JANVIER — 16 FÉVRIER
De New-York à Ottawa. — Rideau Hall, — Leurs Excellences lord et lady Dufferin, — Montréal, — Les Rapides äe Lachine, — Bal sur la glace. — Ottawa. — La chute de la Chaudière. — Rideau Fall, — Ouverture du Parlement.
29 janvier, — J'ai quitté New-York hier soir et pendant la nuit j'ai parcouru la route que j'avais prise au mois d'octobre pour aller au Niagara. A Rome j'ai abandonné cette route et je suis remonté vers le nord.
Vers sept heures et demie du matin, le train s'arrêle à Watertown pour permettre aux voyageurs de déjeuner ; c'est une ville d'environ 10,000 habitants, manufacturière et le centre commercial d'un pays où l'agriculture est assez développée. Watertown est située sur la rive sud du Black River, petit cours d'eau qui prend sa source dans les monts Adirondacks, se dirige vers le nord et vient se jeter dans le lac Ontario.
Le temps est gris et lerne, la neige couvre le sol en partie, mais la contrée que la ligne ferrée parcourt est
cependant pittoresque avec ses larges ondulations, ses prés et ses champs coupés par d'immenses clôtures et ses bouquets de grands bois.
Vers onze heures le trainentre à Ogdensburg, ville très commerçante et dont la population est d'environ 8,000 habitants. Elle est situé sur le Saint-Laurent. Je quitte la gare pour aller prendre le ferry-boat et devant moi j'apercois le grand fleuve roulant majestueusement ses eaux profondes et rapides qui dans leur course entrainent d'énormes glacons. Il a, en cet endroit, environ 1 mille et 1/2 de largeur, ses rives sont basses et du pont du bateau l'horizon est des plus étendus. En dépit d'un ciel défavorable l'aspect du paysage est d’un grand efret.
La traversée s'effectue sans difficulté et bientôt le ferry me débarque sur la rive canadienne, à Prescott. Là, je suis obligé de livrer une lutte acharnée à sept ou huit individus qui se disputent mon bagage pour le porter à l’un des deux ou trois hôtels de la ville, Je sors non sans peine victorieux de la bataille; mes colis une fois transportés à la gare, d'où je dois repartir dans une heure, je monte dans un omnibus sur patins et dans ce traîneau d'un nouveau genre je me fais conduire à l'auberge pour déjeuner. J'ai ainsi l'occasion de parcourir la ville qui, par elle-même, n'offre rien de remarquable.
Elle u’a d'autre importance que celle que jui donne sa situation de point d'embranchement du chemin de fer qui mène à Ottawa, et porte le nom de Saint-Lawrence and Ottawa Railroad, et du Grand Trunk Raihoay qui de Québec et Montréal va à Toronto et Détroit,
A uneheure je meremets enroute par Ottawa. Pendant quelque temps, la contrée que traverse le train a une apparence marécageuse et sauvage, mais bientôt, en dépit de la neige couvrant le sol, les traces de culture deviennent plus apparentes; après avoir parcouru quelques milles, on arrive dans une région dont le caractère ne change plus jusqu'à Ottawa, qui semble riche et l’est en effet, me dit un voyageur asc; dans le même compartiment que moi et avec lequel j'ai lié conversation,
Trois heures après avoir quitté Prescott, j'arrivais à Ottawa et je me faisais conduire à l'Hôtel Russel.
30 janvier. — Au moment de quitter l’Europe j'avais recu une lettre du secrétaire du prince de Galles, me mandant que son Altesse Royale avait eu la bonté de me recommander aux soins du gouverneur général du Canada, qui, lui-même, se trouvait alors en Angleterre, pour le cas où je visiterais les possessions anglaises de l'Amérique du Nord.
Je prends donc un traîneau et je me fais conduire chez le gouverneur. Sa résidence, qui se trouve à une petite distance de la ville et porte le nom de Rideau Hall, n’est pas d'une architecture remarquable, C'est un édifice assez considérable, bâti dans un parc de petite étendue, qui a été construit par un particulier et que le gouvernement a acheté il y a quelques années, quand son siége à été transféré à Ottawa, pour servir d'habitation à son chef.
