‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 47 sur 71 · TE ET · texte numérisé non relu

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tion, et n'est, par suite, admis que sur présentation d’un billet signé par lui.

Dans les trois jours qui suivent l'entrée d'un malade, le médecin directeur consigne sur un registre spécial son rapport et, de temps en temps, il note les observations qu'il a pu faire sur la santé de l'aliéné, sur les effets du traitement qu'il a ordonné, etc.

En cas de décès, il prévient la famille ou les amis, S'il n’y à ni famille, ni amis, c'est le Conseil des Commissioners qu'il prévient.

Les internes ou assistant physicians, au nombre de

quatre, sont nommés par le Conseil des Commissioners sur la proposition du médecin directeur et après avoir subi ur examen. La durée de leur service est d’un an; ils vivent à l'hôpital où ils sont défrayés de tout; mais ils ne recoivent pas d'appointements. Chacun est chargé d'un certain nombre de salles; ils sont responsables du traitement et des soins donnés dans leurs salles respectives. Ils accompagnent le médecin directeur dans ses visites et le renscignent sur tout ce qu'ils ont pu observer.

. Un employé est chargé de. la surveillance générale sous les ordres du directeur et de toutes les distributions autres que celles des médicaments. Celle-ci se fait. par l'entremise d'un pharmacien chargé en outre de leur préparation. Il ne doit délivrer les doses qu'une par une.

Un secrétaire tient les livres et la comptabilité.

. Un mécanicien est chargé des appareils à eau, de chauffage, d'éclairage, etc.

Los inürmiers sont au nombre de deux par salle.

TROISIÈME SÉJOUR À NEW-YORKk.

Il y à enfin un veilleur nuit et jour pour prévenir en cas de désordre ou d'incendie, des cuisiniers, des blanchisseuses, etc.

Une femme de charge surveille les femmes qui sont préposées à l'entretien du linge et de la literie. Elles sont en petit nombre et ne voient jamais les fous. Cette prescription est sévèrement observée et a produit un excellent résultat.

Des prêtres des différents cultes sont attachés à l'établissement.

On use rarement de moyens coercitifs. La camisole de force est remplacée par un manchon en cuir qui tient les mains de l'aliéné.

L'hôpital a été ouvert il y a quatre ans; il renferme quinze salles sur lesquelles s'ouvrent les cellules, Une propreté remarquable règne partout.

Le chauffage, le blanchissage, la cuisson des aliments se font à la vapeur; deux machines de 30 chevauxvapeur chacune, amènent l’eau de la ville sur le toit de l'hôpital d’où elle est envoyée aux différents étages, Il y à dans l'établissement une salle de bains turcs.

Le médecin en chef est défrayé de tout et reçoit 2,000 dollars par an; mais il n'a pas de clientèle en ville. Il a le droit de renvoyer un malade quand il croit la guérison effectuée, en se faisant approuver par le Conseil des Commissioners.

En vertu d'une loi passée le 12 mai 1874, nul ne peut faire entrer qui que ce soit comme aliéné dans cet h6pital ou dans toute autre institution analogue, sans un certificat émanant, sous la foi du serment, de deux médecins remplissant certaines conditions prévues. Il faut,

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en outre, qu’il soit certifié par un juge que les médecins remplissent bien ces conditions. Nul ne peut être renfermé -omme aliéné pendant plus de cinq jours à moins que, pendant ce délai, le certificat d’aliénation ait été approuvé par un juge ou par un jury convoqu é pa lui.

Il résulte des observations faites à l'hôpital de Ward's land que c’est chez les Irlandais que se produit le plus grand nombre de cas de folie, puis chez les Américains et chez les Allemands. Le plus souvent ce sont des victimes de l’intempérance.

En sortant de l'hôpital des aliénés, nous nousdirigeons vers l'hôpital Aomæopathique. I1 renferme aujourd'hui 431 malades. Il y a 440 lits, mais on pourrait aisément en faire tenir 160 de plus. Trois internes et quatre chirurgiens sont attachés à cet établissement. On y compte neuf infirmières et sept infirmiers.

En dehors des malades ordinaires, l'hôpital renferme dans un bâtiment spécial 150 aliénés et dans un autre un certain nombre d'individus envoyés là par jugement pour ivresse incorrigible et pour un temps qui peut varier entre huit jours et un an, ou qui d'eux-mêmes sont venus demander un asile où ils soient à l'abri de leur funeste entraînement; ils sont alors reçus moyennant une légère rétribution.

