landeck. Il m'a encore raconté qu'au jour de naissance du Roi (3 août) à Landeck et les jours suivants, on s'y était fort amusé; les bals et les plaisirs se succédaient!... Il est peut-être bon de se distraire, mais en face d'un avenir si sérieux, cette légèreté me fit une pénible impression. Comme Napoléon doit se sentir encore fort et puissant, s'il a cru pouvoir refuser une paix si avantageuse !
17 août. — Mon mari, étant riioins contraire au départ de Guillaume, s'est décidé sur son sort. Antoine en a écrit au Roi ce matin. J'avais cru que le moment de cette décision me serait très douloureux, mais, Dieu merci, je me sens tranquille. Le chagrin de la séparation va probablement suivre.
18 acùt. — Hier au soir, on a déjà amené le premier convoi de prisonniers. Dans la journée des rumeurs se répandirent : Napoléon serait à Wiltenberg et ()0 000 Français en marche sur Berlin occuperaient déjà Barnth. Cela semblait probable, mais on nous tranquillise ce soir. Aujourd'hui, an camp suédois, que nous avons visité, on nous a dit que le cheT d'état-niajor du maréchal Ney, le
général Jomini, avait passé cliez Bliicher. Il y aurait apporté des cartes et des plans ( I ) .
21 août. — Hier au soir, nous nous rendîmes à Sj)audau pour visiter le camp russe. Les troupes étaient déjà parties et nous n'avons pu que constater les dégâts faits dans cette pauvre ville et les bastions détruits par des explosions de poudre. De là, nous allâmes dans le cauip suédois. Nos voitures furent reçues avec un grand entliousiasme. A huit lieures, au coucher du soleil, les Suédois firent la prière du soir en commun. Il nous sembla que c'était le Pcfier et le Credo; deux cantiques chantés par tous les régiments suivirent. C'était magnifique. J'en suis très émotionnée, surtout en pensant au sort qui réunit tant de guerriers de tous les pays dans un seul but. Que le Ciel les dirige! Qu'il leur soit miséricordieux!
22 août. — Un billet du général de L'Estocc] nous communique que les Français avancent par Mittelwalde et Trebbin et semblent vouloir forcer la position de Saarmund. Mme de Biilovv, qui avait quitté son mari, ce matin, à SaaruHind, nous confirme celle nouvelle. Elle croit qu'il Y aura encore aujourd'hui nue bataille entre Zossen et
(I) Il y a ici cri'oir : Joiiiini, Suisse d'drijjinc, avait clc' l'oijjct des jalousies clc Ney, car on avait alliibué à s(;s talents militaires les iiK-rites (les succès remportés par le Maréchal. Tombé en disgrâce, n'obtenant pas e grade de général qu'on lui avait promis, Jomini mécontent «|uilta l'armée |)endaut l'armistice de l'arcliwitz et alla offrir son épée, uou à IJliiilier, mais à l'empereur Ahvvandre, alors à Prague, où il arriva le 16 aoùl, n'emportant ni plans, ni cai'tcs.
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Trebbin. Vandammo, Oudiiiol cl Victor seml)lciit avancer ensemble. Ils n'oiil, paraîl-il , pas |)liis de 70 à 80000 hoiniiics sous leurs oi<lrcs. L'aniice du INiiice Royal de Suède, au eoulraire, coinpie I 10 à 120000 hommes; depuis (pTelle s'est léuiiie à celle du j{éucrari"aueiilzieu. Le Prince esl près de Mittelualde cl veni attaquer demain malin, à ce qu'on viciil de me dire.
23 août. — Hier, depuis une heure, on a entendu le canon. Le senlimenl de rinccrlilude élail fort pénible, surtout quand le bruit semblait se rapprocher. Vers huit heures du soir, tout se tranquillisa et la luiil lut calme. Ce malin seulement est arrivé un rapport; la division du <|énéi'al de Thiinen a dû se retirer devant une force très supérieure; beaucouj) (rolficiers ont été tués, lui-même est blessé. Le Prince Royal, avec le reste de l'armée, n'a |)as pris part au cond)at, qui a duré cinq heures. Il a concentré les troupes dans les environs de Wuhlsdorff et se propose d'attaquer ce matin.
A trois heures, il y a eu ici un service divin. La bataille est commencée, notre gauche est aux prises avec l'aile droite des Français : de six à dix heures, on entendait gronder le camm, mais à une plus grande distance qu'hier.
25 août. — La bataille est gagnée! Hiei- le canon a grondé de quatre heures à sept heures. Le corj)s delUilow, après un long combat, a occupé le village de Gross- Behren (1); le malin, sur un autre jxtint, c'est le comte
(l) Victoiro de Biilovv et do BoniadoKc contre le niaiéclial Oudinot, 23 uoùl 1813.
Tauentzien qui a ballu reiineini. Les Français ont perdu 26 canons et 2 0<M) j)risonniers. On loue généralement le Prince Royal; il a conduit l'action avec la plus grande prudence; il était présent partout.
Sa réputation n'était plus à faire, mais il la confirme pleinement et maintenant tout le monde a foi en lui. Je ne peux cependant m'empêcher de le plaindre. Il aime sa patrie et a du souffrir. L'an Ire jour, il a dit. « Le cœur peut se briser, mais ou fuit sou devoir. » C'esf la parole d'une noble àme.
Hier, nous apprîmes aussi la victoire que Wellington a remportée, près de Bayonne, sur l'armée du maréchal Soult (1) . Le soir, le prince \\ ittgenstein reçut un rapport de Guhrau, lui disant que Bliicher avait battu le maréchal Ney près de Bunzlau. Ney se serait retiré en Saxe; pourtant rien jusqu'à présent n'a confirmé cette dernière nouvelle.
Ici l'armée a reçu hier l'ordre d'avancer.
En Mecklembourg, nos affaires sont moins brillantes; on prétend que Davoust a occupé Dœmitz sur l'Elbe. Le chef d'état-major du comte Walmoden, le général Clausewitz, juge la situation très dangereuse et croit à la supériorité numérique de l'ennemi.
26 août. — La victoire de Bunzlau ne s'est pas confirmée ; mais, depuis quehjues jours, une bonne nouvelh» suit l'autre.
(l) \.Vclliii<{toD, qui avait déjà mis fin à la domination do la Fraiiro on Espagne, prit Saint-Sébastion, ot, npros avoir fait replier Soidl siii- la Bidassoa, (iiiil par pénolror on l''ranco pi'os do l'ayonno.
