BERNHEIM JEUNE
i, Rue Scribe
36, Avenue de l’Opéra — 15, Rue Richepanse
Une réalité de rêve se dégage,
Lente, des loins de brume où les rêves réels, D’abord laisse flotter ses dehors corporels,
Puis s’affirme à jamais, lumineux témoignage.
Et c’est le sens vital d’un âge et d’un visage, C’est un spectre docile à de secrets appels,
C’est l’âme dérobée aux accidents formels,
C’est l’être sous la fiction du personnage.
Et tant vit l’apparition qu’on craint la voir S’évader du jour bref à l’infini du soir.
— Mais le chef-d’œuvre reste à sa gloire fidèle.
Car pour l’honneur des yeux Carrière a proféré
La révélation de la beauté nouvelle
Que nous gardait encor l’antiquité du vrai.
Charles Morice.
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L'émotion causée par la mort de Carrière a été douloureuse et profonde. On a pleuré non seulement la disparition d’un glorieux artiste, d’un maître incontesté, mais aussi celle d’un noble esprit, d’un grand coeur et d’une conscience exemplaire.
Carrière avait au front la triple auréole du génie, du courage et de la bonté. La bonté ne fut-elle pas d’ailleurs la source pure, limpide et toujours jaillissante où s’abreuvaient les ardeurs de son génie.
Au moment de s’endormir du grand sommeil, il murmura faiblement, de sa voix brisée par la souffrance : « Aime{ vous avec frénésie ».
Ce furent ses dernières paroles. Penchés sur le mourant, sa femme, ses enfants, tous ces êtres chéris, dont il éternisa si souvent les traits, les recueillirent avec son dernier souffle.
Conseil suprême où se résument tous les élans de cette âme faite de lumière et de bonté, et toujours largement ouverte aux pensées les plus hautes et les plus généreuses.
Un jour prochain le peuple des humbles et des déshérités, qu’il aima tant, le connaîtra tout entier par la splendeur émouvante de ses écrits, aussi beaux que ses tableaux, et s’inclinera devant sa haute et sereine image, comme le feront les artistes de toutes les écoles et de tous les temps, devant le souvenir du peintre incomparable et immortel de la vie du cœur.