Le médecin directeur qui porte, comme celui de l'hôpital des aliénés, le titre de Resident Physician, a les mêmes droits et les mêmes attributions, à peu de chose près, que lui. L'hôpital homæopathique est divisé en diverses sections suivant le genre de maladies et mérite tous les éloges pour son organisation et sa bonne tenue.

Notre visite à Ward's Island terminée, le ferry vient nous prendre et nous passons dans Blackwell's Island,

C'est d’abord le magasin général où se font toutes les distributions qui attire notre attention. J'y vois des chaussures, des chaises, des colliers de chevaux fabriqués par les prisonniers et qui reviennent à un bon marché fabuleux. Les denrées servant à l'alimentation sont emmagasinées ici; elles sont toutes, en général, de bonne qualité. Pour les prisonniers, en guise dé café, on se sert de seigle, grillé d’abord, comme on grille le café. J'ai goûté de l’infusion obtenue avec ce seigle et de la chicorée ; ce n’était vraiment pas mauvais, et, la difrérence de prix étant considérable, l'essai mériterait peut-être d'être tenté chez nous.

Pour tout ce qui n’est pas fait directement sous le contrôle des Commissionners of Public Charities and Correction et qui est nécessaire à l'alimentation ou à tout autre objet, pour, par exemple, toutes les matières premières qui doivent être employées sous leur contrôle, les fournisseurs font leurs offres par soumission cachetée.

Quittant le magasin général, nous passons à l'hôpital des aliénés femmes, qui peut contenir actuellement près de 1,100 malades. Cinq médecins sont attachés à l'établissement. L'organisation est la même que dans l'é: tablissement de Wards Island pour les hommes. Une modification toutefois à signaler : c’est l'emploi, pour les aliénées tranquilles, de grandes salles qui servent en même temps de dortoirs, dans des baraques en bois, analogues à celles qui ont été employées par nos hôpitaux pendant la güerre de 1870. Les résultats de cet

essai, d’ailleurs tout récent, ont été si satisfaisants qu'on construit de nouvelles baraques. Les salles auxquelles sont attachées deux infirmières par salle contiennent 60 lits.

Une baraque extérieurement analogue aux autres, à été intérieurement installée en salle d'exercice et de théâtre.Une fois par semaine il y est donné une représentation ou un concert.

Un peu ‘plus loin nous entrons au Work-house, destiné aux vagabonds, aux ivrognes, etc... Il y entre en moyenne, par an, de 22 à25,000 individus. Aujourd’hui le Work-house en renferme 1,311 dont 700 femmes. C'est pour ivresse que le plus grand nombre sont détenus.

D’après la loi, une amende de 10 $ est imposée à quiconque est trouvé en état d'ivresse sur la voie publique et n’est pas coupable d'autre méfait; à défaut de payement, l'amende est remplacée par unemprisonnement de dix jours. Malgré sa sévérité, la loi n’a pas fait décroître le nombre des ivrognes et ce sont des ivrognes invétérés qui forment la majorité de la clientèle de l'institution. Ils arrivent envoyés par le magistrat, vêtus de guenilles, couverts de vermine, malades de leurs excès. Ils sont habillés aux frais de la ville, soignés, et quand ils sont guéris et relaxés, c’est pour recommencer bientôt après. Il est,en vérité, difficile de trouver une loi plus mauvaise dans ses effets et entrainant plus de dépenses.

Pendant le jour les deux sexes, dans le Work-house, sont en contact constant ; cela présente, maigré la surveillance, de graves inconvénients. Mais la nuit chaque

détenu est enfermé dans une cellule, Au nord se trrrve la galerie sur laquelle donnent les cellules de femmes ; au sud, et séparée de la première par une rotonde où se tient le service de sûreté, se trouve la galerie sur laquelle s'ouvrent les cellules d'hommes. Partout règne la propreté la plus scrupuleuse.

Nous passons à l'hôpital des incurables qui n'offre rien de particulier à signaler et nous arrivons à l’hôpital allopathique où le médecin en chef, M. Kitchen, nous offre un lunch. Puis, tandis que nous fumons n08 cigares, nous allons visiter la maison de détention, accompagnés par le di‘ecteur, M. Fox.

Tousles prisonnierssont astreints au travail. Lematin, en été à cinq heures, à six heures enhiver,la cloche sonne. Les prisonniers se lèvent, chaque cellule est ouverte, ils sont conduits au lavoir. Ceux qui ont une raison plausible pour demeurer couchés sont enfermés. Après la toilette, les surveillants renferment les détenus qui, une demi-heure après, sont conduits à la salle où ils prennent leurs repas. Une demi-heure plus tard, ils sont conduits au travail en ordre et divisés par escouades. A midi, ils ont une heure de repos et à cinq heures enété,àquatreheuresenhiver, ils sont reconduits à la prison, ils soupent et ilssont renfermés dans leurs cellules,

La discipline est sévère, mais sans excès. Les gardiens sont armés. Un certain nombre d’entre eux croisent continuelelment autour del'île en bateau pour prévenir les tentatives d'évasion.