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J'apprends à l'instant que le cor|)s du fjcncral Gérard a été battu par TcliernitclieH", en quittant Magdebour,'{. Le comte Wittj}enstein a forcé le camp de Pirna qui était commandé par le général Gouvion Saint-Cyr et il est déjà près de Dresde. D'un antre côté, le prince Schwarzenberg s'en approche.
Napoléon semble avoir été mal informé, il croyait nos principales forces en Silésie. xAprès ces dernières nouvelles, il est parti immédiatement pour Dresde et y est arrivé le 22 au soir. Bliicber qui, après sa victoire de Lœwenberj], avait dû se retirer devant une force supérieure de 140 000 hommes, s'est de nouveau avancé jusqu'à Goldberg.
Depuis quatre jours, j'ai quatre blessés dans ma maison, entre autres un pauvre petit taudjour de quinze ans, dont j'ai fait venir la mère et la sœur. La mère a déjà perdu son mari et son fils à k'ua, la fille a vu mourir son mari à Gross-Behren. Les pauvres fennnes m'ont fait bien pitié.
J'ai encore une vertu bien incom|)lète et je dois avouer que ce n'est pas seulement le devoir chrétien qui m'a dicté mes soins aux blessés, mais bien l'espoir que Dieu me le rendra, en conservant mon fils Guillaume qui doit bientôt rejoindre l'armée. J'ai honte chaque fois que je découvre que je ne fais pas le bien avec désintéressement et cela allège ma conscience d'en convenir ici.
31 août. — Hier matin, j'ai été réveillée par la nouvelle victoire de Bliicber sur Ney, Macdonald et Lauriston ; Napoléon lui-même aurait dirigé le condjat : soixante canons
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ont été pris cl la Silésie délivrée! Le soir, AI. de Zeuner nous apporla la nouvelle que le Prince Royal avail apj)ris, par une |)alrouillc de Cosaques, querarméc aulricliicnnc, sous les ordres de Schwarzenherj], et Fannée russe ont cerné Dresde, où Napoléon se serait jelé avec sa Garde.
Le Prince Royal nie fit savoir qu'il croit que Napoléon j)ou riait encore se sauver par une victoire, mais s'il la perd, l'année 1813 sera vraiment j)our nous Tannée libératrice.
Je crains que la situation désespérée où se trouve Bonaparte lui donne des forces extraordinaires et c'est en fiémissant que je pense à la terrible bataille qui est, peutêtre, déjà engagée.
Dresde, si paisible à l'ordinaire, est en (lammcs.
8 sepfemlfi^e. — Notre espoir a été déçu. Le camp de Pirna avait vraiment été forcé et le 25 août nous avions 200 000 hommes sous Dresde, que Gouvion Sainl-Cyr ne défendait plus qu'avec 30 000 hommes qu'il avait retirés du camp. Au lieu de profiter de ce moment favorable, on attendit au lendemain pour attaquer. Pendant ce temps-là Napoléon arriva avec toutes ses forces. On prit quelques retranchements qu'on ne put yarder, on n'accepta j)as la bataille que Napoléon voulait livrer. Malgré les forces su|M''rieures en nombre dont on disposait, la rehaile fui exécutée fort malheureusement sous une pluie hallaule, le 29.
Un coup de canon enleva les deux jambes de Aloreau, qui, en vrai héros, garda tout son sang-froid et répéta
1813 (Sitile) 361
qu'il se dévouait pour la bonne cause. Ce nuiUjeur impressionna les (jénéraux, qui décidèrent celle déplorable relraile, sans prendre les mesures nécessaires pour l'assurer. Les armées, spécialement celle d'Aulriclie, perdirent leurs bagages et leurs munitions et même une grande partie de leur artillerie.
Le 28, les armées alliées se conceutrèreni aux environs de 'J'eplilz; trois corps d'ai'uiée français les poin-suiviretit, mais le général Oslermann, avec 10 000 hommes seulement, les retint toute la journée sur le Geiersberg et donna ainsi aux armées le temps de se reformer.
C'est alors que Kleist recul la mission d'occuper avec ses troupes la montagne et les défilés par lesquels les Français descendaient. 11 réussit et remj)orta une brillante victoire. Vandamme qui connnandail et cinq autres généraux furent faits prisonniers. Sans la |)usillanimité de la landwebr de Silésie, (pii gardait les délilés par oîi les Français fuyaient, la victoire eût été complète.
Mon frère Auguste qui, le drapeau en main, voulait s'(>|)poser à la fuite de celte lâche landuehr, se trouva conij)lètement cerné, et courut un grand danger (1). Le noble et valeureux prince de Pless, (pii connnandait celte landwebr, ne survécut pas à cette honte et voyant la fuite des siens, il se jeta hérou|uement dans les rangs français.
Je déplore aussi la inoit de notre bon ami Kœder, aide de camp de Kleist; c'était une âme si noble!
ATe[)litz, on apprit cette victoire en même tenq)s que
(1) (icrard a fait un l)caii poifrait du prince Aujjustc, \c drapeau eu mail), tàcliaut d'entraîner la troupe.
celle de Bliichcr à Katzbach. Aujourd'hui, le 8, arrive aussi la nouvelle que les corps réunis de Biilow, Tauentzien et Borstell, attaqués par Ney, près de Juterbock, ont été repoussés avec de grosses pertes. Hier et aujourd'hui, j'entends le grondement du canon, mais je n'ai pas encore de nouvelles.
On dit qu'une lettre de Napoléon à Ney a été interceptée. Le Maréchal y recevait l'ordre d'attaquer le Prince Royal de Suède et de marcher sur Berlin, pendant que l'Empereur en personne empêcherait la jonction de l'armée du Prince avec Bliicher et soutiendrait Ney, en lui envoyant des renforts par Sukau. J'espère que ces plans ont pu être déjoués.
La victoire de Katzbach est rendue plus importante encore par ses suites. On la doit à la vaillance de Bliicher et aux talents de Gneisenau.
J'ai été très émotionnée par toutes ces nouvelles. La mort de Pless et celle de Rœder m'ont reportée à celle de mon héroïque frère et m'impressionnent fort. J'ai pensé au sort de mon cher Guillaume et cela me bouleverse.
