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ports ; puis nous allors donner quelques instants à une collection de gravures appartenant à M. C"°”. Elle est considérable comme nombre, mais au-dessous du médiocre; elle est pourtant fort appréciée ici,
Dans presque toute l'Amérique, dans beaucoup de cas les articles de provenance française ou étrangère sont l’objet d’une préférence marquée. C'esrque les articlesde fabrication américaine sont souvent d’un goût douteux et que, de plus, ils reviennent à un prix aussi élevé que les articles importés, bien que ceux-ci soient soumis à des droits exorbitants. J'ai la curiosité de visiter à Philadelphie plusieurs des grands magasins en renom, et il m'est faciie de constater le fait.
La main-d'œuvre est si chère aux États-Unis que le prix de la fabrication ne permet pas de profiter de l'ayantage fabuleux qui semble fait à la production naiionale et dont quelques chiffres pourront donner une idée, C'est aiasi que les tapis, par exempie, payent un droit d'entrée qui varie entre 50 et 70 p. 100 de leur valeur et les verreries un droit de 30 np. 100. Les g'aces françeises payent un droit de 12 fr. 50 quand elles ont moins d'un mètre carré ; quand elles ont plus, elles payent un droit de 27 francs par mètre carré ou fraction de mètre carré.
Mais ce n'est pas seulement pour protéger l'industrie nationale que les droits d'entrée sont si élevés aux États-Unis, et il est à craindre que les théories du libre échange ne se fassent pas, avant quelque temps, jour de ce côté de l'Atlantique pour un tout autre motif, l'obligation d'avoir un revenu pour subvenir aux dépenses, payer les intérêts de la dette et l’amor-
tir. Ce n'est pas tout que d'établir des impôts généraux, il faut pouvoir les percevoir, et c'est chose qui paraît impraticable dans un pays aussi vaste que celui-ci et où la population est aussi dispersée.
Cette situation devra pourtant avoir un terme à une époque qu'on ne saurait préciser, mais qui ne peut tarder beaucoup. Le poids de la dette et du budget retombe, en effet, en grande partie sur les États de l'Ouest, qui sont producteurs et point manufacturiers, et le jour où ils s'en apercevront «t : rivaliseront comme chiffre de population avec les États de l'Est, une réforme deviendra absolument nécessaire,
M. et Mrs. Brewster mettant le comble à la façon aimable dont ils nous ont fait les honneurs de la ville, après nous avoir offert un dîner excellent chez eux, nous mènent à l'Opéra. La salle est la plus grande qui soit aux États-Unis; elle est jolie et peut contenir 3,000 personnes environ. La troupe, en revanche, est détestable, et W**, qui est annoncé à grands renforts d'affiches comme Le plus illustre des ténors d'Europe, chante ce rôle du Postillon de Lonjumeau, auquel il a dû sa réputation, d’une façon si pitoyable, que nous nous hâtons de quitter la salle et d'aller oublier ce merveilleux artiste autour d'une table de souper des plus élégantes, mais singulièrement garnie. Il n’y a que des huîtres : sept ou huit plats tous accommodés d'une manière différente, et tous excellents,
La population de Philadelphie est d'environ 800,000
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âmes. C'est une des villes manufacturières les plus importantes des États-Unis. On y travaille le fer, le coton, les laines, etc., etc. On y compte dans les manufactures 145,000 ouvriers. En 1873, le chiffre des exportations a été de 34 millions de dollars et le chiffre des importations de 26 millions.
Plusieurs lignes de chemins de fer aboutissent à cette cité qui est, en outre, munie de quais superbes où peuvent aborder les plus grands bâtiments de commerce, le Delware ayant, en cet endroit, une largeur de près de trois quarts de mille et une profondeur très grande,
Philadelphie fut fondée en 1682 par William Penn, débarqué l’année précédente sur cette terre, qui lui avait été concédée par Czarles IT et à laquelle il laissa son nom. Elle le garda quand elle devint un État.
La Pennsylvanie occupe comme population la seconde place parmi les États de l'Union; ses richesses minières en fer, houille et pétrole principalement, sont considérables.
Elle est traversée par les monts Aleghanys et arrosée par une foule de cours d’eau parmi lesquels, en dehors du Delaware, dont j'ai déjà parlé, il faut citer la Susquehannah et l'Ohio. La capitale est Harrisburg, ville manufacturière importante sur la rive est de la Susquehannah et qui compte environ 25,000 habitants.
