V INTRODUCTION
timeiils d'airection qui dominaient son cœur, sentiments qui ne se sont jamais affaiblis.
Le prince Hadziwitt réunissait, il est vrai, toutes les séductions : d'une loyauté égalant sa haute distinction, d'un équilibre parlait, grand seigneur, arliste dessinateur, à la fois virtuose sur le violoncelle et compositeur de musique, chantant la romance avec un accent inimitable, aimable pour tous, il élait irrésistible, au dire de tous ses contemporains.
Mari fidèle, très dévoué à la famille de Prusse, sous l'égide de la(|uelle il aurait voulu reconstituer la Pologne, le prince Antoine UadziwiH n'en resta pas moins toujours profondément attaché à sa patrie, travailla pour elle et ne lui ménagea pas les preuves de son dévouement, comme on peut en suivre la trace sous la plume de la princesse Louise.
Le prince Antoine Radziivili reçut de son père (le dernier palatin de Vilna), au moment de son mariage, le palais Radziwilt à Berlin, qui certes, était la plus belle demeure de la ville (1).
Le Prince et la Princesse y recevaient beaucoup. Le soir surtout, leur maison était toujours ouverte à un cercle de société très étendu, où se mêlaient les Princes de la famille royale, les savants, les artistes et tous les
(I) (](• pjiliiis sur lo rroiilispico (lii([iu'l on lisait rinseriptioii française : Hôtel l\(i(hhcitt, (ut ailicfc' cii I.ST.") par le ;joiivoru('ineiit pour en faire la (lenieurc du Cliancclicr de r.Mlcrua'inc
étrangers marquanls qui passaient par Berlin. C'était un salon absolument cosmopolite; le Prince savait y donner une bonne place à ses nationaux, tout en attirant chez lui tous ceux qui partageaient ses goûts. Très grande dame, la Princesse dirigeait la conversation avec à-propos et présidait avec grâce, sans qu'on pût jamais oublier qui elle était.
De ces Mémoires, deux figures se détachent d'une façon spéciale. C'est d'abord celle du prince Henri de Prusse, oncle de la Princesse, et ensuite celle du prince Louis-Ferdinand, son frère chéri, qui, trop prématurément, tomba sur le champ d'honneur.
Si la principale gloire de la guerre de Sept ans rejaillit sur Frédéric II, en qualité de Koi, le prince Henri en fut certainement le second héros; il s'y illustra comme homme d'Etat et comme guerrier.
Doué d'une imagination ardente, d'un coup d'œil juste, d'un esprit particulièrement tourné à la réflexion et porté au calcul, d'une volonté ferme toute dirigée vers le bien, d'une mémoire prodigieuse, le prince Henri attira par ses vertus et ses talents les regards des Polonais qui manifestèrent le désir de l'appeler sur le trône électif de leur pays. Le prince Henri était alors considéré en Pologne comme le seul remède capable de calmer les craintes que faisaient ép 'ouver les ambitions de Catherine.
VI INTRODUCTIOX
A deux reprises, la proposition en fut portée à Frédéric II par Alokronoviski (palatin de Mazowie). Redoutant la valeur de son frère, le Roi rejeta cette offre avec effroi, car il venait de signer avec Catherine II un traité, dont la principale condition était de seconder cette Souveraine pour placer un seigneur polonais sur le trône de Pologne. Frédéric demanda au député (le la Diète s'il avait vu son frère, et sur ce qu'il lui dit que non : ^- Partez donc, lui dit le Roi, el ne le voyez pas. "
Déçus dans leurs espérances, les Polonais se virent alors obligés d'élire Stanislas-Auguste Poniatowski, après une Dièîe des plus orageuses.
Ce trône, qui aurait probablement convenu aux désirs du prince Henri, lui échappa uniquement parla jalousie de Frédéric II, qui n'aurait guère aimé voir un rival s'élever à côté de lui, même si ce rival était de son sang.
Le prince Henri ignora longtemps la démarche des Polonais en sa faveur, comme le raconte longuement la princesse Louise et, au lieu de favoriser cette élection, Frédéric II chargea son frère d'aller à Saint- Pétersbourg, en 1770, pour interposer la médiation de la Prusse, afin de terminer les querelles et les jalousies toujours menaçantes entre la Russie et l'Aulriche : querelles qui auraient pu renouveler la guerre, dont Frédéric ne voulait pas, pour ne pas déranger son œuvre.
IIVTR0DLC1 lOM VII
Le prince Henri trouva l'impératrice Catherine presque intraitable ; mais ayant perçu l'orgueil qui la dominait et très décidé à réussir dans sa négociation, le Prince pensa qu'un démembrement de la Pologne pourrait seul, en contentant tout le monde, éviter la guerre que son frère redoutait et il fit céder à la raison d'Elat les scrupules qu'il devait ressentir.
Avec une carte de la Pologne, sur laquelle étaient tracés de sa propre main les lots auxquels chacune des trois puissances pouvait prétendre, le prince Henri se présenta chez l'Impératrice. Ayant développé son plan avec toule la force de persuasion qu'il possédait, Catherine permit au Prince, après quelques hésitations, d'en faire part au roi de Prusse.
Quand Frédéric reçut de son frère le premier avis de cette négociation, le Roi crut lire un rêve; et au retour du Prince à Berlin, Frédéric s'écria dans l'effusion de sa satisfaction : «.-î/// mou frère, roas aviez raison y un Dieu vous avait inspiré! «
Ainsi s'engagea ce partage, qui devint plus lard pour le prince Henri un sujet de poignanis regrets et donna à l'Europe le premier et funeste exemple d'un démembrement jugé régulier par les intéressés, mais qui dérangea, en partie, la bahmce du X'ord.
Avec les talents dont le prince Henri offrait le rare assemblage et soutenu par le courage d'un peuple auquel il n'a manqué qu'un chef pour se relever, il est
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permis de croire que Ja Pologne eût pu revivre de beaux jours.
Malf^ré l'ignorance du farouche Frédéric -Guillaume I", les circonslances forcèrent ce Monarque de choisir dans la classe des réfugiés français, devenus ses sujets les plus distingués, les gouverneurs et gouvernantes de ses enfanis. Le prince Henri dut certainement à une dame de l'ancienne famille de Jaucourt (de Bourgogne), à laquelle son enfance fut confiée, la pratique de la langue française, qui était véritabh^ment sa langue maternelle. En jetant de bonne heure dans son esprit les nuan( es du bon goût, le l'rançais fut comme l'introduction du Prince aux précieuses connaissances qu'il sut en peu de temps s'approprier.
Personne n'était donc mieux préparé que le prince Henri au voyage en France que Frédéric II lui demanda de faire, en 1784, pour lui rendre un dernier service politiq;ie. Il s'agissait de neutraliser l'influence autrichienne à la Cour de Versailles.
Si sa mission ne lui réussit pas cette fois-ci, le Prince obtint ])ourtant, à chacun de ses deux voyages à Paris, un succès de faveur. Le prince Henri fut reçu avec enthousiasme par les encyclopédistes; Grimm donne un long récit des ovations qui lui furent faites. A une séance de l'Académie française à la(juelle il assistait, Alarmontel, qui remettait \eprix de vertu à la libératrice de Latude, dit en se tournant vers la tribune, où était