Tous les soirs, nous recevons une nombreuse société : Sir Thomas Hyrwill, qui apporte à l'empereur de Russie .l'ordre de la Jarretière avec sa nombreuse suite; le prince et la princesse Paul de Wurtemberg font aussi partie de nos réunions. Le Prince quitte sa patrie avec sa fenmie j)our la seconde fois, plus, je crois, par mauvaise humeur contre la Cour que par pur patriotisme allemand.
J'a|)prends la retraite de Davoust qui occupait I,iil)eck, et Schvverin, et menaçait tout le Meckleiidjourg.
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12 septembre. — Ce malin, j'ai assisté au 7e Deum solennel. Le sermon du pasteur a été bien faible, pas du tout à la liauleur des cireonstances.
Cet après-midi nous avons reçu la réponse du Roi au sujet de Guillaume; ce dernier est accepté et placé à l'armée de Biilow.
13 septembre. — Guillaume est ravi de sa nomination, Ferdinand bien triste de ne pouvoir suivre son frère. Je ne parviens pas à surmonter mon anxiété.
Deux de mes blessés ont quitté la maison bien portants pour rejoindre l'armée; le petit tambour, avec un conjjé d'un an, est parti pour son village.
14 septembre. — On j)répare l'équipement de Guillaume. Ce garçon me donne beaucoup de satisfaction par la manière gentille dont il s'occupe de ses frères et sœurs. Mon mari est parti pour le Quartier général, afin de parler à Biilow.
21 septembre. — On annonce de petites escarmouches, heureuses pour nous.
25 septembre. — Depuis le 19, nous n'avons pas de nouvelles des armées. M. de Scliœn a passé par ici pour rentrer en Prusse; j'espère que son absence ne durera pas longtemps. C'est un homme de grands talents et de grand caractère, dont je déplorerais la perte pour le Roi. Le triste entourage de Hardenberg lui a fait perdre la confiance générale. On dit que ce n'est que l'influence
do rAuliiche qui le soutient, liC comte de Metternich aiuie Hiii(lenl)er<| à cause de l'analojjie de leurs siluations peisonncllcs, si éc|uivo(jues.
Je tn'iinajpue qu'après la conclusion de la paix, il y aura de grands changements dans Tadministration et j'espère que Humboldl el Scliœn remplaceront le ministère Hardenber'j.
C) nclnlrrr. — Guillaume part définitivement demain. Mon mari m'a rapporté que Biilow est en nuiuvais rapports avec le Prince Royal de Suède. Bliiclier a battu l'ennemi, près de Wartenberg. Il a ))ris des canons et fait des prisonniers.
Persomie ne doute |dus de l'alliance de TAutricbe avec la Bavière; mais la nouvelle n'est pas encore officielle.
S oclohrc. — Guillaunu' est parti hier. C'est le cœur serré que je l'ai accompagné jusqu'à Sleglitz. Quand je vis disparaître la voiture qui les emportait, ainsi que Royer, je ne retins plus mes larmes.
Kn rentrant, je rencontrai deux trans|)orts de blessés; l'un d'eux, un hussard, voulait tellement être reçu dans notre maison que je crus (|ue le Ciel m'envoyait une consolation dans ce moment de chagrin. Alléger la souffrance, n'est-ce pas la plus grande consolation? La journée s<' passa en m'occupant de lui.
10 octohre. — H y ^^ sept ans aujourd'hui (|ue mon noble frère est toud>é loin des siens; peut-être, au même
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oiidroil, cjiR'lqirnii vciijjei'a-l-il aiijourd'liui sa morl? PciU-ctre, au contraire, Dion proloiijjera-t-il encore le temps de l'épreuve? Je prie qu'il nous accorde les forces nécessaires pour sup|)ortcr ce qu'il nous impose. A l'église, le pasteur a iail un beau sermon. Ses paroles allèrent au fond de mon cœur et je sentis le tort que je me fais en me croyant quelquefois meilleure que d'autres.
14 octobre. — Mon mari et Ferdinand sont rentrés le 1 1 , plus tôt que je ne l'espérais. Ils avaient dû liàter leur retour, ayant reçu la nouvelle qu'un corps d'armée français avait tourné notre armée et, marchant par Torgau et Wittenberg, pouvait couper les communications avec Berlin et même menacer la ville. Le 12, tout fut tranquille, mais le 13, la nouvelle nous fut confirmée, encore aggravée par les retraites des généraux Thiimen ctTaucntzien, qui avaient perdu beaucoup de monde.
La journée se passa à emballer, |)Our èti'e prêts à paitir en cas de nécessité; le soir, les nouvelles étaient nu)ins inquiétantes et aujourd'hui nous apprenons que les Français restent stationnaires. On croit qu'ils vont se relii'cr sur Alagdebourg.
J'ai eu le grand plaisir de recevoir des nouvelles de Royer. Ils sont à Rotlienboiirg, siu- la Saaie. Le Pi-iuce Royal de Suède y avait pass('', ainsi (|iie les Hiisses; Hiilovv s'apprête à le suivre. L'armée de Hliiclier a ti averse Halle.
15 octobre. — Hier au soir, quehpies mots de (îuillaume, de Rotlieidjourg. Ils ne passei'onl |>as la SaaIe et
chercheront prohahlemenl à rétahhr les communications avec Berlin, en attaquant Dessau. Napoléon concentre son armée dans les environs de Leipzig. Je crains la faiblesse numérique de Biiicher. Guillaume et Royer semblent contents de leur situation. Ce dernier est sous le charme du bon esprit et de la loyauté de l'entourage de Biilow.
Dans notre émotion, je n'ai pu trouver un moment pour noter le détail de ces dernières journées. Nous passâmes le 19 dans l'incertitude; le 20, le bruit courut d'une victoire dont la nouvelle certaine nous arriva le soir. J'appris que Leipzig avait été pris; 20U0 canons avaient tonné toute la journée. Mon anxiété était extrême; enfin, chez le Gouverneur, je lus un billet du général Kruscmarck à sa mère ; il écrivit : et Dites à la princesse Louise que son fils se porte bien et qu'il s'est conduit très galamment. " Mon soulagement fut inexprimable !
Le 21, j'eus tous les détails que je désirais; tous étaient bons; seulement la mort de Poniatowski, qui combattait dans l'armée française, m'attrista beaucoup. C'était un homme si noble, qui aurait mérité un meilleur sort! iMais je pense que la mort a dû être pour lui un bienfait; car il a fini avec grandeur et il avait joué un trop grand rôle pour pouvoir supporter une captivité, même entouré des j)liis l'espectiieux égards (I).