4 janvier, — Nous prenons congé de M. Brewster et de sa ferme; je leur promets, pour ma part, une visite quand je reviendrai lors de i'Exposition, et nous repartons pour New-York où nous débarquons à neuf
heures et demie du soir pour, quelques minutes après, nous retrouver à l'excellent hôtel Brevoort, qui nous 4 laissé de si bons souvenirs. :
5-9 janvier. - C'est avec un véritable bonheur que, lorsqu’en deux mois et demi on à parcouru plus de 7,000 milles, on s'arrête avec le sentiment qu'on va, pendur.! quelques jours, jouir d'un peu de repos.
C'est du moins ce que j'ai éprouvé dès le lendemain
matin de mon retour à New-York, Ma satisfaction fut doublée quand j'appris que le ministre de France, M, A. Bartholdi, était aussi de son côté arrivé de Washington. Nous étions de vieilles connaissances et je le retrouvai avec un vif plaisir.
+ Après deux jours de farniente absolu, tantôt seul, tantôt avec quelqu'un de mes amis, je me remets à parcourir la ville de New-York et à voir ce qu'elle offre de curieux ou d’intéressant, et que je n'ai pas vu encore, ioee
C'est ainsi que je visite plusieurs galeries de tableaux vraiment fort bonnes. Je citeraien première ligne cellede M. Belmont, qui contient d'excellentes toiles de Gallais, Knauss, Daubigny, Troyon, Meissonier, etc., et celle du richissime marchand dont j'ai déjà parlé lors de mon arrivée à New-York, M. Stewart, qui possède un grand nombre de tableaux, dont quelques-uns tout à faitde premier ordre, tels que le Marché aux chevaux, de Rosa Bonheur, le Charmeur de serpents de Fortuny, la Table des enfants, de Knauss, un Frère superbe, des Meissonier remarquables, etc,
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C'est à de telles personnes, il faut le dire à leur honneur, que les Américains doivent l’épuration qui se produit peu à peu dans leur goût depuis plusieurs années et dont on peut se rendre compte par le choix de tableaux qu'on trouve chez le correspondant de la maison Goupil, à New-York.
Un autre jour, c'est chez Tiffany, le grand bijoutier de l'endroit, qui est en même temps orfèvre et vend des objets d'art de toute sorte, bronzes, porcelaines, etc., que nous dirigeons nos pas.
Je constate avec plaisir que la plupart des objets de vente qui n'ont pas été fabriqués dans le pays viennent de Paris. Mais ici ces objets atteignent des prix fabuleux. Telle assiette de porcelaine, par exemple, qui vaudrait rue de la Paix 30 ou 40 francs, est cotée 50 $, et tout est dans la même proportion. Les tarifs sont évidemment pour queique chose dans ces prix exagérés. Mais si l'onajoute aux frais de transport et d'assurance, qui sont considérables, le désir, bien naturel chez le vendeur, de vendre le plus cher possible, et chez beaucoup d'acheteurs, pour jeter de lapoudreaux yeux, car c’est là un travers trop ordinaire chez les gens enrichis de la veille, un certain empressement à acheter le plus cher possible, on aura l’explication de la valeur insensée attribuée à la moindre bagatelle.
10 janvier, — Je vais visiter, dans la matinée, dans Long Island, avec le docteur Davesne, la portion nord de la ville de Brooklyn dont la population est de plus de 450,000 habitants, et qui n’est séparée de New-York que par l’étroit bras de mer connu sous le nom de East
River ; nous traversons en ferry-boat. L'aspect de la
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rivière de l'Est, vue ainsi du bateau, est très animé. Des forêts de mâts s'élèvent sur les deux rives qui sont bordées de vastes constructions, usines, docks, etc. Les bateaux à vapeur, les ferries se croisent dans tous les sens. Débarqués dans le quartier de Wäilliar:sburg, nous remontons vers le nord et nous traversons
le Newton Creek pour nous rendre à la verrerie d'un
Francais établi ici depuis 1855 et qui nous à invités à venir voir son établissement. M. Doblemann, arrivé comme simple .ouvrier, est aujourd'hui propriétaire de la manufacture où il à débuté, payé à raison de 5 $ par jour. Il emploie plus de deux cents ouvriers et lutte sans trop de désavantage contre l'importation étrangère. Le sak. qu'il utilise et qui est d’une grande beauté provient du Massachusetts ; mais la plupart des autres substances qui lui sont nécessaires, la soude notamment, il est obligé de les faire venir d'Europe.