À peine ai-je fait passer ma carte, que lord Dufferin vient anssitôt me recevoir et m'amène à lady Dufferin, à laquelle il me présente, Je ne saurais dire avec
quelle bonne grâce, avec quelle amabilité parfaite tous deux me font un de ces accueils si précieux à qui se trouve seul en pays étranger. Ils insistent pour que je vienne m'établir à Rideau Hall; demain, me disent-ils, ils partent pour Montréal, où ils passeront cinq jours, puis reviendront ici pour l'ouverture du Parlement; il faut que je les accompagne et je reviendrai avec eux. — Le plan est tentant et il m'est proposé dans des termes si gracieux que je m'y rends sans me faire prier, avec une vive satisfaction ; toutefois, comme c'est demain que nous partons pour Montréal, je resterai cette nuit encore à Ottawa et ne viendrai m'établir à Rideau Hall qu'à notre retour.
La chose ainsi réglée, après le lunch on m'emmène faire une promenade sur les Snow-shoes ou Raquettes à neige; lord et lady Dufferin, leurs enfants, le secrétaire du gouverneur général, l'honorable Æ, G. P. Litileton, lieutenant colonel aux grenadiers-guards, sa femme, ses deux petits garcons et les deux aides de camp, le capitaine Ward et le lieutenant F. R. Hamilton sont de la partie. C'est ma première tentative de marche avec des raquettes et je m'en tire mieux que je n'osais l'espérer. Je devrai pourtant m'exercer en prévision de mes chasses futures.
En rentrant de notre promenade, on me fait passer par le Skating Rink où lady Dufferin vient patiner presque tous les jours, par le Curling Rink où ces messieurs font régulièrement leur partie, et, pour finir, je suis initié aux plaisirs du T'abogganing, ou en d'autres termes de la montagne russe, C’est un sport tout à fait national au Canada, mais qui a été très perfectionné
à Rideau Hall, où lord Dufferin a fait dresser une charpente de 90 pieds de hauteur au point le plus élevé, point auquel on arrive par une série d'escaliers et d'où l'on descend avec une vitesse vertigineuse par un plan incliné recouvert de neige gelée, sur un léger traineau en bois. La nuit venue, je me hate de rentrer à mon hôtel, je m'habille et reviens diner à Rideau Hall. La soirée s'écoule charmante, lord Dufferin avec la variété, la souplesse de son esprit, semant la conversation de traits brillants et lui donnant un tour tantôt enjoué, tantôt comique, quelquefois sérieux ou poétique.
Écrivain élégant, autant qu'il est causeur aimable, politique habile, artiste à ses heures, adroit à tous les exercices du corps, aimant [tous les sports, grand, mince, distingué, ie gouverneur général est un vrai représentant de cette noblesse d'Angleterre qui joue un si grand rôle dans son pays. Il est de ces hommes qui s'imposent tout naturellement et je m'explique sans peiue la popularité dont il jouit et que j'ai pu constater dès mon arrivée au Canada. Cette popularité est partagée à juste titre par lady Dufferin. Douée d'une intelligence vive et cultivée, le regard respirant la franchise et la bonté, avec parfois un éclair pétillant de malice, le nez fin et droit, aux narines mobiles,la bouche un peu hautaine d'expression, élégante dans tous ses mouvements, la comtesse de Dufferin possède, au plus haut degré, tout ce qui constitue la grâce et la beauté.
A onze heures du soir je prends congé de mes nouveaux amis, qui me donnent rendez-vous à la gare pour le lendemain et je rentre à l'hôtel Russel.