(1) Trois jours après la bataille de Leipziy, le prince; Joseph l'oiiialouski fut cliargé par Napoléon de protéger la retraite. A'ayant qu'un très petit nondjre de soldats, il contint avec peine l(;s colonnes ennemies jus(|ue sur les bords de l'Klster. Li"i, pi-essé par des forces supérieures, ne pouvant travers(!r le fleuve, dont les l'^rançais avaient dclruit le pont, couvert de
IS-l.'J (Siiile) 367
Le Hoi ivntra ici le lï. Nous le reçûmes Ions devanl le Dôme; il était très ému et, couuue je pus le lire dans sou regard, sa chère Reiue lui manquait plus que jamais dans un pareil moment. Avant de venir, il avait été prier sur sou toml)eau.
Le soir, à l'Opéra, le Roi fut reçu avec enthousiasme; je crois que rarement un Souverain eut une réception aussi chaleureuse et aussi cordiale.
Le Roi me dit que la famille royale de Saxe, |)risonnière à Leipzig, viendrait dans quelques jours ici. Il raconta heaucoup de choses intéressantes, en cachant avec modestie son propre rôle.
Le 26, au matin, arriva la famille royale de Saxe (I); le soir, toutes les Princesses leur ont fait leur cour. La Reiue et la princesse Auguste étaient très émolionnées, surtout en me revoyant, car j'étais la seule qu'elles eussent connue autrefois. Elles resteront ici jus([u'àce que
blessures, il refusa néanmoins de se rendre, poussa sou cheval dans la rivière, et essaya de la traverser à la nage; mais il se noya dans le trajet. Sou corjjs, retrouvé seulement le 24- octobre, fut transporté à Varsovie, puis à (jracovic, où il fut déposé |)rès du tombeau de K'osiuszcko. Sa mort fut pleurée, non seulement par sa patrie qu'il avait aimi'c avec passion, mais encore par la France qu'il avait si vaillamment servie.
(1) Le roi de Saxe, la I{eine et leur tille, la princesse Aujjuste, avaient suivi le 18 Xapoléou à Lcipzij; Le 19, la ville lui prise par les Alliés et parmi les prisonniers qu'il lirenl se trouva le roi de Saxe. Avec une escorte, on transporta le Uni et sa famille à lîerlin. Eu désijjnaul la capitale de la l*rtisse comme lieu de leur captivité, le fond de la pensée des Souverains alliés était, avant tout, de s'eniparei- des Etats de Erédi'iùc- Auguste pour agrandir ceux du roi l'"re(l('ric-(iuillamiie III, ce (ju'ils considéraient comme un acte de justice. Mais au (îouyrès de V icmic le prince de Talleyrand parvint, par son babibUé, à déjouer tous ces l'aux calculs p(Jitiques,
leur sort soit décidé. Le Roi les a reçues avec tous les honneurs dus à leur rang. Le Roi de Saxe n'avait pas paru le soir, mais aujourd'hui, il nous fit à toutes des visites, ainsi que la Heine et la Princesse.
3 novembre. — Ma maison est remplie de blessés et j'ai reçu des visites qui m'ont pris tout mon temps; je n'ai donc |)u noter mes impressions. Nous avons accueilli chez nous le comte Przezdzieski, MM. d'Okolski et de Wolowicz et un jeune Mycielski. Tous ces jeunes gens blessés ont été faits ])risonnicrs à Leipzig. Przezdzieski était très inquiet pour sa Jemme, qui l'avait quitté à Leipzig quelques jours avant le 18; il était gravement blessé et on dut lui faire une dangereuse opération. Tous sont établis dans les salons qui donnent sur la rue.
Un malin, Przezdzieski reconnaît sa voiture qui passait; mon mari la fait arrêter. C'était la comtesse! Leur revoir fut bi(Mi louchant. Elle avait attenchi à Gotha la retraite de l'armée française. Elle avait alors demandé des passeports au coMite Wittgenstein et cherchait son mari.
En même temps qu'elle, arriva lady Burghersli (1), une nièce de WelHngton, très charmante et aimable. Ma cousine Przezdzieska l'est aussi, mais elle manque un peu de uaturel.
J<' crains (pTil y ait peu d'espoir de paix |)rochaine, car ]\;a|)()léoM a pu e\(''cuter sans encombre sa rciraile siii' le Rhin.
(1) Kllc (Iciint plus lard la;ly Westmorlarid.
18i;i (Suite) 369
13 décembre. — Mon mari, qui était parti le 19 novembre ponr le Quartier général, m'annonce aujourd'hui la mort du prince Dominique Uadzivvitt. Je crois que c'est mon beau-père qui hérite des ;}i-ands majorats qu'il possédait (1).
27 décembre. — La position de Guillaume à l'armée de Biilow m'effraye beaucoup. Le Prince Royal de Suède, qui avait promis de soutenir ce Général, le délaisse au moment décisif. Une lettre du 18 annonce que le Prince Royal garde ses troupes dans le Holstein, où il mène sa guerre privée contre le Danemarck. liC 21, la Grande Armée a passé le Rhin. Elle est entre Colmar et Belmont.
D'après les dernières nouvelles que j'ai de Varsovie, ce n'est pas mon beau-père, mais son frère aîné qui hériterait des majorats du |)rince Dominique, et il serait possible qu'il désignât mon mari comme son héritier. Ce sont de brillants esj)oirs; mais ils me semblent presque irréalisables. Mon mari a du suivre l'empereur Alexandre à Carlsruhe, puis à Fribourg (en Brisgau). Il a déjà ol)tenu une audience.
