DIX- HUITIÈME LEHRE
Coup d'œil spécial sur la seconde Tarianto humaine. — Causes de sa forme corporelle.— Valeur de ce type aux points de vue végétatif et animai seulement.
MeSSIFX'RS,
On trouve des spécimens de la variante animale, active ou musculaire, de notre espèce, dans tous les pays où, pour vivre, mais non pâtir, l’homme doit beaucoup travailler ou bien parcourir (du matin au soir et d’un bout de l’année à l’autre) des espaces considérables, soit terrestres, soit maritimes. Tels sont :
En Asie, les vallées très-larges ou très- profondes, et surtout les herbages de l’énorme plateau central qui sépare la Sibérie des pays torrides ;
En Afrique, outre le littoral, tous les points de l'intérieur que tant soit peu d’eau permet de cultiver;
En Europe, les contrées que 1"S petits-fils des Gaëls, des Huns, des Tartan . , des Sarrasins et des Turcs ont gardées ;
En Amérique, les savanes, les bords des fleuves gigantesques et les forêts vierges ;
En Océanie, les îlots volcano-madréporiques, le pourtour des lagons sous-tropicaux et les plaines de fougère do la Nouyelle-Zélande ;
EnGn, dans l’ancien monde comme dans le nouveau, toutes les régions polaires.
En vérité, j’aurais eu plus vile fait de dire : «Presque tous les producteurs (esclaves ou » serfs encore, ou bien libres déjà) appartien- » lient, même en Europe, à la seconde variante » humaine. »
Et comment serait-ce autrement? Nulle part le travailleur n’a fini d’emparadiser la terre. Nulle part, donc, les mêmes contractions musculaires, inhérentes à un même travail matériel, n’ont cessé de produire les mêmes reliefs osseux et charnus.
Eh bieni ces reliefs quasi-universels, que sont-ils d’abord et que valent-ils ensuite ?
Voici, d’après les Tartares et les Chinois qui les présentent au maximum, les formes qu’ils donnent du prototype animal, actif ou musculaire humain :
Tête de moyenne grosseur ; face et crâne ■ développés également ; cheveux noirs ou trèsbruns, gros et rarement frisés; front droit.
peu large et pas très-haut ; sourcils bien fournis et passablement charnus; yeux petits, longs, obliques et moyennement fendus ; pommettes et muscles masticateurs encore trèsprononcés; nez caraard presque toujours; narines et lèvres de moyenne grosseur; mâchoires droites; dents belles, petites, bien serrées et plantées verticalement; menton peu fourni de barbe et carré, comme l’ensemble du visage ; figure plate ; poitrine dilatée de bas en haut, large, ronde et développée au maximum de capacité ; ventre et fesses médiocres ; épaules, bras et mains carrés, courts, bien musclés, peu chargés de graisse et durs; cuisses et jambes un peu torses et courtes aussi ; pieds bienfaits, mais carrés également; parties génitales ordinaires; enfin, couleur de la peau variant avec le climat.
En résumé, au tronc comme aux membres, forte accentuation de la fibre contractile rouge et des leviers qu’elle fait mouvoir; autrement dit, ensemble de tout l’être trapu et ramassé.
La traduction physiologique de cette courte description, la voici : Les formes que, chez les deux autres variantes humaines, prend momentanément notre corps, durant le phénomène pneumo-dynamique de l’effort sont devenues
permanentes chez les plus infatigables travailleurs de l’Asie : grâce à la tension continuelle de leurs machines animale et respiratoire, occupées (de père en fils) à produire, depuis des milliers d’années, les mêmes choses au maximum de quantité.
Plus on réfléchira sur l’intime connexion de nos appareils locomoteur et pulmonaire, et plus on partagera cette manière de voir, justifiable le scalpel à la main. Mais trêve d’anatomiel Ce n’est que par des récits de mœurs qu’il convient d’étayer, dans un écrit de ce genre, de pareilles considérations. Prouvons donc la supériorité musculaire du type jaune sur les deux autres, en disant ses faits et gestes, ou énumérant ses produits.
Les travailleurs de l’Asie centrale étant les uns nomades et les autres sédentaires, force nous est de les étudier séparément. Je commence par les premiers. •
Ces hommes, exclusivement pasteurs, exploitent les herbages immenses qui s’étendent. Est et Ouest, de la Chine à la mer Caspienne, et Nord et Sud, depuis la Sibérie jusqu’à la Perse, l’Afghanistan et le Thibet. Autrement dit, ils
occupent tout le plateau central d’où, par millions d’hommes, sortirent, pour dévaster le restant du monde, les hordes que guidèrent les Attila, Gengiskan et autres fléaux plus modernes.