31 janvier, — Lord Dunraven la veille du jour où
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j'ai quitté New-York m'ayant envoyé un mot pour un Canadien, M. Mac-Nab, grand chasseur avec lequel il à fait aiverses expéditions, je profite de ce que notre départ pot” Montréal ne s'effectuera que dans la journée, pour, dans la matinée, demander où jé pourrais trpuver ce gentleman. Il était arrivé la veille à l'hôtel même où j'étais descendu, revenant d’une course infructueuse dans le Nord. L’eccasion était merveilleuse pour avoir tous les renseignements que je pouvais désirer. Je fais parvenir raou mot d'introduction et la connaissance est bientôt faite. Tout d’abord j'éprouve un désappointement. La chasse du moose, le grand élan de l’Amérique du Nord, ferme demain en vertu d’une loi votée il y a deux ans pour tâcher de sauvegarder les derniers représentants de ces grands animaux le plus longtemps possible. Cette loi est naturellement à peu près illusoire dans les vastes solitudes où généralement se trouvent les mooses. Personne n’est là pour les garder, mais j'estime que, comme étranger et l'hôte du gouverneur général, je suis, plus que qui que ce soit, astreint à les respecter. Au lieu donc de remonter vers le nord, je descendrai vers le Nouveau Brunswick et peut-être pourrai-je dans le Muine, sur le territoire américain, trouver à tirer un de ces mooses; c'est peu probable, mais dans tous les cas je pourrai chasser le caribou, le renne d'Amérique. Je calcule que je ferai mon expédition vers la fin de février et M. Mac-Nab tâchera de me joindre,
L'heure du départ arrivée, j'envoie mes gros colis à Rideau Hall et prenant avec moi co qui m'est nécessaire pour les cinq jours que je vais passer à Montréal,
je me rends à la gare pour attendre lord et lady Dufferin. Ils ne tardent pas à arriver de leur côté avec leur suite, et un wagon spécial nous emmène, À Prescott, il fait déjà nait notre, et il est environ huit heures du soir quand nous arrivons à Montréal où le gouverneur est reçu avec un grand cérémonial.
1-5 Février. — Montréal est bâtie au confluent de l'Ottavvoa et du Saint-Laurent, sur une Île formée par ces deux rivières et un bras secondaire de l'Ottawa. Cette île a environ 30 milles de lcngueur sur 10 de largeur; elle est presque plate et couverte de fermes bien cultivées.
La population de la ville est de près de 120,000 âmes; les trois quarts des habitants sont Canadiens Français et catholiques. La situation de Montréal en a fait la métropole du Canada. Bien que se trouvant à près de 800 milles de la mer, son port est le plus graud centre de commerce des possessions anglaises en Amérique.
Les rues sont bien construites et les bâtiments où sont établis les services publics, quoique un peu lourds, ont en général une belle ayparence. Le nombre des églises est grand. On en compte plus de soixante appartenant aux différents cultes; elles ne sont remarquables ni les unes ni les autres. Il y a quelques musées à Montréal: l’un d’eux, le musée géologique, l'un des plus complets de l'Amérique, offre quelques spécimens très rares et curieux. Il y à aussi beaucoup d'établissements d’in- Struction et de bienfaisance. Parmi les premiers, il faut citer l’une des universités les plus importantes du Canada, qui est connue sous le nom de Mac Gill University. Elle est située non loin de la cathédrale au
pied de la seule colline un peu élevée de toute la contrée, Mount Royal, d'où est venu la nom de la ville. L'hôpital général des sœurs grises, propriétaires de terres étendues dans les environs, est le plus célèbre des établissements de vienfaisance.
Mais ce qui surtout frappe l'étranger dans Montréal, quand il y vient en hiver, c’est l'aspect du Saint-Laurent, large de près de 1 mille et 112, absolument gelé, et sur lequel courent les patineurs et les traîneaux. Le coup d’œil est des plus animés. Un pont tubulaire, le Victoria Bridge, le plus long qui soit au Canada, permet à la voie ferrée de passer sur la rive sud. Ce pont a 23 arches, chacune large d'environ 250 pieds : elles s'appuient sur des piles colossales en calcaire bleu; de grands arcs-boutants sur chaque rive soutiennent ce pont.
La rue principale où se trouvent les plus belles boutiques s'appelle ‘Great Saint-James street, Le lendemain matin de notre arrivée, piloté par le capitaine Ward qui avait bien voulu se mettre à ma disposition, j'y achetai les gants et le bonnet fourrés, les snowshoes, etc., que je n’avais pas voulu emporter de New- York, estimant avec raison qu'il serait préférable de me fournir sur place de ce qui me serait nécessaire. Le froid était devenu intense le thermomètremarquant — 1°F., c'est-à-dire un peu plus de — 18° C. Sans vent, c'était fort supportable et je n’eus pas à souffrir dans mes promenades des deux premiers jours à travers la ville, que je fis soit seul, soit en compagnie du colonel Littleton et de sa charmante femme. Le colonel avait jadis tenu garnison à Montréal, mais Mrs. Littleton était
arrivée tout récemment au Canada avec son mari que le gouverneur général avait, à son dernier voyage en Angleterre, choisi comme premier aide de camp et secrétaire, et Montréal était pour elle une nouveauté comrie pour moi.