(1) Le priucc Dominique Radzivvitt, <|rièvenient blessé à la bataille de Hanau le 30 oetobre ISl-'i, fut tiansporlé à Lautereck, où il s'éteiynil à l'âge de viD^t-six ans, le 11 novembre, des snites de ses blessures. Chef de tonte la famille Radziu/ilt, dont il possédait les grands majorats, ne laissant qu'une fille et étant mort sans testament, la question était de savoir qui hériterait de ses droits et serait en même temps assez puissant pour faire lever le séquestre posé, en 1812 par la Russie, sur les immenses biens du prince Dominique RadziuiH, lequel avait pris hautement le parti de Xapoléon l". La feuille officielle d(; service de ce Prince contient dans les colonnes militaires le témoignage suivant : «. Le plus vaillant et le plus brave des Polounis. >
I/iiiipt-ratrifc Elisabeth de Russie à Derlin. — \oiivelles de l'armée. — l'Iiicln'i- et Biilovi contre Napoléon. — Prise de Paris. — Les majorats du prince Dominique RadziuiH passent au prince Antoine par un ukase de l'empereur Alexandre I". — Abdication de Xapoléon. — Retour des Ronrbons. — I.e prince Antoine et ses fils à Paris et à Londres, avec le prince Adam Czartoryski. — Retour des Princes à Berlin. — Préliminaires de la paix. — Conijrès de Vienne. — Débarquement de \apoléon, — Son arrivée à Paris. — Waterloo. — Xomination du prince Antoine RadziuiH à Posen comme lieutenant général du Roi.
18 Janvier. — Nous venons de commencer une nouvelle année ; celle qui vient de finir a été bien extraordinaire. Que Dieu bénisse l'avenir, comme il bénit le présent!
[-'impératrice Elisabetb (I) arrivera après-demain à Berlin ; je me réjouis de faire la connaissance de cette femme intéressante.
Mon mari a suivi le Quartier général de Fribourg à Bàle.
22 janvier. — L'Impératrice Elisabetb est arrivée. Elle n'est plus belle, mais elle a tant de charme, tant de dignité ! Ses mouvements ont une grâce incomparable, sa taille est
(l) L'Impératrice Elisabeth, (emme de l'empereur Alexandre 1". Elle était une princesse de Bade.
CHAPITHE WII. — J814-ISI:). 371
superbe. Quelque chose de souffrant daus le rej]ard cl dans la voix augmente encore son diannc. J'ai diné chez elle avec les enfants du lîoi. Elle n (le très aimable pour loiit le monde.
23 janvier. — I/lm|)cralrice a rendu les visites à toutes les Princesses. Elle a été d'une grande bonté pour mes enfants. Il y a eu un grand dîner, o[)éra et souper; sortie à trois heures de l'après-midi, je ne suis rentrée (pi'à trois heures du matin. Avant roj)éra, on joua un prologue dans lequel Catherine II et Frédéric le Grand couronnaient les bustes du Roi et de rempereur Alexandre. L'inconvenance de cette idée n'a pas été sentie par tout le monde. Il est inconcevable que personne n'ait empêché une uuinifestations d'un goût si déplorable.
25 janvier. — A quatre heures, nous avons accompagné l'Impératrice à sa voiture. A cause des grandes neiges, elle est obligée de coucher à Potsdam. Le choix de son entourage reflète le caractère de cette aimable femme. Ils sont tous des gens charmants.
4 février. — Le courrier, qui doit annoncer la reddition de Paris, est attendu d'une heure à l'autre. On a déjà donné l'ordre de préparer les canons pour publier cette nouvelle.
Dieu merci ! Guillaume est bien portant et mou mari en bonne santé au Quartier général.
17 février. — J'ai appris, le 1 3, la nouvelle de la victoire
de Bricnne par une lettre do mon mari, du 8. On n'est pas encore près de la prise de Paris, comme on le croyait ici. On s'attend à une bataille décisive dans les environs de Nogent-sur-Seine, où Napoléon concentre son armée. Guillaume s'est battu le 31 janvier et le 1"' février devant Anvers. Maintenant, il doit être à Bruxelles, ou même plus loin. Ce serait curieux, s'il devait se rencontrer avec son père à Paris.
4 ma7\s. — Mon mari, dans sa lettre du 20, prévoit une |)aix procbaine. Je ne conçois pas comment on j)ourrait la conclure avec Napoléon, vu que l'Angleterre a pris les Bourbons sous sa protection... Les personnes qui reviennent du tliéàtre de la guerre disent que les Prussiens sont particulièrement pacifistes, surtout le Prince Royal et l'entourage du Roi.
17 mars. — Aujourd'hui, dix-huitième anniversaire de mon mariage. Peu de femmes peuvent se rappeler ce jour avec un contentement senddable au mien et remercier la Providence avec autant de reconnaissance pour leur sort. En me réveillant, j'ai reçu une lettre d'Antoine, du 8. 11 me mande qu'il a obtenu l'ukase de l'empereur Alexandre lui donnant les Majorats du j)rince Dominique. Les biens allodiaux passent à la fille du feu Prince. Mes beaux-frères Louis et Valentin, le prince Czartoryski et le général VVawrzecki sont nonnnés ses tuteurs; une conmiission a été désignée pour finir cette affaire.
Il y a aujourd'hui dix-buil ans, mon mariage, il y a dix-
scpl ans, le piocliain espoir de la naissance dcGiiillaunio; l'année dernière, le baptême de VVanda, et ce malin, cette bonne nonvelle!... Dieu soit mille fois béni! Mon seul regret est que mon père n'ait pu apprendre cette heureuse chance avant sa mort. 11 s'en serait tant réjoui (1)! Le 5, les Alliés ont occupé Soissons; les armées de Bliicher et de Biilou ont enfin pu se joindre. On croit \aj)0léonà Reims; Schuarzenberg s'est avancé jusqu'à Nogent.
IV mars. — Ce soir, on nous confirme une grande victoire de Bliiclier. On s'est battu du (> au 10. Le î), l'armée de Biilou a été continuellement sous le feu. Pourvu que Guillaume vive !
21 mars. — J'ai des letlres de Guillaume et de Iloyer; tous les deux sont sains et saufs. Des nouvelles venues aujourd'hui de Laon annoncent que Soult, s'étant déclaré pour les Bourbons, s'est réuni à Wellington et qu'ils marchent ensemble sur Bordeaux.
Mon mari écrit le 12 de Chaumont; il parle de nouvelles espérances de paix; Napoléon aurait fait le 10 des propositions plus acce|)tables.
(l) Ati quartier géuéral do Cliaiimout (Haiitc-Marnc\ sur la demande du priucc Antoine RadziuiH, renipereur Alexandre leva le séquestre qui pesait sur les biens du prince Dominique Hadzivvilt depuis 1812, pour avoir l'ormé, à ses frais, un régiment de cavalerie à la tète duquel le (eu Prince s'était enrôlé sous Ips étendards de Xapoléon et avait pris part à la campagne contre la Russie. L'Empereur remit alors personnellement au prince Antoine, par ukase portant la date du 8 mars 1814, les grands Alajorats de Miésvviez-Olyka et Mir, donnant l'allodiale de cette fortune à la iille unique du prince Dominique et remettant au prince Antoine le soin de s'arranger avec sa famille. C'est le petit-lils de ce dernier qui a relevé Aiéswiez, ruiné par les guerres.
