‹ Quarante-cinq années de ma vie (1770 à 1815) publié avec des annotations et un index biographiqueChapitre 15 sur 25 · IH · texte numérisé non relu

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Prince Royal de Suède (1) (|iii, dil-on, acceptera un commandement.

3 novembre. — Mon mari et Uoyer sont arrivés liier de Nieborow; ils n'ont influé en rien sur les intentions du Palatin, ce qui va amener une rupture complète avec mon père^ qui se décide à lui faire le procès pour obtenir le paiement de la somme d'argent que, par notre contrat de mariage, le Palatin s'était engagé à payer à son fds (2).

19 décembre. — C'est le 14 au soir que se répandit la nouvelle des revers de l'armée française. Pauline Néale vint me l'annoncer. . . On n'osait encore y croire. . . Chaque instant en portait cependant la confirmation. Bientôt, on sut que Xapoléon avait a])andonné l'armée, traversé en traîneau Varsovie, puis Posen, sous le nom de Caulaincourt, enfin Dresde, oii il ne s'était arrêté qu'un moment. Nous eûmes alors la certitude de la dissolution des armées françaises et auxiliaires dont les débris se rassemblaient au Niémen.

La joie, l'agitation furent à leur comble à Berlin ; j'étais souffrante et ne bougeais pas de chez moi. Ma tête ne suffisait plus pour écouter toutes les nouvelles qui se succédaient d'une heure à l'autre.

(1) Bernadottc, prince de Ponte-Corvo. Le roi Charles XIII n'ayant pas d'héritier, les Suédois offrirent la succession au maréchal Bcrnadotte, qui l'accepta et n'était alors que Prince Royal.

(2) L'opiniâtreté du Prince Palatin provenait de ce qu'il croyait l'état de la Prusse si précaire qu'il pouvait sans danger se refuser aux prétentions du prince Ferdinand.

Effervesceuce à Berlin. — ConDrmatiou dti Prince Royal de Prusse. — Départ secret du Roi et de ses fils pour Breslau. — Le maréchal Augereau avec ses troupes à Berlin. — Entrée des Russes dans la capitale. — Évacuation des troupes françaises. — Alission du prince Antoine au sujet des affaires de Pologne. — Spandau bombardé capitule. — Première communion des princes Guillaume et Ferdinand Radzivvilt. — Maladie et mort du prince Ferdinand de Prusse. — Berlin menacé. — Départ de la princesse Louise avec ses enfants pour Francfort-surrOder. — Bautzcn. — Armistice entre les puissances.

19 janvier. — Nous étions depuis vinj^t-quatre heures dans une étrange agitation à Berlin. Le général Grenier occupait la ville ; on disait qu'il avait l'ordre de se porter, sur l'Oder, à la rencontre des Russes, qui poursuivaient avec célérité l'arniée des Français. Le 18, le Roi fut averti que ce corps du général Grenier allait occuper tous les ciiemins menant en Silésie et en Saxe et qu'on s'assurait de tous les environs de Potsdani et de Paretz. Tout Berlin était dans la plus violente émotion; on craignait pour la sfireté du Roi, dont il étail possible qu'on voulût s'emparer. Toutes les têtes se montaient, on se préparait aux scènes les j)lus tragiques; on entrait, on sortait de chez nous et on s'abandonnait aux plus sinistres idées, lorsqu'on apprit que le Prince Royal et le Chancelier

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d'Etat étaient partis pour Potsdam, suivis par tous les membres de la famille royale, afin d'y assister à la confirmation du jeune Prince. Mon mari fut à cette cérémonie et en revint très ému, les circonstances du moment en doublant l'importance.

Le Prince Royal communia avec le Roi et, deux heures après, ils partirent tous les deux pour Breslau, en évitant les routes militaires que les Français, du reste, s'étaient bornés à occuper. Ce départ fut tenu si secret, qu'on ne l'apprit que douze heures après qu'ils étaient en route. Tant de précautions nous prouvèrent que les bruits du danger qui menaçait le Roi n'étaient pas dénués de fondement. Ses autres enfants le suivirent vingt-quatre heures plus tard; le Roi écrivit lui-même à toutes les personnes de sa famille pour leui" dire qu'il leur laissait la liberté de le suivre à Breslau ou de rester à Berlin, s'ils le préféraient.

Mon frère Auguste, qui revenait justement à Berlin, repartit immédiatement pour rejoindre le Roi.

