VIRGINIA CITY
l'année suivante il {at l'objet de spéculations éhontées. En moins de cinq :.ns des actions des mines situées sur ce filon, émises à 500 $, montèrent à 6,000 $. Naturellement il ne tarda pas à se produire un mouvement de baisse qui en 1864 amena une débâcle générale. Aujourd'hui cet agiotage effrené a presque complètement cessé etl’exploitaticn s'opère d'une façon à peu près régulière. La production moyenne est maintenant d’environ 28,000,000 de $ par an. Le rendement moyen du minerai est d'à peu près 45 $ par tonne; l'argent entre pour les deux tiers dans ce chiffre.
La mine Consolidated Virginia à produit du minerai valant jusqu'à 100 $ la tonne. Du 1°" au 26 octobre, jour où les travaux ont été interrompus par l'incendie, elle a produit 800,000 $. Les frais pendant cette même période s'étaient élevés à 450,000 $ . Elle a payé cette année 10,368,000 $ de dividendes, c'est-à-dire 65 p. 100 du produit total.
En sortant de la mine, nous allons diner à notre car, et le soir faire un tour dans la ville. Il y a beaucoup de monde dans les rues; les bars, les restaurants, les maisons de jeu sont encombrés. Celles-ci offrent un spectacle des plus curieux. C'est un jeu spécial au pays, le faro, qu'on joue généralement. Pourtant, dans l'une d'entre elles nous trouvons une table de vingt et un. C'est une femme, une Francaise, qui taille la banque. Depuis vingt-deux &ns elle n'a pas quitté la Californie et n’a fait que ce métier de croupier; elle est payée 2 $ et 1/2 par jour. Mais ce qu'il y a de plus singulier dans la même salle, ce sont quatre grandes tables autour desquelles sont assis, pressés les uns contre les
autres, des joueurs de Loto, Le carton se paye un demidollar. Le premier qui a fait un quine est le gagnant. Le croupier, assis sur une estrade, appelle les numéros qui sortent successivement d’une sorte de bouteille en bois tournant autour d’un axe. La banque percoit 10 p. 100 sur les enjeux.
Tandis que nous sommes à regarder ce spectacle, des coups de feu se font entendre; personne n'y prête la moindre attention. Je me hâte de sortir; j'entends encore quelques rumeurs; je me dirige du côté d'où elles semblent provenir. Je rencontre sur mon chemin un homme de la police qui revenait. À ma demande, il répond que ce n'était rien: un simple lutte à coups de revolver entre des Chinois. Une centaine de balles ont été échangées. On n’a pu constater que la mort d'un Chinois. Deux autres et un blanc qui s'était trouvé mêlé à la bagarre avaient été blessés ; mon interlocuteur ajoute que, sans doute, il y a eu d’autres morts parmi les Chinois, qui auront été enlevés avant l'arrivée de la police.
10 décembre, — M, Sutro, dont le nom est bien connu aux États-Unis, est venu ce matin nous demander de visiter son fameux tunnel. Nous avons dû nous excuser, le temps nous manquant pour nous y rendre, Dès 1860, M. Sutro eut l'idée de creuser un immense tunnel qui servirait à l'écoulement des eaux du Constock lode, à l'aération des mines et au transport facile au dehors du minerai. Ce ne fut qu'en 1864 qu'il s'occupa de la réalisation de son projet. Au commencement de 1865, la législature de l'État de Nevada lui donna l'autorisation de faire ce travail, lui concéda le
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VIRGINIA CITY 175 terrain nécessaire et le droit de tirer de chaque Compagnie une redevance analogue au péage exigible sur certaines routes. Cette redevance, après entente avec les diverses Compagnies, fut fixée à 2 $ par tonne de minerai extrait, à dater du jour où le tunnel serait ouvert. Il devait être ouvert au bout de trois ans au plus. Après des difticultés de toute espèce, le percement commenca. Une partie du tunnel qui, creusé à une profondeur de 2,000 pieds, doit en avoir 20,000 de long sur 12 de large et 12 de haut, est achevée, mais le travailest loin d'être terminé, le délai est expiré, quelques mines, comme la mine Savage parexemple, ont descendu leurs puits plus bas que ne passera le tunnel de M. Sutro, des machines d’épuisement ont partout été construites, et aujourd'hui la plupart des Compagnies du Comstock prétendent être libérées de leur contrat.
Notre déjeuner expédié, nous allons visiter le Cuifornia mill, le plus grand de l’État de Nevada, me diton, et où l'on traite le minerai provenant de la mine California. Ce moulin appartient à une Compagnie indépendante de la mine et qui a fait marché avec celleci. Il peut travailler 200 tonnes de minerai par jour.
Ici on n’emplcie plus uniquement des moyens mécaniques pour extraire les métaux précieux. L'or et l'argent se trouvent mêlés ensemble: la densité du premier étant 19.36 et celle du second 19.54, suivant la proportion des deux métaux qui entrent dans le mélange, celui-ci à une densité qui varie. Il peut donc arriver, et cela se présente souvent, que l'union des deux métaux donne naissance à un corps dont le poids spécifique soit égal à celui du mercure : 13,59, Les pro-
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cédés employés en Californie seraient donc insuffisants, et on est obligé d'avoir recours à un système où l'on se sert à la fois des procédés mécaniques et de l’action d'agents chimiques déterminés.