Malheureusement ‘au bout de quarante-huit heures le vent se leva et un véritable ouragan s'abattit sur la ville pendant la nuit. Le lendemain, le temps s’éclairzit et bien que le vent n'eût pas faibli, je résolus dans la matinée d'aller voir les rapides de Lachine, situés à 5 milles environ au sud-ouest de Montréal. Le thermomètre marquait — 9° F., et les rafales soulevaient des nuages de neige comme si c’eût été de la poussière. Je partis en traîneau, mais je ne tardai pas, en dépit de mes fourrures, à constater que le froid était des plus pénétrants. A plusieurs reprises, aveuglé par la neige, mon conducteur dût s'arrêter,
Nous suivions les bords du Saint-Laurent dont les eaux roulaient sous une épaisse couche de glace et je ne voyais au loin que de grandes plaines à peine ondulées, tantôt boisées, tantôt dépourvues d'arbres, qui semblaient recouvertes d’un immense manteau constellé de diamants, tant lesoleil faisait étinceler la neige congelée et les arètes des glaçons. Arrivé aux rapides, des blocs de glace de mille formes bizarres s’enchevétrant, chevauchant les uns sur les autres s'offrirent, à perte de vue, à mes regards émerveillés. La lumière inondait «2 glacier d'an nouveau genre de colorations pourpres admirables, avec toutes les nuances intermédiaires, depuis le rose pâle jusqu'au rouge foncé. Ce spectacle me dédommagea amplement de ma peine.
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Des fêtes de tout genre avaient été organisées en l'honneur du gouverneur général par les habitants de Montréal, fêtes aux skating et curling rinks, bal, représentation gala à l’Académie de musique où l'on donna le Shlaughraun de Dion Boucicault d'une facon très satisfaisante, bal costumé au skating rink, etc, J'eus l'honneur d'être invité à toutes ces fêtes dont deux méritent une mention particulière, le bal costumé et le concours pour les deux prix offerts par LL. Exc. lord et lady Dufferin, l'un pour le meilleur patineur, l’autre pour la jeune fille la plus experte à se servir de ses patins.
Le bal costumé fut très brillant et me parut fort original. Dans les skating rinks du Canada, c’est sur de la glace naturelle que l’on patine et l'effet produit par les milliers de lumières éclairant la sale, sur cette surface polie comme un miroir, était tout à fait charmant, L'intérieur était pavoisé des drapeaux de toutes les nations et de banderoles de ioutes couleurs. Dès huit heures aux sons d’un orchestre jouant le God save the Queen le cortége vice-royal effectua son entrée et alla prendre place sous un dais magnifique, et aussitôt la longue procession des invités, tous en costumes, vint en patinant s’incliner devant lord et lady Dufferin. Après ce défilé, le gouverneur général, qui portait l'habit des trappeurs des bords de la mer d'Hudson, ouvrit le bal en dansant un quadrille, Puis la foule bigarrée prit possession de la grande nappe glacée longue d'environ 150 pieds et large de 60. Tous les types se trouvaient représentés, depuis l'Indien avec son costume sauvage et pittoresque, jusqu’au grand de
la Cour du siècle dernier avec son habit de gala. Valses, galops, quadrilles se succédèrent sans interruption, Vers onze heures, un élégant souper réunit dans le salon du comité du cercle, le gouverneur général, lady Dufferin et quelques autres invités qui se retirèrent ensuite ; mais la fête se prolongea tard dans la nuit.
Le concours pour les prix de patinage fut des plus remarquables. Quelques hommes firent preuve d’un talent merveilleux ; mais ce dont on ne saurait véritablement se faire une idée, c'est la grâce indicible avec laquelle les Canadiennes se meuvent sur la glace. De plus, ce qui ne nuit pas, presque toutes sont extrêmement jolies et quelques-unes sont très belles.