18 février. — Le 21) janvier, j'accouchai très heureusement de ma fdle Wanda et je me remis si vite, que je pus jouir avec bonheui- de mon heureux intérieur. On me conta en ce même jour que Farniée russe approchait de Berlin et que les Cosaques de l'avant-garde étaient peu éloignés de la capitale. Le maréchal Augereau commandait à Berlin, où il n'y avait que 2 à 3(100 honnnes de garuison. Le général Grenier, après plusieurs marches et contremarches, avait replié son corps d'armée sur Berlin et sur Magdebourg. Il était pourtant à prévoir que les troupes

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franraises n'évacueraient Berlin qu'à l'approche d'une année russe assez considéiabie pour les y forcer el on savait que celle-ci était encore au delà de l'Oder.

20 février. — Ce matin, la bonne anj|laise de mes enfîints est entrée chez moi d'un air assez efiàré pour me dire que les Cosaques avaient forcéja porte de Bernau et qu'ils parcouraient les rues de HerUn, où on allait se battre. Mon mari n'en crut rien et je pensais avec lui que la bonne personne, qui revenait d'une course, avait confondu les noms et les choses. Mon mari voulut voir |)ar lui-même ce qui avait pu donner lieu à celte extraordinaire nouvelle. En revenant peu après, il me dit : .. Si je ne les avais vus moi-même, je n'aurais pu ij croire: mais déjà sous les arhres,j\ii reneotitré un détachement de Cosaques. Les troupes françaises ont perdu la tète, on lire les uns sur les autres. Le peuple remplit les rues, je viens défaire fermer les grilles de notre cour pour empêcher la foule de pên étrer jusqu 'ici . »

Bientôt, on se battit sur la place Guillaume et j'entendais, de mon lit, le léu de mousqueterie des troupes qui, de la porte de Potsdam à celle de Brandebourg, se rencontraient dans la connnunication lonjjeani notre jardin (I). Quelques imprudents firent tirer les cloches pour excitei- les bourj^eois à |)reruli'e les arnu's, afin de se joindic aux (Cosaques.

(1) liC «jraud Timr de la ville de lîerliu se Croiivail iuitrclois à la limite dos jardins des liôlels de la W'illielmstrasse et le cliemiii de commiitiication n'y a été supprimé que vers 1870.

Les cris des uns, les « liourras » des autres, le feu des tirailleurs, un orage fort inattendu dans celte saison, tout contribua à augmenter l'agitation de cette matinée. Jusqu'à cinq Jieures après-midi, nous ne pûmes parvenir à savoir ce qui se passait. Toutes les rues étaient barrées; des gardes étaient aux portes des maisons pour empêcher toute communication; enfin, vers le soir, les Cosaques, très inférieurs en nombre, se retirèrent sur Pankow et les villages adjacents. On avait perdu beaucoup de monde. Dès le soir, le maréchal Augereau fit amener canons et caissons à poudre dans toutes les rues et sur toutes les places publiques; enfin, on prit les mesures nécessaires j)0ur contenir le peuple et maintenir l'ordre. 11 faut convenir qu'il s'y prit avec sagesse et sang-froid. Il se doutait peu de ce qui le menaçait et cependant avec plus de connaissances locales et de prom|)titude Tchernitcheff eût fait le Maréchal et son état-major prisonniers dans sa propre maison.

21 février . — Les troupes françaises bivouaquent depuis hier dans toute la ville; la mèche allumée, les soldats se tiennent près des canons braqués dans toutes les rues, prêts à tirer sur le peuple, si ou fait mine de s'ameuter. La gendarmerie veille à empêcher les Berlinois de commettre d'inutiles tentatives et à prévenir toute imprudence.

22 février. — Le calme semble reparaître un peu. Les rues sont libérées; les canons, les caissons et les hivouacs

sont installés snr les places pnbliques seulement, et les communications rétablies entre les maisons. Des retranchements sont élevés à toutes les portes de la ville. Quatrevingts caissons à poudre sont entassés sur la j)lace Guillaume, au milieu des bivouacs des trou|)es. Un accident pourrait amener les plus fâcheux résultats. J'ai l'ait quitter à mes enfants l'aile gauche de notre maison plus ex|)Osée que le reste. Nos salles sont le refuge de tous nos habitués et connaissances, notre maison, entre cour et jardin, offrant plus de sécurité que les autres. Cela fait une nombreuse société et Dieu me donne un courage dont je ne me serais pas crue capable. L'espoir que nous touchons enfin au terme de nos épreuves me fait supporter le moment présent avec confiance et sérénité.