Les détenus sont employés à des travaux de tout genre, constructions, extraction de pierres,terrassements, culture, etc., etc.

La plus grande partie des constructions et des terrassements dans l'ile ont été faits par eux.

Les prisonniers sont incarcérés après condamnation prononcée par un des trois tribunaux appelés Court of special sessions of the Peace, Court of general sessions of the Peace et Court of Oyer and Terminer.

A leur arrivée ils sont dépouillés de leurs vêtements, nettoyés, rasés et revêtus de l’unifcrme de la prison, qui est de deux sortes, selon qu'il!y a eu crime ou délit. Il y a un uniforme pour l'été et un uniforme pour l'hiver pour les deux catégories.

La nourriture est de bonne qualité et le pain excellent. Il est fabriqué par le: prisonniers pour tous les établissements du département. Les prisonniers ont de la viande une fois par jour, la ration est de 8 onces.

Les soins médicaux sont confiés au médecin de l’hôpital allopathique.

Le jour de ma visite, la prison renfermait 1,005 détenus ; elle peut en contenir davantage.

En quittant la prison, nous nous rendons à l'hôpital allopathique connu sous le nom de Charity Hospital, et dirigé, comme je l'ai dit, par M. Kitchen, qui porte le titre de Chièf of staff.

Le chief of staff est nommé par les Commissioners et peut. conserver cette situation aussi longtemps que ceux-ci le jugent convenable.

Il reçoit 2,000 $ par an ex est défrayé de tout. Il est chargé du maintien de l’ordre et de l'observation du règlement. Il reçoit et renvoie les malades, surveille et dirige le personnel. IL visite chaque section de l'hôpital au moins'une fois par jour et consigne sur des

registres spéciaux toutes ses observations, Quand un individu est renvoyé, il constate s'il est guéri, convalescent, incurable, ou si c'est par suite de mauvaise conduite, Il rend compte au conseil de toutes les fautes ou négligences commises par le personnel. Il recoit en dépôt tout ce que les malades peuvent avoir en leur possession à leur entrée à l'hôpital. A l'arrivée du malade, il l'envoie d'abord dans une salle d'observation, puis, après un séjour dont la durée varie suivant les circonstances, il désigne la section où le malade doit être conduit.

En un mot, il a les attributions et les pouvoirs les plus étendus dans l'hôpital allopathique; mais, en dehors de ce service, c'est encore lui qui a le contrôle médical et sanitaire sur la maison de détention, ainsi que je l'ai dit, sur le Work-house, l'hospice des incurables, celui des épileptiques et sur les hopitaux des maladies contagieuses, tous établissements renfermés dans Blackwell’s Island.

Le personnel de Charity Hospital est directement sous les ordres du Chief of staff; il se compose d’un économe, d'une femme intendante, d'un mécanicien, d’un apothicaire, d’infirmiers, etc.

C’est le conseil des Commissioners of Public charities and Correction qui nomme les chirurgiens et les médecins qui doivent faire le service de l'hôpital. Ce conseil en nomme d’autres aussi comme médecins et chirurgiens consultants. Ni les uns ni les autres ne reçoivent d'appointéments.

Les médecins et les chirurgiens qui font le service de l'hôpital constituent le conseil médical vu Medical Board

de Charity Hospital. Ils sont révocables au gré du conseil des Commissioners.

Un comité composé de trois membres du conseil médical est chargé de la surveillance de tout ce qui touche à la médecine ou à la chirurgie; ce comité est appelé le Commitee of Inspection. C'est lui qui transmet au conseil des Commissioners les observations du conseil médical.

Le conseil médical désigne cinq de ses membres pour faire passer les examens à ceux qui aspirent à une place dans le service médical de l'hôpital. Il y a deux sessions d'examens par an.

Le conseil médical choisit encore deux de ses membres pour surveiller la pharmacie, deux pour ce qui touche à la clinique et trois pour ce qui tient au musée et à la salle de dissection,

Tous ces choix se font au scrutin.

& Les chirurgiens et les médecins consultants sont pris parmi ceux que l’âge, le talent, l'expérience, mettent à même de donner d'utiles conseils. Toutes les fois qu’une opération sérieuse se présente, ils sont invités à y assister. Ils peuvent recommander aux Commissioners of Public charities and Correction les personnes qu'ils désirent voir admettre à l'hôpital.