3T4 CHAPITRE X Vil
Ici, on prend une part très vive à la satisfaction que mé cause la décision de l'empereur Alexandre au sujet des Majorais du prince Dominique et cela, dans toutes les classes de la société. Ces preuves d'amitié me touchent, énormément.
3 avril. — Mon mari a quitté Chaumont le 18, et m'est arrivé ce matin à cinq heures. Bordeaux et Lyon ont été pris; Schuarzenberji a remporté une jjrande victoire à Arcis-sur-Aube.
JO avril. — Aujourd'hui, nous avons enfin la nouvelle de la prise de Paris (1), après une ])ataille acharnée sur les collines de Alontmartre. C'est à six heures et demie que le comte Schuerin est arrivé pour l'annoncer. Il a été reçu |)ar une foule énorme, mais assez froide. Seulement, le soir, à rOpéra, l'enthousiasme fut jjrand.
Schuerin m'a apporté un petit billet de Royer. Guillaume n'a pas |)ris |)art à la bataille; Schuerin l'a rencontré à Nanteiiil. On j)leure la mort de Solms, de Kirchber- ;{ci' et de Hauch. Napoléon est à Fontainebleau. On ne sait pas encore s'il marcheia sur Orléans avec les 50000 hommes qui lui restent. Il y aura probablement encore une bataille.
(1) \mV 31 mars 181'»-, les armées t''lraii;[(M('s, ayaut à leur lète l'I^mperour de Russie et le Roi de Prusse, lireul leur entrée dans Paris, par la harrière de Saint-Martin et arrivèrent jus(|ii'au Champ de Mars. Le lendemain, 1" avril, le S(''nat proclama la déclieance de Mapoléon et la restauration des iiourbous. Le 12 avril, le comte d'Ailois. frère du Roi, entra dans la capitale et signa le 23 avec les .alliés la Convention de Paris, qui lit rentrer la France dans ses limites du 1" janvier 1792. Ce ne lut que le ."} mai (|ue Louis Wlll lit son entrée dans Paris.
ISli-1815 375
15 avril. — Mon mari csl jxiili liier pour Meborôw et Varsovie, afin de réj^ler son all'aire d'Iiéritajfc. Son père ne parait pas trop se R^ouir de la décision de l'Kin|)erenr envers Antoine. Celte dernière journée a été bien tiisle. J'ai senti à quel point il m'est cher et combien cette nouvelle séparation m'a été douloureuse !
18 avril. — Ce soir, j'ai entendu la lecture du raj)poj-t, daté de Paris, adressé au général de L'Estocq. On y dit qu'après que le décret de déchéance, prononcé par le Sénat, entêté conimnniqué à l'Empereur par Caulaincourt, Napoléon, se voyant abandonné par les Maréchaux et par l'armée, décida de se rendre aux Alliés. Mais auparavant, il renvoya encore Caulaincourt en offrant d'abdiquer en favenr du Roi de Rome, sous la Réjjence de l'impératrice Marie-Louise. Caulaincourt s'adiessa alors à Talleyrand et au Sénat sans plus de succès. En apprenant le résultat de ces néjjociations, Napoléon eut une colère épouvantable. Il aurait pleuré de désespoir. Il envoya une troisième fois Caulaincourt à Paris pour exi;}er une entrevue avec les Souverains et demander spécialement à l'empereui- Alexandre un Etat libre en Couilande. L'Empereur le lui refusa et lui fit savoir que, pour sa |)ropre sûreté, on ne pouvait lui permettre de venir à Paris.
On dit qu'on donnera l'Ile d'Elbe à Napoléon ; mais on veut attendre l'arrivée de l'enq^ereur d'Autriclie pour fixer son sort.
Voilà où tondjc cet homme devant lequel toute l'Europe a tremblé ! J'aurais cru que cette vie, certainement
376 CHACITRE XVII
bien extraordinaire, finirait autrement; je croyais que sa chute serait celle d'un jjéant, qu'elle remplirait le monde de peur et d'horreur ! . . .
28 avril. — L'avèneuient de Louis XIIII, l'entrée du comte d'Artois, au milieu de la joie et de l'enthousiasme général, le retard du départ de Napoléon, qui serait retenu à Fontainebleau par des crises de convulsions, sont les seules nouvelles que j'ai eues de Paris depuis le 12.
2 niai. — Il y «'i nu an (|ue mon bien-aimé père est mort. Pour la j)remière lois depuis ce jour, je suis rentrée dans sa chambre. Tout est resté à la |)lace accoutumée. Ltii seulement manque et manf[uera toujours à mon cœur.
14 mai. — Mon mari est rentré le 1 1 de Pologne sans avoir terminé ses affiiires, mais ayant bon espoir dans l'avenir. 11 va maintenant à Paris et compte emmener Ferdinand. J'en suis contente pour lui. llesl si triste et abattu, depuis le départ de son frère, que je pense avec plaisir à ce voyage et à sa réunion avec Guillaume.
23 mai. — C'était aujourd'hui la léte de mon père, maintenant une journée de douloureux souvenirs ! Un triste sort a voulu que, pour sauvegarder sa tranquillité, je n'aie pu lui montrer tout mou auiour et le réjouir par de petites attentions. Il m'est cousolaut de penser que maintenant il peut lire dans mon cœur.
Napoléon s'est enfin eml)arqué à Fréjus, le même port où il avait débanpié en reveuant d'Fgypte.
Gneisenaii m'écrit qu'Augercau, qui a rencontra Xaj)oléon dans les environs de Lyon, lui aurait reproche de n'avoir pas fini en soldat, l'Empereur aurait répondu : " Que veux-tu? les halles m'ont épargné, le sort m'a respecté, je respecte le sort ; d'ailleurs l'Asie a besoin d'un homme. « ,
6 juin. — Napoléon a débarqué sans encombre à l'ile d'Elbe.
J'ai de bonnes nouvelles des miens ; l'entrevue des deux frères a été bien touchante; leur joie compense pour moi la peine de la séparation.