Une grande partie de la garnison, composée de troupes italiennes, du corps du général Grenier, a une terreur panique des Cosaques. Ceux-ci frappent à couj)s redoublés aux portes de la ville. Les sentinelles à la fin ont crié : « Qui vive? " et les Cosaques, grimpant sur le haut de la muraille, ont répondu : « Cosaques •>•> en leur faisant d'épouvantables grimaces.

Depuis qu'on circule de nouveau dans les rues, on y va |)0ur être témoin de ces scènes.

La poste est arrêtée, toutes les nouvelles interceptées et nous ne savons rien du Roi, ni de ce qui se passe à Iheslau. Je ne sais cependant qui a fait parvenir ici une proclamation du Roi à son peuple, demandant à tous ceux ayant atteint leur dix-septième année de s'armer pour défendre la patrie et de venii- se joimlre à ses drapeaux. L'enlliou-

siasmc est «général; mais les difficiillés, pour les Berlinois, de quitter la ville en état de sièj]e sont presque insurmontables.

Guillaume va avoir dix-sept ans. Il brùle d'envie d'aller comme volontaire à l'armée.

2 mars. — Les bivouacs dans les rues sont rétablis et les arrangements pris |)ar les troupes IVançaises font présumer que leur départ est probable. La nouvelle se ré|)and que le maréchal Koutoussoff, à la tète d'une armée considérable, se porte sur Beilin et que la «|arnison française quittera la ville pendant la nuit. Le maréchal Augereau parcourt les rues depuis huit heures du soir et tout le monde reste sur pied.

3 mars. — Il était convenu, entre les Généraux des deux armées, que la garnison française passerait par la porte de Potsdam, tandis que l'armée russe entrerait par celle de Francfort. Il y eut des retards, ce qui fit que l'avant-garde cosaque atteignit encore l'arrière -garde française à la place Guillaume : j'entendis les coups de feu qui se tiraient de part et d'autre.

A onze heures, le calme se rétablit et toute la population de Berlin se porta à la rencontre des Russes. Heureux d'être délivrés de notre long esclavage, on se portait aux églises pour remercier Dieu. Les Russes furent accueillis partout avec des cris de joie. J'étais seule ce soir chez moi, lorsque je vis le fond de notre jardin rougi par une clarté extraordinaire. C'était Spandau, qui était incendié

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par les Français, en dépit des conventions conclues entre KoutoussofT et le Vice-Roi d'Italie. Tout l'horizon était obscurci par les nua«}Os de fumée que le vent amenait sur Berlin .

5 mars. — Le maréchal Koutoussoff, le général Benkendorff et tout l'état-major du Alaréciial vinrent chez moi. Ils contèrent beaucoup de détails intéressants que nous ignorions. Le frère du général Benkendorff me raconta entre autres que l'empereur Alexandre, décidé, en dépit de ses revers, de ne pas accepter la paix, dit dans sa proclamation à son armée et à son peuple : ^^ Je remets à Dieu mon sort et le vôtre, piiisse-t-il veiller sur nous ! » Napoléon, passant le Niémen, dit de son côté à ses troupes victorieuses jusque-là : « L'empereur Alexandre remet sa cause à Dieu et moi, soldats, je me fie en vous ■>•> , et Dieu décida.

Les Russes parlaient, sans en douter, de Talliance de la Russie et de la Prusse. On la désire beaucoup ici, mais rien d'officiel n'est connu. Berlin fut illuminé hier soir; une partie des troupes russes occupe la ville, le reste poursuit les Français.

14 mars. — Le comte Wittgenstein et l'armée russe sous ses ordres ont fait leur enlréc ii llerliu. Les Princesses y assistèrent du balcon du Chàleau. Le 13, la ville leur a donné une fétc; mais on n'apprend encore rien des rapports (kl Roi et de l'empereur Alexandre, (lelui-ci mène à sa suite le ministre d'Etat, M. de Siein, qui était tombé

malade en arrivant à Breslau. (liieisenau, venant d'Angleterre avec des bâtiments charj{és d'armes et d'uniformes, a débarqué à Coll)er<}. Il est aussi à Breslau, oii le Roi le nomma général. Clausevilz revient avec le quartier général deWittgenstein.

