Cet^ ne 8*empIoierait plus aujoard'hai
âmes criminelles; etc'est même parce qu'elles sont criminelles qu'ils sont plus obligés à en prendre soin ; de sorte qu'on ne les envoie à la mort qu'après leur avoir donné le moyen de pourvoir à leur conscience. Tout cela est bien pur et bien innocent; et néanmoins l'Église abhorre tellenient le sang, qu'elle juge encore incapables du ministère de ses autels ceux qui auraient assisté à un arrêt de mort, quoique accompagné de toutes ces circonstances si religieuses : par où il est aisé de concevoir quelle idée l'Église a de l'homicide ^.
1 . Toutes ces assertions de Pascal sont exactes. Voir, pour le nombre des juges, Laroche-Flavin dans ses treize livres dés Parlements^ livre IX, cbap. xxvii. Pour les heures des audiences, le môme, livre IX, chapitre viii : « Car on ne doit pas tenir pour avis bien digéré ce qui se fait après dîner, comme le dit Philippe de Gommines. » Le dîner d'alors était le déjeuner d'aujourd'hui : Voir la satire III de Boileau. L*obIigation de juger selon les dépositions des témoins, qui devaient être au moins deux, était fondée à la fois sur des textes de droit romain Ihal interprétés, et sur un verset de la Bible, Deutér. XIX, 15. C'est ce qui est expliqué dans l'étude de M. Glasson, de Tlnstitut, intitulée : Des Sources de la procédure civile fraçaise^ 1882, p. 56. C'est aussi à une communication obligeante de M. <jIasson que je dois les autres indications rassemblées dans cette note.
On sait qu'aujourd'hui, devant les jurés, qui sont devenus les véritables juges au criminel, la preuve par témoins n'a plus de privilège, ni de règles déterminées. Notre Gode d*instruction criminelle dit au contraire (art. 342) : c La loi ne demande pas compte aux jurés des moyens par lesquels ils se sont convaincus; elle ne leur prescrit point de règles, desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d'une preuve, etc.*» Les formalités d'autrefois étaient des obstacles que la loi avait voulu mettre à la trop grande fAcilité de condamner, à laquelle les magistrats permanents étaient enclins, par cela seul qu'ils jugeaient I
et qu'ils condamnaient tous les jours. i
Pour ce qui regarde ce que Pascal appelle prendre soin des j
âmes des condamnés^ on lisait dans Imbert, Pratique civile et crimine//e, livre IV, chap. vi, p. 743 de l'édition française de 1611 : «A ]
ce moyen, incontinent après la sentence prononcée, l'on baille un confesseur au condamné, et le sacrement de confession k lui
Voilà, mes Pères, de quelle sorte on dispose en justice de la vie des hommes : voyons maintenant commen t vous en disposez. Dans vos nouvelles lois il n'y a qu'un juge, et ce juge est celui-là même qui est offensé. Il est tout ensemble le juge, la partie et le bourreau . Il se demande à lui-même la mort de son ennemi, il l'ordonne, il l'exécute sur-le-champ ; et, sans respect ni du corps ni de l'âme de son frère, il tue et damne celui pour qui Jésus-Ghrist est mort ^\ et cela pour
administré, et la question à lui baillée..., etc. » Je laisse au lecteur à commenter lai-môme le rapprochement de ces deux choses baillées ensemble, la confession et la question.
Les textes qui interdisent anx prêtres, sous peine de'dégradation, de prononcer un arrôc de mort, sont d'abord un canon du concUe de Tolède, de 675, puis un autre du concile générai de Latran, do 1215, etc. Ces deux canons se trouvent dans le Decretum Gratiani, part, II, causa XXIII, guaesL S, cap, xxx, et dans les Deçretalia Gregorii IX, lihr, III, Ht, L, cap, ix.
On sait d'ailleurs comment cette prescriptlbn, édictée à Torigine dans un intérêt d'humanité, fut éludée misérablement et n'aboutit qu^à une comédie tragique. Les prêtres ne prononçaient pas l'arrêt de mort, mais ils renvoyaient au juge séculier, qui le prononçait et l'exécutait pour eux.
1 . Il le damne, puisqu'il le tue dans son péché, et avant qu'il ait eu le temps de pourvoir, comme il a été dit tout à l'heure^ à sa conscience.