Les préliminaires de la paix à Paris traînent en longueur, Louis WIII ayant des exigences inacceptables au sujet de la Irontière sur le Rhin et aussi à cause de la Belgique. L'empereur d'Autriche, ayant sacrifié sa fille à la cause commune, s'est trouvé en droit de faire des remontrances au Roi. En tout cas, le 2*J la paix n'était pas encore signée et je ne crois pas que les Souverains partent pour Londres avant le 10. Mon mari les accompagnera (1).
On me raconte que, le 2(), la reine Hortense s'est fait présenter aux Tuileries!... Se faire présenter aux Tuileries!... dans ce même palais où elle a joué un si grand rôle!... C'est d'un manque de dignité vraiment peu croyable.
(1) La paix fut signée à Paris le .30 mai 1814 entre le roi Louis XVIII et les puissances alliées. Par ce traité, les Bourbons firent j|a;[ner à la France une plus «[rantle frontière et, au Congrès de Vienne, M. de Talleyrand sut reconquérir la prépondérance de son pays sur l'Europe.
7 juillel. — Mon mari, qui était parti les j)rcmieis jours de juin pour Londres avec le prince Adam Czarloryski, est maintenant sur le retour. Il passe encore quelques jours à Paris, ()uis sera ici vers le 15. Je crains qu'il ne puisse pas rester longtemps avec nous, les alf'aires de Pologne exigeant sa présence. Mon mari est tout à fait enthousiaste de l'Angleterre.
11 septembre. — Les belles journées de joie, publiques et domestiques, ont passé comme en rêve, sans que j'aie eu le temps de les noter. Guillaume et Ferdinand sont revenus le 25 juillet. Le |)reniier, grand et fort, a gagné au moral; le second s'est aussi fortifié.
Mon mari est de nouveau reparti pour l'arsovie et Vienne. Je crains bien qu'il ne j)uisse être utile à sa j)atrie et qu'il se fasse des illusions; mais son devoir l'appelait; je n'ai pu que l'engager à le fiiire.
Le Roi m'a envoyé la nouvelle décoration qu'il donne aux dames qui ont soigné les blessés.
Les vertus féminines doivent aimer l'obscurité. Je n'aime j)as les décorations qui éveillent les susceptibilités et l'envie. ....
24 septembre. — On a annoncé hier les fiançailles de la princesse Charlotte avec le grand-duc \icolas.
J'ai revu avec plaisir deux viiMix amis, tîneisenau et Caraman. Gneisenau me sendde aigri; je crains qu'il n'ait ])as l'influence qu'il mérite. 11 s'est attiré la haine d'Ancillon, en déconseillant son Manifeste, préparé avant la
guerre de 1813. Il avait aussi désapprouvé le plan de guerre de Knesebeck. Ce plan, suivi malgré son 0|)|)osition, a coûté inutileiiienl 30<H)0 liouiines.
Yorck et Bliiclier se sont aussi (jueiellés j)endanl la guerre et toute la haine» de Yorck est retonil)é sur Gneisenau. Tout cela rend sa position peu agréidile.
Caranian, ancien émigré au seivice de la Prusse, et père du bon Adol|)he, que j'ai élevé durant des années avec mes propres enfants, est à présent Ministre de France à Berlin. Il est pétillant d'esprit et un des hommes les plus aimables que je connaisse.
30 octoI>re. — Mon mari est encore absent. Après Varsovie, il a vu l'empereur Alexandre, à Putawy; il est bien découragé, craint qu'on veuille faire un nouveau j)artage de la Pologne; on donnerait, cependant, à Antoine une situation dans sa patrie.
Le sort de l'Europe n'est pas encore fixé; on prétend que quelques districts de la Pologne, la Saxe, et des ])rovinces sur le Rhin seraient annexées à la Prusse. Je ne comprends pas qu'on j)uisse ternir une cause si belle et si sacrée par une si grande injustice faite à une nation et à une si ancienne famille royale.
Le roi de Saxe aurait avec dignité refusé tout dédommagement; les neveux recevraient des projmétés en Italie.
La princesse Guillaume est venue chez moi et m'a parlé de la situation qu'on veut Aiire à son mari en Saxe. J'ai été heureuse de constater la loyauté de son caractère;
elle sent la fausseté et l'injustice du rôle qu'elle devrait jouer et n'est aueunenient éblouie par le côté brillant de la situation.
J'avais espéré que cette nouvelle époque inaugurerait une ère de justice, mais le mal est inséparable de tout sort humain.
14 novembre. — Les Gazettes annoncent à présent la nomination du prince Guillaume comme Vice-Roi de Saxe (1). Le Roi ne lui en a pas encore parlé. Je crois que le Prince est très content; il aime les situations brillantes et est heureux d'avoir de rintluence. La Princesse s'y fera, mais actuellement sa loyauté et son sentiment de la justice la révoltent.
12 décembre. — Je suis absorbée par les préparatifs d'une fête que mon mari veut donner ici à l'empereur de Russie.
Quel temps extraordinaire! Antoine m'écrit de Vienne que le prince-maréchal de Ligne aurait dit : « Le Congrès danse, mois ne marche pas. •>^ Ses lettres ne sont pas consolantes, les discussions sur le sort de la Pologne y sont très vives. Celui de la Saxe n'est pas décidé. Je suis également révoltée qu'on ne veuille pas donner à la Pologne une situation indépendante et qu'on veuille faire perdre à la Saxe celle qu'elle a eue jusqu'à ])résent.
Avec cela, je suis effrayée de voir à quel point on se laisse ici diriger par l'Aulriclie. Nous avons à Berlin une
(1) C<'ttc nominatioa u'ciit pas lifii.
isi-i-isi:, 381
classe de gens si liahihiés à se laisser tyranniser, qu'à peine sauvés des mains de Xapoléon, ils cherchent par qui ils pourraient Tètre de nouveau.
Ils sont maintenant tous ilutrichiens et cela uu> déj^oûte, nialjjré mes synq)alhies personnelles pour ce pays. J'aime rEnq)ereur et l'Impératrice, mais, après les événements de ces dernières années, je ne j)uis avoir confiance en Metternich.
Le retour de mon mari n'est pas encore certain, les travaux du Congrès n'ont pas l'air d'avancer. Le prince (ialitzin, placé auprès du roi de Saxe, a été rap|)elé. On le dit en disgrâce; il aurait hautement désapprouvé le sort qu'on prépare à ce malheureux Roi.