15 mars. — On vient d'apprendre la paix sousciite entre l'Autriche et la Russie et les traités d'alliance souscrits entre le Roi et l'empereur Alexandre. On sent que l'accord le plus parfait règne entre les deux Monarques; mais on ignore les conditions du traité et on dit qu'il y a de gros nuages entre le Chancelier d'Ktat et \I. de Stein. Le Roi n'a vu ce dernier qu'un instant, au moment de rejoindre l'empereur Alexandre à son quartier général.

Aucun de nos Princes, ni de ceux qui sont au service du Roi n'ont été nommés à des commandements en chef,, comme ils s'y attendaient. Le prince Guillaume (frère du Roi) et mon frère Auguste sont allés servir à l'armée de Bliicher. Le prince d'Orange ne voulut pas en faire autant. Quoique les circonstances, en 180(), ne lui aient pas donné le droit de s'y attendre, il est si irrité de ne pas recevoir de commandement, qu'il a quitté l'armée, a passé par Berlin pour offrir ses services au Prince Royal de Suède et finira par rester eu Angleterre.

29 mars. — Le 17, le maréchal comte d'Yorck (1) et

(1) Le maréchal Vorck, qui commandait les troupes auxiliaires l'aisaut partie du 10" corps de l'armée française, sous les ordres du maréclial Macdonald, conçut tout à coup l'idée de la défection, en apprenant le désastre de la Berezyna. La retraite de la Grande x'\rmée, qui rendait néces-

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son corps d'armée ont été à Berlin. Ils y furent reçus avec un enthousiasme difficile à décrire.

Nous avions remis à ce jour-là le baptême de ma fille Wanda, qui eut pour témoin les généraux et officiers des deux armées. Le 22,- le Roi ne fit que traverser ici pour se rendre à Potsdam et le 24 il fit son entrée à Berlin. r~ Ancillon est revenu avec le Prince Royal, qu'il avait accompagné à Breslau. Mon mari sollicita le Roi de rendre, par son intercession auprès des Souverains, les alliés, une existence à la Pologne. Il soumit cette proposition à Ancillon et au Chancelier d'État, qui y parurent favorables.

Le 27, le Roi vint me voir. Il fut bien amical et affectueux, parla avec beaucoup d'émotion des grands événements qui se préparaient, mais il me parut qu'il n'avait pas autrement repris confiance dans son avenir. Il était plutôt entraîné par les événements que rassuré par les mesures qu'on adoptait.

Le Roi parla avec mon mari du Mémoire qu'il lui avait remis, lui disant qu'il |)artageaitses idées sur le rétablissement de la Pologne, qu'il en avait été question à Breslau avec l'empereur Alexandre, mais qu'il ne l'avait pas trouvé enclin à prendre un parti, qu'il ne s'en occu-

sairo celle du 10' corps, sou hostilité |)ers()iinelle à la cause Irancaise et la couvictiou que le niomeul décisil' était arrivé i)oiir la l'russe, anienèrcnt Yorck à conclure sans hésitation à Tanroggen, le 30 décemhre 1812, une convention par laquelle il s'engageait avec son corps à garder la neutralité, malgré que le Ho! fût encore tenu par des liens avec Xapoléon, et (il de Krenigsberg un appel au peuple afin de reconstituer des troupes de défense.

1813 i;îj

pait que comme d'un intérêt secondaire. Cependant, l'arrivée du prince Adam Czartoryski à Varsovie donnait l'espoir qu'il influerait favorablement sur la décision de l'Empereur. 11 fut décidé que mon mari partirait tout de suite pour Varsovie, afin de se mettre au courant des dispositions du pays, de ce qu'on allait y résoudre et viendrait ensuite en rendre compte au Roi à Kalisz, où il allait rejoindre l'empereur Alexandre, qui s'y était établi avec son quartier «jénéral.

Mon ujari profita de cette occasion pour demander au Roi la permission que Guillaume suivit l'armée comme volontaire. Le Roi l'accorda gracieusement. Guillaume fut aussi satisfait que Ferdinand fut désolé de ce que nous ne lui permettions pas d'en faire autant; mais il n'a que quinze ans!

31 mars. — Nous venons de recevoir la nouvelle de la prise de Dresde. Le général de Dœrnberg, qui avait passé l'Elbe à Hovelberg, a dû faire d'abord un mouvement rétrograde, ayant rencontré un corps d'armée français trop considérable pour pousser en avant; mais ayant bientôt pu se réunir au corps de Tcbernitcheff, ils ont été en état tous deux de repasser de nouveau l'Elbe. Le général de Dœrnberg est une belle et cbevaleresque figure qui nous intéresse.