Les médecins et chirurgiens qui font le service de l'hôpital sont désignés sous le nom de Attending Physicians and Surgeons. Ils doivent, pendant la durée de leur service, visiter l'hôpital au moins deux fois par semaine et plus souvent, s'il est nécessaire; ils signent sur un registre à chacune de leurs visites. Il font toutes les observations qu'ils croient bonnes sur la pro-

preté, la ventilation, etc., et chargent les internes de rendre compte au Chief of staff des malades qu'ils proposent pour le renvoi ou pour l'admission dans une maison de refuge, Quand il le faut, ils peuvent se faire remplacer par un de leurs collègues.

Les opérations qui présentent quelque danger ne sont faites qu'après consultation.

Les étudiants, sur leur demande, peuvent être admis à suivre les cours de clinique que les Attending Physicians and Surgeons sont, quand ils en ont fait la demande, autorisés à faire.

Sur la proposition du conseil médical, le conseil des Commissioners nomme sept internes qui prennent le nom de House Physicians and Surgeons tothe Hospital, Ils sont logés, blanchis et nourris, mais ne reçoivent pas d'appointements et ne sont pas autorisés, ni à recevoir aucune gratification, ni à exercer au dehors.

Enfin le conseil des Commissioners nomme, toujours sur la proposition du conseil médical, sept élèves qui suivent les visites, mais ne demeurent pas à l'hôpital et qui pratiquent les saignées, font les pansements, posent les sangsues, etc.

Charity Hospital renferme aujourd'hui 822 malades qui sont répartis dans des salles de trente-cinq lits chacune. Naturellement, l'établissement est partagé en deux grandes sections réservées, l’une aux femmes, l'autre aux hommes, et ces sections sont subdivisées en difrérents services suivant les maladies. Les salles sont bien tenues, et toutes, grandes et aérées.

En dehors des autres hôpitaux de Blackwell's Island, réservés aux maladies contagieuses, il y aurait encore

à visiter dans les îles connues sous les norns de Randall’s Island, et de ILart's Island, au nord de Ward’s Island, de nombreux établissements instailés ou en voie d'organisation; d’autres encore dans la vilie même, tels que Bellevue Hospital dans la vingt-sixième rue; mais notre visite d'aujourd'hui suffit pour permettre d'apprécier les résultats des eftorts constants de la municipalité de New-York pour améliorer la situation des pauvres et des maiades. Ces efforts dépassent parfois le but, comme le démontre l'existence de cet asile pour les ivrognes qui n’a guère d'autre effet q”. de les encourager dans leurs débordements; mais, dans la plupart des cas, ils ont été couronnés d’un plein succès,

Un des faits qui, à mon gré, mérite une attention spéciale, c'est la situation exceptionnelle faite dans chaque hôpital au médecin directeur. Seul chef, seul responsable, ii exerce les devoirs du commandement dans toute leur plénitude. Il ne risque pas, ainsi que c'est trop souvent le cas ailleurs, de venir à chaque instant se heurter contre un pouvoir administratif agissant en dehors de lui, presque toujours sans sa participation, parfois usurpant sur ses attributions, au grand détriment de l'ordre et des malades.

C’est au point de vue des prisonniers qu'il reste beaucoup à faire à la municipalité de New-York. Le pénitencier de Blackwell's Island est bien compris et installé, mais les prisons dans la ville sont au-dessous de tout ce que l’on peut imaginer. Il y en a trois: je n’en ai visité qu'une seule appelée les Tombs. — Elle est malsaine et n'offre aursune sécurité; de plus, elle est insuffisante, Destinée à rerfermer cent vingt prisonniers

au plus, on y entasse trois ou quatre cents de ces malheureux ; il n’existe ni préau où l'on puisseles conduire à l'air, ni même les moyens de les faire se laver; il est facile d’après cela de se former une idée de l'aspect de catte prison. Les deux autres sont, m'a-t-on dit, a peu près semblables. Quant au Work-house que nous avons vu aujourd'hui, destir: aux vagabondsetaux ivrognes, en dehors de l'inconvénient de la promiscuité des sexes dans la journée, que j'ai déjà signalé, 1! est triste de penser que les pauvres diables honnêtes qui, faute de trouver du travail, sont obligés de venir demander un asile au juge du tribunal pour ne pas être arrêtés comme vagabonds, soient envoyés dans le même local que les femmes de mauvaise vie, les ivrognes, etc., ramassés jour et nuit par la police.