Leurs troupeaux, composés de moutons, • boeufs, chevaux, dromadaires et autres bêtes, se nombrent par cent mille têtes de bétail. Continuellement ils les guident vers de nouveaux parages. Continuellement les loups rôdenl à leurs alentours, et cependant jamais ils n’en perdent. Je vous laisse à penser les courses énormes et la surveillance prodigieuse qu’exige une semblable habileté pastorale. Aussi, rester à cheval vingt-quatre, quarante-huit et soixante-douze heures, pour reprendre une proie à des fauves, ou retrouver un égaré, n’est-il qu’un jeu pour ces bergers incomparables.
Il y a plus, non-seulement ces pâtres Mantchoux, Mongols, Tartares, Turkomans, etc., fournissent et supportent ces fatigues excessives : mais leurs femmes elles-mêmes le font et s’en vont, à califourchon nuit et jour, parcourir ces prairies à perte de vue, dormant, buvant, mangeant et cuisinant à cheval, y faisant téter leurs enfants, et les y mettant presque au monde.
Si ces petits êtres ne naissaient pas tout formés pour une vie pareille, de qui tiendraientils? Je vous le demande.
Aux travailleurs sédentaires, maintenant 1
Si l’on en ju"e par la perfection et la quantité merveilleuses des produits qu’ils nous envoient, malgré tout ce que leur usent de forces les excessifs climats qu’ils habitent, leur vie (quoique moins pérégrinante) est tout aussi active que celle de leurs compatriotes. En effet : combien leurs laines et leurs soies (Cachemire, Chine ou Japon) sont meilleures et plus abondantes que celles des autres pays : et combien d’animaux domestiques ils possèdent encore ; grâce à leur parfaite entente de l’éducation des bêtes; tandis que nous n’avons su en conserver que si peu ! c’est à peine si trois ou quatre nous servent à exploiter le sol ; eux se les associent pour fouiller aussi bien l’air et l’eau que la terre. Témoins la pêche au cormoran et la chasse au faucon ou autre volatil.
Les occidentaux ne réglementent que depuis peu l’élève et la procréation des animaux terrestres et coureurs. J.es extrêmes orientaux gouvernent, depuis des milliers d’années, la naissance des nageurs et des voiliers. La pisciculture et la couvée artificielles.
aussi récentes que mal entendues chez nous, se perdent chez eux dans la nuit des temps.
L’empire des jaunes sur le règne végétal estil aussi vaste que le nôtre? — Cent fois plus! Que de plantes alimentaires ou textiles, que de condiments, que de végétaux industriels ils nous envoient !
L’indigo, le coton, le thé, le riz, le café, le sucre et mille autres denrées bienfaisantes nous viennent des pays où nous portons (en bons chrétiens, catholiques ou protestants) les jésuites, la Bible et l’opium, trois poisons I ou la guerre. Etonnez-vous ensuite si nos relations avec eux produisent moins qu’elles ne devraient 1 Mais restons dans notre sujet 1 1
Les asiatiques, ai-je dit, ont, comme cultivateurs, une merveilleuse science pratique. Laissez-moi vous en fournir une preuve encore, en vous parlant du bambou.
Celte plante, qui est de la famille du blé, pousse une tige garnie çà et là de feuilles longues, étroites et pointues. Eh bien 1 ce chaume (qu’on peut dire naturellement gigantesque, vu que très-facilement il atteint vingt, vingt-deux, vingt-cinq mètres de haut et plus) ; le jardinier chinois le manie si bien à sa guise, qu’il
en peut faire un nain trapu, un épais tonneau, au lieu d’une perche longue et mince.
Les nœuds qui cloisonnent nos pailles sont toujours en très-petit nombre, nous n’en sommes aucunement les maîtres. Les horticulteurs asiatiques les multiplient, dans le bambou, autant qu’ils veulent, et les éloignent ou rapprochent, comme ils le jugent convenable.
Les tiges de celte plante (creuse, sèche, cassante, qu’ils adaptent à une infinité d’usages domestiques, et nous expédient sous toutes les formes) de prime abord vous semblent incomeslibles ? Point ! s’ils le désirent, la souche qui les a produites deviendra une pépinière de bourgeons cent fois plus délicats que nos asperges.