La France prend à Vienne une j)Osilion prédominante (1). Les comtes de Wrede et de Alontgelas, qui détestent la Prusse, sont tout à tait de l'intimité de Alelternich. Les petites cours allemandes, celle de Bade en tète, sem-
(I) L'ouverture du Congrès de Vienne, fixé au 1" octobre 181i, n'eut lieu que le 1" novembre. 11 diu-a jusqu'au 9 juin 1815, jour où fut signé l'acte final. Les puissances s'y réunissaient pour compléter les dispositions du traité conclu à Paris le 30 mai 1814-. L'Angleterre, l'Autricbe, la Prusse et la Hussie élevèrent d'abord la prétention de préparer à quatre toutes les questions, bornant leur condescendance ù soumettre leurs volontés à la ratification du Congrès, ce qui excluait complètement la France du règlement des affaires européennes. M. de Talleyraud, s'appuyaut sur le principe de la légitimité, grou|)a alors autour de lui les représentants des puissances secondaires, menacées par le même système d'exclusion et obtint ainsi voix délibérative. Il trouva encore moyen de ramener également l'Angleterre et l'Autricbe au véritable point d(! vue des principes à faire valoir et ces deux puissances eu devinrent par lui les défenseurs. Travaillant dans la même idée, il se forma bientôt une alliance secrète entre la France, l'Angleterre et l'Autricbe contre la Russie et la Prusse, par le traité du 3 janvier 1815 Ainsi la France, par le seid ascendant de la raison et des principes, vint à rompre une alliance, qui n'était dirigée que contre elle.
blent blesscos par la prépondérance do rAutriclie, do la Bavière, du Wurtemberg et de la Prusse. 11 est effrayant do penser que, dans le cas d'une «juerre, tous ces mécontents prendraient le parti de la France. Il n'est question que du sort de la Polojjne et de la Saxo,
Le roi de Prusse et le roi de Saxe se sont réconciliés, celui-là ayant déclaré dans toutes les Gazettes étrangères qu'il protestait contre tout |)artageou occupation de la Saxe.
Le prince Antoine de Saxo, mal conseillé, a questionné indiscrètement le roi de Prusse, on présence de l'empereur d'Autriche, sur le sort de la Saxo. Le Roi s'est fâché, en a même été malade et son entourage est furieux qu'il ait été mis dans une situation aussi pénible.
16 mai. — Toutes les tétos sont à l'envers... Le L'] nous avons appris que Napoléon a fui de Tilo d'Elbe; ce soir, nous apprenons qu'il aurait attaqué Antibes avec 8000 hommos. Je crains que Dieu no nous trouve pas encore rliguos de pitié; les honmies <»nl montré trop do méchanceté à Vienne.
Le sort de la Pologne est réglé. Posen et Kalisz deviennent prussiens. Quant à la Saxe, le Roi en veut prendre les deux tiers; la Prusse cède Anspach, Bayreuth et la Frise orientale, en échange des possessions acquises en Saxe, sur le Rhin et en Pologne.
Mon mari losto encore à Vienne ; il semble même s'y plaire, mais j'espère qu'il rentrera aussitôt que les pourparlers au sujet de la Pologne seront lerniinés. 11 bataille encore pour elle !
27 mars. — Napoléon est à Paiis ! L'aimée s'est déclarée pour lui. Louis XllII, ai)an(lonné par les soldats, se retire et fuit; la ;|uerre semble inévitable. Le Ministre de la guerre ici a reçu des ordres de mobilisation.
22 avril. — Mon mari est rentré ce soir très tard, après une séparation de buit mois! il est nommé lieutenantgénéral du Roi, à Posen.
4 juin. — La garnison de Berlin est sortie hier et mes deux garçons m'ont quittée. Je les ai accompagnés jusqu'à Zehlendort\
Le général de Lotlum est nommé pour taire la campagne avec le Prince Royal.
18 juin. — On prétend que les hostilités ont commencé. Les affaires d'Italie semblent être terminées. Murât est parti pour la France, sa lenmie et ses enfants ont été conduits à Trieste (1).
Hier, au grand dîner de Charlottenbourg, mon mari a présenté au Roi les six dé|)utés de Posen. Que Dieu bénisse Antoine dans sa nouvelle carrière !
(1) Aussitôt qu'il eut appris le débarquement de Xapoléon, Alurat imagina d'en profiter pour se mettre à la tète d'un mouvement unitaire et se faire proclamer roi d'Italie, s'empara des ICtats romains et de la Toscane et refoula les Autrichiens jus(jue sur le Pô, mais il dut bientôt battre en retraite, fut vaincu à Tolentino, et rejeté sui- Xaples. Il s'embarqua pour la France et la reine Caroline fut conduite à Trieste avec ses enfants (20 mai). Quant à Alurat, après avoir séjourné quel(|ue temps en France, il passa en Corse, y réunit un petit nombre de partisans avec lesquels il tenta un débarquement dans ses anciens Etats. Il fut pris presque aussitôt et fusille à Pizzo (13 octobre 1815).
384 CHATITRE XVII
27 juin. — Dieu nous a donné la victoire (1). C'est le 24, à cinq heures du matin, que nous avons appris la complète défaite de Napoléon. J'ai des lettres de mes garçons. Napoléon a presque été fait ])risonnier. En quittant sa voiture poursuivie par la cavalerie prussienne, TEmpereur se jeta précipitamment sur son cheval, abandonnant tout, même son chapeau et son épée que Bliicher envoya au Roi. Ferdinand, qui s'y trouvait, racheta aux soldats, qui s'étaient partagé le hutin de cette voiture, la bassinoire en argent de Napoléon, qu'il me rapportera comme souvenir (2).
J'ai assisté au service d'actions de grâces, au Dôme. Au moment de la bénédiction, des coups de canon saluèrent notre délivrance. Ce fut un moment imposant dans cette église, où tant de mes proches reposent; Z/// surtout, ce frère chéri, première victime sacrifiée à sa patrie; comme si la mort, en nous l'arrachant, eût voulu le préserver de tous les malheurs qu'il aurait dû subir et partager avec nous !
Fini à Ruhberjj en juillet 1836.
Louise.
(1) Bataille de Waterloo, livrée le 18 juin 1815.
(2) Cette bassinoire, de l'arjjent le plus (in, marquée aux armes de l'Empereur, a toujours été conservée précieusement dans la famille. Je l'ai déposée moi-même au trésor du château de Niéswiez.
CaSTELLA\E RADZIVVIfct,.