4 avril. — Il s'est formé des Frauen-Verein pour donner à ceux qui n'en ont pas les moyens de quoi s'armer, ainsi que les secours qui leur sont nécessaires.

La princesse Guillaume s'est mise à la tète de ces Comités. On projette des décorations et des distinctions pour les femmes qui s'en occuperont. Toutes les Princesses se sont jointes à Marianne pour travailler dans le même but. On dit (ju'Ancillon a «jajjné beaucoup d'inûuence politique, que c'est lui qui a arrêté pendant quatre jours la ratification du traité d'alliance avec l'empereur Alexandre. Il n'a pas vu M. de Stein. (Test cependant lui qui, avec Mme de Berg, a décidé sa nomination auprès du Prince Royal.

6 avril. — La nouvelle de la victoire près de Ijiinebourg est arrivée. Je suis encore sans lettre de mon mari.

Ferdinand est une grande consolation pour moi. Il s'est résigné à ne pas suivre son frère à l'armée et il s'occupe de ses frères cadets avec une tendresse qui fait du bien à mon cœur.

8 avril. — Le corps d'armée du Vice-Roi d'Italie a été complètement défait. Davoustse trouve cependantavec des troupes considérables encore près de Berlin. La victoire du général de Dœrnberg/ près de Liinebourg, a été très brillante, mais il est obligé de se replier, Davoust menaçant Berlin.

10 avril. — L'aj)proclie de Davoust agite extrêmement tous les esprits. Mais celui du peuple est bon. Dans toutes les petites villes et villages, on a organisé doi moyens de défense avec ordre et sang-froid.

On prépare des hôj)itau\ pour les l)lessés et malades; je me suis jointe aux dames qui s'en oceuj)ent.

13 avril. — Lettre de mon mari. 11 n'a plus trouvé à Breslau le Roi, qui était déjà parti pour Sfeinau. Antoine voulait le suivre et espérait reneontrer M. de Stein à Dresde. Celui-ei m'éeril qu'il est très impatient de revoir mon mari, mais qu'il est décidé à ne se mêler des affaires de Pologne qu'autant que l'empereur Alexandre l'y appelleia et qu'il n'est eliargé que des affaires d'Allemagne. Antoine m'écrit que le prince Adam Czarloryski a toute la confiance d'Alexandre pour les affaires de Pologne et qu'elles sont en bonnes mains.

Gnillaume, Ferdinand et Louis sont allés avec M. de Royer assister au bombardement de Sj)andau qui continue.

Le Prince Royal de Suède débarquera sous peu de jours en Poméranie avec son corps d'armée.

21 avril. — Une nouv(dle lettre de nion mari. Il est lieui'eux de l'espoir de voir renailre sa j)atrie et de devoir ce bonlunir à la Prusse et à l'enq^ereur Alexandre. C'est en chemin de Varsovie, à Rreslau, qu'il a rencontré le prince Adam Czartoryski, qui lui donna cette consolante nouvelle (1). Mon mari continue ensuite sa route |)0ur

(1) Daus une lettre adressée le 23 avril (4 mai) 1813 à l'empereur Alexandre, le prince Adam Czartoryski s'exprime ainsi

» En revenant à lialisz j'ai rencontré ;i \icl)or(nv le prince ^^ntoinc RadziuiH. J'ai appris de lui des détails qu'il est bon que Votre jMajesté Impériale connaisse. Le Iloi de Prusse n'est pas du tout contraire à l'existence d'une Pologne. Il a été étonné que Votre Majesté Impériale n'eût encore rien fait de définitif pour les Polonais; il s'est plaint que, toutes les

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Steinau cl Liibcn. Il me charye de toiil préparer pour le départ de Guillaume si, comme il y a lieu de le présumer, Ja guerre se décide. Le bombardement de Spandau dure toujours, et, aujourd'hui, on annonce la capitulation de Thorn.

25 avril. — Aujourd'iiui, Guillaume et Ferdinand ont fait leur première communion. Je les ai accompagnés à l'église catludique et j'ai uni mes prières aux leurs pour que Dieu bénisse leurs bonnes résolutions, leur donne la force d'y rester fidèles et de rem|)lir leur tâche jusqu'au bout.

