A MES ENFANTS
INTRODUCTIOM
La princesse Louise de Prusse est morte le 7 décembre 1836, laissant une lettre testamentaire, datée de mai 1835, adressée à son fils Guillaume.
Dans cette lettre, la Princesse léguait à celui-ci tous ses papiers, entre autres, deux volumes écrits enlièrement de sa main pour :ies enfants, dont elle donnait la garde à son fils aîné.
Ces volumes coïitieniient les récits de son enfance, de sa jeunesse et des tristes années marquées pour la famille royale de Prusse par l'exil et les temps très durs des guerres napoléoniennes.
La piincesse Louise n'a commencé ce travail de rédaction qu'en 1811, d'après des notices qu'elle avait l'habitude d'inscrire presque chaque jour sur des petits cahiers, dont quelques-uns sont venus jusqu'à nous.
Elle s'arrêta à 1815 et n'en terminale résumé qu'en 1836, peu de mois avant sa mort.
C'est donc un ouvrage écrit rétrospectivement que j'ose offrir aujourd'hui, d'abord à la famille Radzi-
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witt, pour laquelle il est presque inédil, et ensuite au public, qui saura sans doute l'apprécier, surtout à Berlin.
(les Mémoires sont coniplèlement rédigés en français, et je nie suis bien gardée d'y rien changer, afin de conserver intacte leur originalité. En dépit de quelque accent étranger dans la construction de la phrase, la pensée est partout bien rendue. A cette époque-là, le français était en Allemagne la langue usuelle à la Cour et dans la société.
La révocation de l'Edit de Xantes, qui fut la grande faute de Louis XIV, avait enlevé à la France un nomiire (onsidérable d(; citoyens éclairés. Ceux-ci se répandirent chez les nations voisines, en y portant leur industrie, et, par les soins du Grand Electeur qui ré<jnait alors sur ces contrées assez arriérées, le Brandebourg ressentit plus spécialement les bienfaits de cette émigration. Elle lui fournit non seulement une précieuse population, mais encore la connaissance des arts, que des réfugiés industrieux surent y introduire.
Les Français établirent, entre autres, à Berlin, une colonie toujours distincte par ses mœurs, par son esprit; et ainsi, grâce à celte influence, l'usage de la langue française devint dominant à la Cour de Prusse.
IIVTRODUCTIO.V III
La princesse Louise, fille unique du prinre et de la princesse Ferdinand de Prusse, propre nièce de Frédéric le Grand, fut élevée dans une Cour, dont onze ans d'un règne trop peu sévère avaient placé le trône sur la pente de l'abîme. VA\e avait sous les yeux les exemples les plus funestes et grandissait dans le milieu le plus lutile. Peu aimée de sa mère, mal défendue par un père qui ne fut guère à la hauteur de sa tâche (1), la Princesse cependant retomba toujours sur ellemême, guidée par un profond sentiment de sa dignité morale, par un jugement sain et par une droiture de caractère qui lui font grand honneur.
Il est même intéressant d'obseruer l'évolution religieuse qui s'opère petit à petit en elle, sous l'influence des expériences de la vie, des chagrins qu'elle ressent, de son esprit de famille et de l'affection qu'elle avait vouée à son mari.
Le prince Antoine Radziwili, (jui obtint la main de la princesse LouisR et l'épousa le 17 mars LTOO, était de [)lusieurs années plus jeune qu'elle. Le charme du Prince avait su la subjuguer. On verra dans le courant, de ces Mémoires ce qui a amené ce mariage; la Princesse le raconte très en détail, sans dissimuler les sen
(1) Sur le niominicnt militaire ([iic le prince Henri fil ériger, en 1791, à Hheinsbcry, en .souvenir des héros de la jjiierre de Sept ans, le Prince termine l'inscription à sou frère P'erdinand par ces deux vers ;
.autant et plus reiommaiidable Par ses vertus que par ses exploits.