Ces agents chimiques sont le sulfate de cuivre et le sel marin, qu'on ajoute en quantités suffisantes pour amener les différents éléments du minerai à un état te] que les métaux précieux puissent s'amalgamer aisément. Chose assez bizarre, il semble qu'on n'ait pas pu jusqu'ici trouver la formule chimique exprimant l'action sur le minerai du chlorure de cuivre, né de l'action réciproque du sel et du sulfate de cuivre.
Le bâtiment où se trouvaient les pilons au nombre de soixante, servant à écraser le minerai, a été brûlé durant e dernier incendie; on le recoustruit, mais, en attendant, on opère sur les portions du minerai qui n’exigent pas ce premier travail, après lequel les débris convertis en sable étaient amenés par des flumes dans de larges réservoirs en bois, au fond desquels ils se déposaient, A l'aide de larges pelles on les jetait alors dans les pans, et ils subissaient les mêmes manipulations que neus voyons pratiquer devant nous.
Les pans du California mill, au nombre de quarante, sont de larges cuves en fonte de fer, dans lesquelles se meuvent des meules qu'on peutélever plus ou moiris audessus du fond des cuviers, suivantla quantité de minerai qui s'y trouve; ces meules se meuvent autour d'un axe vertical avec une vitesse de soixante-dix révolutions à la minute. À la farine du minerai on ajoute, ainsi que je l'ai dit tout à l'heure, du sulfate de cuivre, du sel marin,du mercure en quantités déterminées par l'expé-
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VIRGINIA CITY 177 rience, puis de la vapeur d'eau pour faciliter les réactions et faire du tout une masse boueuse,
L'amalgame une fois formé, il est amené par des conduits avec les autres matières dans les settlers qui sont au nombre de vingt. Ces settlers sont aussi des cuves en fonte où l'on fait arriver de l'eau froide et où une sorte de roue tournant autour d’un axe vertical brasse toutes les matières et lave l'amalgame qui peu à peu s'écoule par une étroite ouverture pratiquée au fond de la cuve et passe par un conduit dans un grand filtre en toile, d’où une partie du mercure en excès s'écoule librement. Ce mercure est amené dans un réservoir d'où, à l'aide d'une machine à vapeur, il est renvoyé dans des réservoirs plus petits, placés à portée près de chaque pan.
L'amalgame est soumis à l'action d’une presse hydraulique qui réduit à 4 p. 100 les 7 p.100 de mercure en excès, puis il est ensuite soumis aux procédés ordinaires de distillation dans les retortes ou cornues. On fond le gâteau métallique obtenu dans un creuset garni de piombagine, avec du borax, et on le coule enfin dans un moule en forme de brique.
Nous rejoignons notre car pour lequel le superintendant de la ligne a très aimablement réservé une locomotive, ce qui nous permet de nous arrêter, en reprenant la route de Carson City, au Brunswick mill, l'un des nombreux moulins établis sur le Carson river et qui sert à la réduction du minerai transporté de la mine de Consolidated Virginia.Ce moulin est mù par l'eau du Carson river. La force obtenue est de 400 chevauxvapeur. Par jour, 180 tonnes de minerai peuvent être
exploitées. Le moulin se compose d'un rock-breaker, de o6 pilons de 900 livres chaque, de 26 pans et de 16 settlers.
En sortant du moulin, nous nous faisons conduire un peu au delà de Carson City, au chantier où aboutissent les flumes qui apportent la plus grande partie des bois nécessaires aux mines des environs. Ces flumes sont à peu près semblables à ceux dont j'ai donné la description. Ils amènent d’une distance de près de 30 milles des quantités considérables de planches et de bois. Le chantier renferme actuellement plus d’un million de pieds cubes de planches et près de 35,000 cordes de bois. Le transport d'une corde de bois revient à 2 $.
Rentrés à Carson City, nous parcourons avant notre dîner cette petite ville, la capitale de l'État de Nevada, qui jadis faisait partie du territoire d' Utah, mais s'en sépara dès 1861. Le Nevada est un pays montagneux, à demi désert, où la moyenne d'élévation des vallées est de 5,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les eaux des rivières qui arrosent ces vallées n'arrivent jamais à l'Océan. Les unes se perdent dans les sables, les autres, commele Carson river, dans deslacs.CarsonCityaune population de 7 à 8,000 âmes, mais n'offre rien de remarquable.
L'heure dn dîner arrivée, nous nous mettons à table dans notre car, où nous avions fait préparer un festin d'adieu. De nombreux toasts sont portés par mes compagnons et moi aux Californiens qui nous ont fait si gracieusement les honneurs de leur beau pays. Ils boivent à notre heureux voyage et à notre prochain retour. Puis ie train nous ramène à Reno, et 1à nous nous séparons, ces Messieurs rentrant à San-Francisco, Rothschild, le docteur Davesne et moi reprenant la route de l'Est.
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