26 avril. — Le général de L'Estocq vient de faire annoncer la capitulation de Spandau. On se plaint, dit-on, à Dresde de la vivacité de M. deStein, qui ne sait pas contenir la fougue de son caractère. Je vois malheureusement, par sa dernière lettre, qu'il est fort aigri. Je sais que mon mari est chargé d'une mission des Souverains pour Cracovie (1 ).

28 avril. — Je vois par une lettre de mon mari que sa mission à Cracovie était Jbrl épineuse. 11 était chargé de propositions pour le j)rince Josepli Poniatouski;

fois (ju'il avait voulu entamer cette matière, vous aviez paru fort embarrassé, et vous aviez eliaugé de discours. Il a eiiyayé le prinee Autoiue à venir à Varsovie pour y sonder l'opinion publique et s'y aboucher avec moi. Knfin, Sire, d'après ces données, il semble (pie le lioi de Friisse se prêterai! à toute mesure qui conviendrait à Votre Majesté Impériale dans ce sens... j [Mémoires du prince Adam Czarlorijxhi, t. II, p. .'UO. Paris, librairie Pion. 1887.)

(1) Le prince Antoine RadziuiH était arrivé à Cracovie le 20 avril 18i;J

M. Bijjnoii, qui s'y trouvait comme iutcndant fraurais, voulut faire arrêter Antoine et le garder comme olajje. Il dut à ramitié du prince Joseph de se soustraire à ce danger. Dans ce moment, il doit se trouver à Dresde.

29 avril. — Alon père est incommodé depuis avanthier. Il est inquiet de son état et je suis tourmentée de lui. Ce n'est encore qu'un rhume, mais sa santé est si délicate. Ma mère me délènd d'entrer ciiez lui, et j'ai le cœur navré d'être éloignée de cet excellent père, qui a tant de plaisir à me voir.

30 avril. — Alon père est mieux aujourd'hui. Dieu merci ! Auguste écrit du 27 à ma mère qu'on s'attend à une bataille.

/" mai. — Avant-hier soir, mon mari nous est arrivé en surprise. C'était un bonheur inespéré. Il ne vient que pour quelques jours, afin de rendre compte au Roi de sa mission. Le prince Joseph négocie en Autriche le j)assage du corps polonais par la Bohêuie, afin de rejoindre l'armée française comme il en avait reçu l'ordre. S'il reçoit un refus de la cour de Vienne, le prince Joseph acceptera le |)rojet que mon mari lui propose de la part du Chancelier d'Etat, ainsi que l'espoir que lui donne l'empereur Alexandre; mais il ne croit pas pouvoir le faire avec honneur, tant que la décision de l'empereur François et la proposition de Napoléon ne sont pas arrivées (1). Celle-ci

(1) Au moment où la fjuerre avait oclaté cutre la Franco et la Pmssie, le prince Joseph Poniatouski avait pu fournir à Xapoléon une armée de

ne parvint que plus tard, car FAutiiciu' tardait encore à se déclarer et à rompre avec la France.

Bignon, pendant vingt-quatre heures, avait mis mon mari sous surveillance et il lallut toute l'autorité du prince Joseph pour lui faire rendre ses passeports et lui donner ^ la liherté de retourner au Quartier général.

Je trouve mon père mieux; mais l'agitation de ma mère a fort augmenté. Elle parait souhaiter que mon père fasse quelque chose qu'elle désire pour Auguste; elle voulait que Molière ait une conversation avec lui, ce que le médecin Hcim ne veut pas, car il exige le plus grand repos.

2 mai. — En entrant ce matin chez mon |)ère, je fus péniblement fraj)pée. Il est plus laii)le, |)lus abattu, son expectoration est difficile. J'étais fort alarmée. Pourtant, il mangea avec apj)élit et lorsque ma mère entra, il prit un verre de vin et but à sa santé et à la mienne avec ce regard affectueux qu'il avait toujours |)our moi. Je retournais chez moi, lorsque Heim entra pour me prévenir qu'il trouvait mon j)ère plus souffrant, qu'il avait les mains froides et craignait une cranq)e de poitrine. Royer vint