Il n'y a rien de curieux dans la portion de Brooklyn où est située la yrmanufacture de M. Doblemann ; mais je ne regrette pas ma course qui m'a procuré la satisfaction très grande de constater, une fois de plus, que ceux de n°: compatriotes qui sont indastrieux et intelligents peuvent réussir aussi bien que les Anglais ou les Allemands dans leurs tentatives dans ces pays neufs. On le conteste parce que trop souvent on oublie que le nombre des immigrants français n'est pas comparable à celui des immigrants anglais et allemands d'abord; puis que la classe des Français qui immigrent est généralement très inférieure. Nous ne sommes plus au temps des émigrations causées par les persécutions ou politiques ou religieuses, par le défaut de
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foi
sécurité pour les personnes ou pour la propriété. Aujourd’hui l'émigration n'estamenée que par la pauvreté générale de tout un pays et par le manque absolu de moyens d'existence pour ses habitants.
En somme, les États-Unis doivent à l'immigration non-seulement leur développement, mais même leux origine, car les premiers établissements faits.en Amérique par les puissances de l'Europe n’eurent en réalité, qu'une durée éphémère et ils eussent disparu bien vite si l'immigration n'était venue leur donner une vie nouvelle.
Le rôle joué par l'immigration a donc été etest encore considérable ici, et la meilleure preuve qu'on en puisse donner c'est le soin accordé à tout ce qui s'y rattache,
En revenant de Brooklyn, muris d’une autorisation spéciale, nous allons visiter le dépôt où débarquent les immigrants, vaste édifice circulaire qui jadis était un fort destiné à défendre l'entrée de l'Hudson et qui avant de recevoir sa destination actuelle, servit de salle d'opéra (1). L'organisation qu'on y trouve est des plus remarquables. On en lit, dansl'ouvrage de M. Simonin, intitulé À travers les États-Unis, de l'Atlantique au Pacifique, unedescription parfaite tirée d'une brochure
fort intéressante qui m’a étédonnéeparun des membres
de la commission et qui traite toute la question de l'iramigration et en fait l'historique. Cette brochure, due à l'un des membres du conseil d'administration, a pour titre : «Immigration and the Commissione”s of Emigration of the state of New-York, by Friedrich Kapp, one of the said Commissioners. »
(1) Cet édifice est ÈN la proie” “des flammes en 1877. (Note de l'auteur.)
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Je me contente donc de constater que, depuis "7 ",en raison de l'état de crise où se trouvent actuelleme..u les États-Unis, le mouvement d'immigration est considérablement ralenti. Le chiffre des immigrants débarqués depuis un an à New-York n'est pas de 100,000, c'est-à-dire le tiers à peine de ce qu'ila été il y a deux ans. tri
13 janvier, — Avant-hier, guidé par M, Bierstadt, le seul peintre américain, je crois, qui ait été décoré lors de l'Exposition de 1867, j'ai fait une tournéed'ateliers ; j'ai vu un certain nombre de toiles de. mérite. L'école de Meissonier a à New-York un très bon représentant, M, Irving, dont le nom ne restera pas longtemps inconnu on Æurope.
Hier, j'ai parcouru la partie centrale et la partie sud de Brooklyn. Les rues et les avenues sont larges et souvent bordées d'arbres de belle venue. Les maisons; dans la ville même, sont bien bâties ; dans les quartiers excentriques, il y a encore beaucoup de constructions en bois. Au sud-ouest de Brooklyn, dans une anse de la baie de New-York, se trouvent un immense bassix n1ppelé Erie Basin et un autre moins grand qui reçoivent pendant l'hiver un nombre considérable de petits bâtiments côtiers. Plus à l’ouest se trouve un très beau parc, le Prospect Park. La rue la plus importante s'appelle Fulton street.
Ce matin, en compagnie, cette fois, de mes. deux compagnons de voyage, je suis allé à Jersey City. Lo ferryboat nous a débarqués à Hoboken, un. des faubourgs de la-ville, Il n'est habité que par la population ouvrière : il est mal construit et souvent de larges espaces déserts
séparent les maisons; dans les alentours il existe de véritables lagunses, Passant par les hauteurs connues sous le nom de Berghen Heights, à l'ouest, nous avons fait le tour de la ville. De ces hauteurs on à une vue admirable sur la baie de Newark, sur une portion de l'île de Staten, du Staten sound et de la baie de Nero- York. Puis, redescendant, nous avons traversé Jersey City, Cette ville offre peu d'intérêt, bien que sa population soit de plus de 90,000 habitants.
Rentrés à New-York, nous avons été prendre M. Belmont qui nous a invités à visiter son haras, situé dans Long-Island, à 3 milles de la mer et près du chemin de fer. Au bout d'une heure et demie de trajet, nous sommes descendus à Babylon, la station du Nursery, c'est le nom du haras; une voiture nous y a menés en quelques minutes et nous sommes arrivés pour diner.