Cette phrase est d'ailleurs une démonstration janséniste. Parmi les fameuses cinq propositions condamnées comme exprimant la doctrine de Jansénius était celle-ci (la quatrième) : c II est semi-pélaglen de dire que c'est pour tous les hommes sans exception que le Christ est mort et qu'il a versé son sang. » Les jansénistes la désavouaient comme les quatre autres et s'obstinaient à soutenir que ce n'était pas là leur doctrine. Au fond, c'en est l'esprit, et ils ne pouvaient s'en défendre que par des subtilités. Ils assuraient que Jésus-Christ est mort pour tous les homn^es, tout en soutenant que ceux qui n'ont pas la grâce ne peuvent pas être sauvés par cette mort. Mais enfin ils acceptaient la formule de l'Église, sauf à la détruire en l'Interprétant. Pascal faisait donc coup double dans cette phrase. D'une part, il lançait aux jésuites un reproche terrible; de Taiitre, il disait : Vous voyez bien que la quatrième proposition n'est pas la nôtre. Et il déclare
éviter un soufflet, ou une médisance, ou une parole outrageuse, ou d'autres offenses semblables, pour lesquelles un juge, qui a Taùtorité légitime, serait criminel d'avoir condamné à la mort ceux qui les auraient commises, parce que les lois sont très éloignées de les y condamner. Et enfin, pour comble de ces excès, on ne contracte ni péché, ni irrégularité ^ en tuant de cette sorte sans autorité et contre les lois, quoiqu'on soit religieux, et même prêtre. Où en sommes-nous, mes Pères? Sont-ce des religieux et des prêtres qui parlent de cette sorte? Sont-ce des chrétiens? Sont-ce des Turcs ? Sont-ce des hommes ? Sont-ce des démons*? Et sont-ce \h des mystères révélés par l'Agneau à ceux de sa Société, ou des abominations suggérées par le Dragon à ceux qui suivent son partie?
Car enfin, mes Pères, pour qui voulez-.vous qu'on vous prenne? pour des enfants de l'Évaogile, ou pour des ennemis de l'Évangile? On ne peut être que d'un parti ou de Tautre, il n'y a point de milieu . Qui n'est
lai-môme dans la 17^ ProviaciaIe,au quatrième aliiiéa, Tavantage que lui donnait cette profession dé foi.
1. m Irrégulier se dit en terme de droit canon, de celui qui après avoir reçu les ordres ecclésiastiques, devient incapable d'en exercer les fonctions » {Dictionnaire de C Académie), Mais on voit que le mot s'applique aussi aux religieux sans qu'ils soient prêtres.
2. Ces quatre dernières interrogations semblent marcher deux il deux, comme sll y avait : sont-ce des chrétiens ou des Turcs (c'est-à-dire des mahométans) ? sont-ce des hommes ou des démons?
3. On voit dans la cinquième Provinciale, au douzième alinéa, qu'Escobar^mparait sa Théologie morale extraite de 24 jésuites, au livre scellé de sept sceaux que l'Agneau, dans V Apocalypse (v. 6 et IV, 4) ouvre en présence de 24 vieillards assis autour du trôpe de Dieu. — Le dragon est le diable, ennemi de l'Agneau {ibid. zii, 9, en.) — L'Agneau, dans VApocalypse^ est Jésus ; par conséquent la Société de Jésus sera la Société de TAgneau.
36 LETTRES PROVINCIAtBS.
point avec Jésus-Christ est contre lui *. Ces deux genres d'hommes partagent tous les hommes. Il y a deux peuples et deux mondes répandus sur toute la terre, selon S. Augustin : le monde des enfants de Dieu, qui forme un corps dont Jésus-Christ est le chef et le roi ; et le monde ennemi de Dieu, dont le diable est le chef et le roi 3. Et c'est pourquoi Jésus-Christ est appelé le roi et le dieu du monde, parce qu'il a partout des sujets et des adorateurs, et lediable est aussi appelé dans FÉcriture le prince du monde et le dieu de ce siècle, parce qu'il a partout des suppôts et des esclaves ^. Jésus-Christ a mis dans l'Eglise, qui est son empire, les lois qu'il lui a plu, selon sa sagesse éternelle ; et le diable a mis dans le monde, qui est son royaume, les lois qu'il a voulu y établir. Jésus-Christ a mis l'honneur à souffrir; le diable à ne point souffrir. Jésus-Christ a dit à ceux qui reçoivent un soufflet de tendre l'autre joue * ; et le diable a dit à ceux à qui on veut donner un soufflet de tuer ceux qui leur voudront faire cette injure. Jésus- Christ déclare heureux ceux qui participent à son ignominie, et le diable déclare malheureux ceux qui sont dans l'ignominie. Jésus-Christ dit : Malheur à vous quand les hommes diront du bien de vous. Et le diable dit : Malheur à ceux dontr le monde ne parle pas avec estime *.
1 . Matthieu^ xii, 30 ; mais MarCy iy, 39, dit à peu près le contraire.
2. Je trouve ce passage ^zxi%VEnarratio inpsalmum gxli, n° 15.
3. Jésus est appelé le roi du monde dans ApocaL^ i, 5. Poar « le dieu du inonde » Pascal a sans doute dans l'esprit Apocal. v, 12, où il lisait le mot divinitalis ; mais ce mot n'est que dans la Vuigate et non dans le texte. Pour le diable, voir Jean^ xii, 31 et II Cor, IV, 4.