100 000 liommos, qnifiirciit, mallieureuscmont, rc-partis coramo interpntex dans les difrcrcnls corps. Il ne lui en resta plus que 30 000. Ses compatriotes, ayant perdu toute confiance en Xapoléon, à la suite des désastres de 1812, sup|)lièreut le Prince de renoncer à suivre encore ce derni(;r ; mais il refusa, croyant sou honneur toujours enyajjé, et continua à se distin;(uer, ainsi (|ue ses compajjnons d'armes, par sou yéuéreux héroïsme, liorsijue le j)rince Joseph Poniatonski rei'usa à Cracovie au prince Antoine Radziuilt d'entrer dans des combinaisons politiques, alin de rester avec l'aniK'e polonaise fidèle à la cause de; Napoléon, le pritic(! Joseph caract(>risa la situation par ce mot : l^e foi t s'abaisse par un affront, le faible se (léshonoie en suppliant.

aussi disant que l'état devenait alarmant. Je nie hâtai d'arriver; ina mère était dans ranticliambrc; elle entra avec moi chez mon |)ère. Le changement de ses traits m'efl'raya cruellement et tout espoir s'anéantit dans le fond de mon cœur. Guillaume et Ferdinand vinrent. Il leur donna la main; je fis ajipeler Elisa, qu'il regarda aiec tendresse. Elle voulut baiser sa main, ce qu'il ne permit jias. Tous les remèdes restèrent sans effet; l'oppression augmenta, Fémétique que Heim lui donna ne put agir; je restai toute la nuit, à genoux, à cùté du lit de mon père, tenant sa main... Je me figurais être auprès du lit de mon frère Henri, je n'avais pas une larme, et un froid mortel me saisit. Je me rappelle chaque instant de cette dernière nuit, celui surtout oîi il ne fut plus possible de douter que cet excellent père, ce maitre adoré par tout ce qui l'entourait, avait cessé de vivre. J'entendis les gémissements de ma mère, les sanglots de tous ceux qui se trouvaient dans la chambre. On emmena ma mère, je la suivis et je restai près d'elle, me sentant, cependant, peu ntile, ni nécessaire. La bonne comtesse Xéale l'était bien davantage.

Ma mère était agitée, occupée de papiers à cherciier, de lettres à écrire. On lui porta un paquet trouvé dans la table à écrire de mon père, sur lequel se trouvait tracé de sa main : " Papiers de conséquence à remettre au Rot par la Princesse et, dans le cas oit elle ne serait plus, par mon /ils; mais, sans les ouvrir. »

Ces papiers furent portés la nuit même au Roi et un courrier fut expédié à mou frère Auguste.

5 mai. — Le lendemain, 3 mai, je retournai j)rès du lit de mon père. Il avait une expression si paisilile, si satisfaite, que je ne pouvais me lasser de contempler ses traits vénérables. Ma mère était fort triste, mais bienveillante. Elle me communiqua un papier qu'elle avait trouvé dans le bureau de mon père, contenant ses ordres pour son enterrement. Ma mère jjarlait beaucoup de lut, ce qui me paraissait une grande consolation.

Mon mari fut obligé de partir pour Nieborou, où il devait rencontrer le ])rince Adam Czarloryski. Comme c'était une commission dont il était chargé par le Chancelier d'Etat, par conséquent impossible à remettre, il dut, à son grand regret, nous quitter avant d'avoir rendu ses derniers devoirs à mon père, qui avait été toujours pour lui d'une bienveillance et d'une tendresse touchantes.

Il était aussi inquiet de s'éloigner, sans savoir l'issue de la bataille qu'on attendait.

6' mai. — La bataille eut lieu le 3. Le résultat n'en fui point décisif. Le rapport reçu par le général de L'Eslocq était j)eu satisfaisant. Il contenait l'ordre à la famille royale de quitter Berlin, dans le cas où les Français l'occuperaient de nouveau.

J'ai écrit à ma mère pour lui dire que mon mari désirait que je le suivisse avec mes enfants, si la guerre donnait de nouvelles alarmes pour Bejlin, et je lui ai demandé ses ordres pour la ville oii elle irait et où je désirais raccompagner. Elle me répondit qu'elle voulait que je suivisse

mon mari, cl que, dans lous les cas, elle était décidée à rester à Berlin.

Les nouvelles le lendemain ont été j)lus rassurantes, mais pourtant bien afïlij^eantes pour la pauvre Marianne, son frère Léopold ayant été une des premières victimes de la bataille de Liilzen. Au^juste nous est conservé, mais il a été en grand danger. Son cheval a été tué sous lui. C'était le cheval de mon Irère Louis, qui le montait le jour même oii il fut tué à Saalfeld et ce fut encore Slope qu'Auguste montait le jour oii il fut lait prisoimier dans les marais près de Prenzlau.