Le 5 au matin, je reprenais la route d'Ottawa avec le gouverneur général, lady Dufferin et ieur suite; vers quatre heures du soir nous rentriens à Rideau Hull,
L'aspect du pays depuis Montréal m'a paru avoir une grande analogie avec la région que j'avais parcourue en allant à Lachine. Maïs le temps était gris et terne et le brillant manteau qui l’autre jour recouvrait la contrée semblait s'être changé en un immense et funèbre linceul.
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6-16 février. — La vie à Rideau Hall est exactement celle que l'on mène dans tous les châteaux en Angleterre. Le matin, déjeuner matinal, puis chacun se retire pour vaquer à ses occupations jusqu'à l'heure du lunch après lequel on organise soit une promenade en trafneau ou sur les raquettes, soit une partie de curling, de tubogguning, de patinage ou tout autre exercice, A
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la nuit, on rentre prendre le thé, après lequel ahacun s'occupe comme il l'entend jusqu’à l'heure du diner où l’on se retrouve pour terminer la soirée ensemble.
| Rien de plus agréable que cette manière de vivre et | j'en profite avec bonheur ; le matin, recueillant auprès |
des différents chefs de service une foule de renseignements intéressants sur le Canada; le soir, jouissant de la société de mes aimables hôtes; et m'exercçant dans la journée à la murche avec des raquettes, au tabogga- Il ning ou à ce jeu du curling dont on devient, quend on il en a goûté, véritablement fanatique. Le curling a une il grande analogie avec le jeu de boules qui passionne si vivement ses adeptes, mais les boules sont remplacées 1 par des disques en fonte ou en acier pesant 25, 30 li- | vres et quelquefois plus, que l'on fait glisser sur la |
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glace.
Le surlendemain de mon arrivée, guidé par le capiil taine Ward, j'allai visiter Ottawa. La ville est située au confluent de l'Ottawa et du Rideau River qui a donné sou nom à la résidence du gouverneur général. L’Ottawa sort du lac Temiscamang, coule du nord-est au sud-ouési et a un cours d'environ 760 milles jusqu'à Montréal, où il se jette dans le Saint-Laurent. Le Rideau River, coule du sud au nord. La partie la plus importante de la ville se trouve au sud de l’Ottawa et à l'ouest du Rideau River, tandis que l'habitation du gouverneur est à l'est de cette rivière. Le premier établissement fait à l'endroit où se trouve actueliement la capitale des possessions anglaises du Nord de l'Amérique, date de la construction du Rideau Canal, travail qui fut entrepris en 1827 pour établir une communication intérieure entre
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Montréal et le lac Ontario en cas de guerre avec les États-Unis.
La population de Ottawa est d'environ 35,000 habitants. La ville de Hall, située sur la rive nord de la rivière Ottawa. et qui est réunie àla capitale par un pont, a environ 10,000 habitants.
Les rues d'Ottawa sont larges et régulières, les constructions, pour la plupart en pierre, ont bonne apparence. La ville est dominée par les bâtiments du Parlement, élevés sur une éminence de près de 200 pieds de haut et qui descend à pic sur la rivière. Ces bâtimnents sont d'un style composé, mais où le gothique domine. Les pierres employées à la construction sont toutes d’une teinte différente, ce qui produit un effet singulier, Sur ie bâtiment du milieu se dresse une tour qui peut avoir 200 pieds de haut et qui s'aperçoit de tout le pays environnant, Le sommet du rocher sur lequel est bâti le Parlement-House forme, du côté de ia rivière, une terrasse naturelle d'où l’on a un panoroma splendide. A droite on’ aperçoit l'entrée du Ridem - Canal et une éminence qui sera convertie en un parc au milieu duquel on construira un palais pour le gouverneur, puis la nappe imposante de l'Ottava, couverte
dans la saison actuelle de glaçons énormes; en face de
soi la vue s'étend sur une vaste étendue de pays: à ses pieds on à la rivière avec ses bords garnis de chantiers, la ville de Hall et ses scieries; enfin à gauche s'élève, de la chute de la Chaudière, une buée légère à travers laquelle on aperçoit la silhouette du pont suspendu, puis, dans le lointain, la rivière parsemée d'îles.