La portion de Long-Island que nous avons traversée est peu pittoresque. Le sol de l’île est plat et sablonneux, mais devient très fertile si.on emploie des engrais. Les habitants se livrent principalement à la pêche et à la culture maraîchère. Ils vendent les produits de leur industrie à New-York...
14 janvier. — L'introduction du cheval de pur sang aux États-Unis n’est pas absolument récente et, cependant, i! n’est qu'un très petit nombre de personnes, de ce côté de l’Atlantique, qui s'occupent d'élevage ou de courses, C'est, d’ailleurs, en général, plutôt au point de vre du jeu ou du sport qu'elles le font. La nécessité d'améliorer les, races indigènes par l'infusion du sang pur ne s'estpas encore imposée à l'esprit des popu'ations: Mais de même que cette nécessité s’est fait sentir tour à tour
chez les Anglais, chez nous, puis dans les diverses contrées de l'Europe, il arrivera un moment où elle se fera sentir en Amérique. Les Américains comprendront alors tout ce qu'ils doivent à ceux qui, les premiers chez eux, se sont occupés de l'élevage du cheval de pur sang. On m'avait parlé de plusieurs haras importants aux États-Unis; mais celui de M. Belmont m'avait toujours été cité comme l'un des mieux entendus; aussi est-ce avec un vif sentiment de curiosité que je le visite. L'installation est en tout point excellente. Le terrain ondulé est léger et bien exposé. Les paddocks sont vastes et les constructions pour abriter les juments et les poulains très bonnes. Les juments poulinières sont, en général, bien conformées; elles ont le rein large, l'épaule longue et inclinée, les jambes courtes, les genoux forts, de bons pieds, les jarrets intacts. Elles sont presque toutes d’un sang parfait; il suffira, pour en donner les preuves, de citer des juments comme Toucques par Monarque et La Toucquès ; Bérénice par Stochwell: Camilla par King Tom; Fleur-des-Champs par Newminster, et d’autres encore par Bucaneer, Macaroni, etc. Il yen a. en tout, vingt ou vingt-deux. Les étalons ne m'ont pas plu autant. IL y en a trois: Kingfisher, un cheval bai par Lexington et Eltham Lass, grand et fort avec beaucoup de substance; JU Used par Breadalbané et Elmina, assez racing-like, etun autre très médiocre à mon avis, Count d'Orsay. Le lot de poulains et de pouliches ne déparerait aucun de ceux de Newmarket ou de Chantilly.
L'écurie d'entraînement, sous la direction de Jacob Pincus, se trouve à une portée de fusil de l'habitation.
© GG Fe
Deux pistes, l'une en terre, l'autre en gazon, servent à galoper les chevaux.
Le Nursery est, en somme, un très bel établissement à tous égards.
Notre visite au haras terminée, nous nous rendons au chemin de fer, en nous arrêtant, toutefois, en route, à l'écurie d'entraînement de trotteurs la plus en renom actuellement. Les courses au trot sont encore le véritable sport national aux États-Unis. Mais j'avoue qu’il m'a laissé absolument froid; ces trotteurs sont à mon gré fort laids ; les cracks du jour ne font pas exception; ils atteignent, néanmoins, parfois une valeur considérable, et on me montre telle jument qui, me dit-on, peut faire le mille en 2/14 3/10 et dont le propriétaire ne se dessaisirait pas quand on lui en offrirait 25,000 $.
Nous rentrons en ville à temps pour nous rendre à l'aimable invitation à dîner qui nous a été adressée par le ministre de France.
Tous les jours, d’ailleurs, depuis notre retour à New- York, nous avons été conviés à dîner : d'abord par M.Belmont;puis par M.B***; M.Purdy le vice-président du Jockey-Club ; Mrs. P*** S°**, dont la fille à eu un succès si mérité à Londres, l'année dernière; M, Bennet, le propriétaire et l'éditeur du plus grand journal publié aux États-Unis. Après-demain, nous diînerons chez M. Stewart, chez lequel nous rencontrerons M. Tilden, le gouverneur de l'État, dont il est parlé comme candidat à la vrésidence, et d'autres notabilités politiques.
Dans une cité comme New-York, la métropole d'un grand pays, il v a évidemment beaucoup de choses
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232 PREMIÈRÉ PARTIE
qu'il faut chercher à connaître, et les mœurs, les habitudes, le genre d'esprit des habitants ne sont pas ce qu'il y a de moins important. C'est là souvent une tâche difficile et ingrate; mais tr’ n'est pas le cas ici Où la société montre pour l'étranger une hospitalité cordiale et une obligeance qu'on rencontre rarement ailleurs,
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