C'est dans la nuit du 7 mai que mon père fut déposé dans le caveau du Dôme, et, d'après ses ordres, sans suite, et sans cérémonie. Le simple cortège n'était suivi que du Chancelier de l'Ordre, comte de Loltum et par ses gens. Ma mère était très inquiète des nouvelles qu'elle attendait d'Auguste, et, fort éprouvée, ne pensa pas à se rendre au Dôme. Je me fis éveiller à deux heures et demie du matin et, enveloppée de mes voiles, j'allai avec (juillaume, Ferdinand et Louis (J) au Dôme, devançant le triste cortège. J'y attendis longtenqjs le convoi qui suivait fort lentement. Le repos qui m'entourait dans cette lugubre nuit fit du bien à mon cœur, je retrouvai le calme et le courage dont j'avais besoin.

Le cercueil, posé suj- la trappe, descendit ainsi dans le caveau, sans chants et sans prières, excepté celles que nous adressions à Dieu pour ce père cliéri. Connue il avait

(1) Louis de W'ildcnbriicli.

défendu toute cérémonie, ma mère avait cru suivre ainsi sa volonté; mais il me parut fort triste d'être privé des consolations de la parole de Dieu dans un pareil moment. Je descendis au caveau par l'escalier, je vis mon père placé entre ses deux fils. Les trois êtres que j'avais tant chéris étaient maintenant réunis. Tous les souvenirs de mon enfance et tout le bonheur que, je leur devais étaient ensevelis avec eux ! Je regagnai bientôt ma maison, remerciant Dieu de m'avoir accordé la force de remplir jusqu'au bout ce douloureux devoir.

9 mai. — Xos incertitudes durent encore. Les armées se retirent; elles sont adossées à l'Elbe; la Saale est abandonnée et malgré des avantages remportés, des canons pris, la retraite qui continue nous fait perdre tous les fruits de la victoire. Le général de L'Estocq vient de nous communiquer l'ordre reçu à l'instant de transportei" àBreslau les archives et les objets de j)rix; car l'aiiiiée j)russlenne quitte sa position sur l'Elbe et il est possible qu'un corps d'armée français se porte sur Berlin. En conséquence, tous les arrangements de départ se font.

h rdurfoii-.sin'-rOder , 22 mai. — Depuis le 17 au matin je suis ici. Le IG encore, nous espérions ne pas devoir quitter Berlin. Les Princesses partirent le 13 et le 14 par la route de Poméranie. Le !(> au matin, le général de Hiilou, commandant Farmée (pii protégeait Herlin, m'envoya un comiier et uTéciivit |)our me demander avec instance de partir. Il disait se IrouviM- vis-à-vis d'une

armée très supcricure en forces et obligé de prendre à son secours les inondations et les retranclienients pour organiser une guerre défensive et demandait la sécurité de n'avoir pas à craindre j)ournous.

Il fallut se décider à |)arlir; en I80G, cette résolution ne me coûta pas aulanl. Ala mère fut bonne et bienveillanle pour moi, en m'ordonnant de suivre mon mari; et persuadée que c'était etlèclivement mon devoir, je la quittai avec une vive |)eine. La princesse (luillauiue, qui était encore à Berlin, se décida alors à se diriger sur la Silésie. Mes six enfants, Louis, Blanclie, deRoyer et Pauline Néale partirent avec moi [)our Francfort, où nous devions attendre la direction que le prince Guillaume donnerait à la Princesse, et moi celle de mou mari. Nous quittâmes Berlin le Kî au soir. Arrivés à quatre lieures du matin à Francfort-sur-1'Odei", j'allai me loger à l'hôtel du Lion d'Or.

La nuit d'après, nous fûmes réveillés par la nouvelle que l'armée Irançaise se portait sur l'Oder et qu'il fallait s'éloigner tout de suite; au moment où nos voitures étaient chargées et où nous allions nous mettre en route, mon mari arriva. Il avait trouvé nos chevaux commandés sur le chemin et il se hâtait pour empêcher notre départ. Il venait de Varsovie rendre com|)te au Roi de sa commission, mais, sachant la retraite de l'armée prussienne, il nous prévenait que nous n'auiions plus le temps dépasser l'Oder sans rencontrer les armées.

Mon mari repartit le 19. La nouvelle de la défection de la Saxe lui faisait espérer de trouver les Souverains favo-

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