En raison de la misère qui croît à New-York dans des proportions aiarmantes, le nombre des malheureux demandan“ chaque jour, surtout pendant l'hiver, à être envoyés au Work-house &ugmente singulièrement et il serait humain de songer à les séparer des hôtes attitrés de l'endroit.

En somme, après avoir passé plus de trois mois à parcourir les États-Unis, y vivant un peu dans tous les mondes, il m'est impossible de ne pas constater que la société n'y existe que dans des proportions très restreintes; et par société je veux dire ces rapports, ces communications aimables qu'on a entre soi.

Une Revue publiée ici le constatait l'autre jou encore : l'Amérique est pleine de gens qui ont merveilieu-

sement réussi et qui par eux-mêmss sont un insuccès, dont l'habitation est grande, mais l'âme vulgaire, qui ont des tableavx et ne peuvent les apprécier, des livres et ne leslis { pas, des vêtements élégants et des mauvaises façons, des clients, clientes comme on l’entendait a Rome, mois point de société, des flatteurs et pas d'amis. Ils sont arrivés à la fortune par des efforts considérables, mais ils ne savent pas en jouir.

Assurément on trouve des esprits éminents, éclairés, capables de goûter les arts, les lettres, les sciences, ete., mais ils se rencontrent presque exclusivement dans un groupe peu nombreux, qui, dansla classe riche ou aisée, forme une sorte de caste à part, constituant ce qu'on pourrait appeler .e vrai monde; on y sent aussi vivement qu’en aucun pays ces défauts qui sont le résultat de l'absence de l'éducation première, et l'accès en est difficile aux enrichis de la veille.

A ce vrai monde, on ne peut guère reproch?r qu'un travers bien léger et inoffensif d'ailleurs. Presque tous ceux qui y appartiennent manifestent des prétentions à une ancienne ou illustre descendance. J’en ai vu de curioux exemples à Washington surtout. Naturellement on n'y est pas exempt de la manie des titres qui est commune à tous les Américains à quelque degré de l'échelle sociale qu'ils appartiennent, manie étrange dans une république et qui donnerait quelqueraison de croire que véritablement la nature humaine à horreur de l'égalité. C'est en effet fabuleux le nombre de gens qu'aux Etats- Unis on entend traiter de sénateur, de gouverneur, de général, de colonel, — de colonel surtout. Jeme rappelle toujours qu'une fois, à la chasse, m'étant rencontré avec

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quelques personnes, je fus amené à leur dire, en réponse aux interminables questions qu'on vous pose ici d’ordinaire sur ce que vous êtes et ce que vous faites, que j'avais eu l'honneur de servir dans l’armée française. Immédiatement on m'appela colonel et, tout le jour durant, en dépit de mes protestations, malgré l'assurance que jedonnai den’avoir jamais atteint un gradesi élevé, on persista à m'appeler colonel bel et bien ; tant il paraissait à cesbraves gens impossibleque quelqu'un ayant servi dans une armée n'eût été pour le moins colonel.

Cette société qui fait défaut aux États-Unis dans les classes riches ou aisées ne se rencontre pas dans les classes moyennes, Il en est, d’ailleurs, de même à peu près partout; on trouve souvent dans celles-ci plus de conaissances vraies que dans les premières, mais ces connaissances presque toujours sont limitées aux matières qui font leur occupation de chaque jour, industrie, commerce, etc. Ici toutefois il semble que dans les classes moyennes, chacun est encore plus qu'ailleurs poursuivi par le réel, qu'il soit plus difficile de sortir chacun de sa spécialité, que l'horizon de chacun soit plus borné.

En somme, les diverses nations de l’Europe ont toutes une vie intellectuelle particulière, où toujours, il faut le reconnaître, on trouve un point palpable, matériel en quelque sorte, qui permet de voir au fond de cette vie intellectuelle ce qui les caractérise; et c'est :à ce qui manque presque totalement aux Américains, ce que, chez eux, on ne rencontre que chez un petit nombre d'hommes, mais plus souvent chez les femmes, où c'est assurément un des secrets de cette séduction qu'elles exercent sur les étrangers,

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26 janvier, — Je viensd'accompagner à bord du Russia mes deux compagnons de voyage, le baron de Rothschild et le docteur Davesne; je leur ai dit adieu. Le temps est magnifique, puisse leur traversée s'effectuer sans encombre !

Seul maintenant, je vais poursuivre mes pérégrinations et bien des fois sans doute, je me prendrai à regretter ces chers et excellents amis avec lesquels j'ai passé

tant d'heures charmantes.

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