‘ Lady Dufferin voulut bien me mener elle-même dans
boue Retro enpéama he es Srhetisinerve.
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son traîneau voir la chute de la Chaudière, Malgré l'entourage des maisons et des scieries, en dépit de ce qu'a pu détruire la poudre employée pour faire sauter une partie des rochers, ce spectacle est d'une rare magnificence. La rivière, après avoir parcouru plusieurs milles de rapides parsemés d'îles et d'ilots, voit son cours se rétrécir soudain et elle va tomber d'une hauteur de 40 pieds environ dans un étroit abîme qu'on appelle Big Kettle (le Grand Chaudron); l'eau se précipite en bouillonnant et on n’en voit que l’écume dont la blancheur laiteuse fait un puissant contraste avec le blanc éblouissant de la neige qui couvre tout le pays à l'entour et le vert transparent des glaces qui, comme de grandes stalactites, sont suspendues au-dessus du gouffre.
Un peu plus loin se trouvent les Slides, sortes de coulisses construites pour faire éviter aux bois flottés la chute de la Chaudière; malheureusement je n’en puis voir la disposition, ces slides se trouvant absolument obstrués par les glaces et ja neige.
Un autre jour, avec lord Dufferin, j'allai visiter le Rideau Fall, Cette chute, beaucoup plus élevée que celle de la Chaudière, mais dont le volume est bien moins considérable, se trouve à une portée de fusil à peine de la résidence du gouverneur.
Elle produit un très joli effet, la nappe à'eau forme comme un double rideau; de là son nom; de là aussi le nom de la rivière qui la produit,
En rentrant de cette promenade, nous trouvâmes au salon deux de mes compatriotes que j’avais rencontrés déjà à Montréal, le marquis et la marquise de B°°,
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celle-ci une Canadienne d'origine. Ils avaient été invités par lord et lady Dufferin pour assister à l'ouverture du Parlement.
Cette cérémonie fut précédée la veille d'un grand diner officiel où je me rencontrai avec les ministres et plupart des personnages importants du gouvernement.
La séance d'ouverture se fit en grande pompe, dans la grande salle du Sénat, avec tout le cérémonial si curieux établi à Londres. Seulement, le gouverneur général prononça son discours en anglais d’abord, puis en français. Le soir, il y eut un drawing-room brillant.
Avec le Parlement s'ouvrit à Ottawa la saison, et la résidence du gouverneur général devint très animée.
Lord et lady Dufferin devant donner un grand bal costumé, puis une représentation d'amateurs, les répétitions commencèrent aussitôt, non seulement pour la représentation, mais aussi pour le bal, lady Dufferin ayant résolu d'introduire une gracieuse innovation, desquadrilles dont les danseurs chanteraient la musique. Le samedi, suivant un usage établi, il y avait réception et les visiteurs avaient la libre disposition du shating et du curling rinks, et du tabogganing slide ; à la nuit, on rentrait prendre le thé, et une sauterie s'organisait jusqu'à l'heure du dîner.
Je me trouvai ainsi rapidement mêlé à la société canadienne, et je pus apprécier tout ce qu'elle a de charme, l'élément anglais et l'élément français y apportant chacun ses agréments particuliers. Puis le temps devint plus mauvaiset la neige tomba en abondance ; en raison du froid, celle-ei affectait la forme de grélons minuscules n'ayant aucune cohésion entre eux ; quand on sortait, il
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semblait qu'on marchât sur du sable fin comme du sable de rivière, Le chemin de fer se trouva interrompu ét je Gus prolonger mon séjour un peu plus que je n’en avais eu l'intention. Cela me permit de compléter auprès de M. Letellier de Saint-Just, le minictre de l’agriculture, du sécretaire d'État, M. Taché, du général Selby Smitth et de quelques autres personnes qui, toutes, montrèrent un empressement des plus aimabies à m'obliger, les quelques notes que je désirais emporter sur la confédération des États du Canada, qu'en anglais on appelle Dominion of Canada et dont une partie appartint jadis à la France qui la céda au traité de Versailles (1763) sans regret et comme une chose sans valeur.
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