. Quelles plantes manions-nous ainsi ?
Je poursuis l’énumération des preuves de celte étonnante activité industrielle.
L’air, l’eau, la terre, les pierres et les métaux, tous êtres qui ne sont modifiables que par une intervention très-puissante, obéissent aux jaunes aussi bien que les plantes et les bêtes.
Leurs porcelaines surpassent toutes les nôtres. Nous ne pouvons imiter la sonorité de leurs alliages métalliques. Les polis qu’ils leurs donnent sont parfaits.
Depuis des siècles, les Chinois manient les fleuves, les canalisent et les endiguent. En irrigations, ils sont passés maîtres. En France, nous comptons les puits artésiens. En Chine, ils sont aussi multipliés que nos pompes, et servent non-seulement à s’alimenter d’eau, mais encore de feu. Car, le grisou qui tue nos pauvres mineurs, les habitants du Céleste - Empire le recherchent, le guident et l’employent aux usages domestiques depuis des siècles, comme nous faisons du gaz depuis quelques ahnées.
Dans les arts mécaniques, teinture, tissage, taille du bois, des pierres précieuses et du verre, certes, les Orientaux nous valent ; et pour produire beaucoup, c’est-à-dire à bon compte, ils nous surpassent. Chez eux, quelques-uns seulement de nos centimes suffisent à la dépense d’un jour.
Comme marchands, nous égalent-ils ? Sans se déranger ils nous vendent, comme ils vendaient à nos pères du moyen-âge, aux Romains et aux Grecs, qui ne savaient où les trouver I
Prolonger la série des preuves de leur activité prodigieuse , attestée d’ailleurs par des annales hiéroglyphiques datant de six, huit,
dix mille ans et plus, serait certes plus ennuyant que difficile ; donc, je suspends l’énumération des sources de leurs énormes richesses alimentaires et industrielles pour traiter plusieurs questions que tout naturellement suscitent leurs coutumes.
Première demande ; Pourquoi les Japonais, Chinois, Indiens et autres asiatiques se sontils, tant et si vile, faits producteurs exclusivement matériels ?
Seconde : Pourquoi sont-ils restés tels?
Troisième : Quels sont, aux points de vue mental et végétatif, les conséquences de cet entrainement tout machinal, qui leur fit exagérer, jusqu’au maximum, leur double appareil pectoro-musculaire ; car, plus on remue, plus on souffle.
Pour faciliter nos réponses ; disons, grosso modo, comment l’Asie est faite.
Dans ce plus vaste continent de l’ancien monde, la hauteur des montagnes, la profondeur des vallées ou leurs dimensions horizontales, l’étendue des plaines fertiles ou celle des déserts, les trajets des fleuves lents ou torrentueux { périodiques ou non dans leurs débordements), la chaleur, le froid, la transpa-
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rence ou l’humidité de l’atmosphère (toujours extrême dans ses calmes ou tempêtes), etc-, sont constamment énormes. Autrement dit, tous les phénomènes du monde matériel, soit en bien, soit en mal, sont partout exagérés.
Eh bien 1 pour être en harmonie avec eux ; le monde vivant végéto-animal exagère tout ce qu’il fait aussi; et, met par cela même l’homme de ces contrées en plein climat comme en plein milieu excessif.
A cause de ces données cosmo-sociales exces.sives, l’homme de ces contrées a-t-il à lutter contre une solitude affamante et embrasée, comme ses frères d’Afrique et d’Australie ? Le forcent-elles à se faire comme eux, pour respirer et vivre, plante le plus possible, au dedans comme au dehors; à so grandir le ventre et les fesses outre mesure ; à se bronzer la peau jusqu’au noir, afin de la rendre plus apte à décomposer les rayons du soleil, plus puissante à changer le sang veineux, qui la baigne, en sang artériel? Non 1 Moins cruelles que celles qui entourent notre spécimen végétatif, elles ne le contraignent qu’à une chose : disputer (ruse à ruse, corps à corps, muscle à muscle) aux fauves et aux plantes parasites.
le gouvernement d’un sol richissime, qui, malheureusement, favorise encore plus les êtres vivants insociables que l’homme ; puisqu’après des milliers d’années de labeur et de lutte, l’asiatique en est encore réduit à défendre (jour par jour et heure par heure) ses troupeaux et ses champs, contre des plantes et des animaux à tout jamais indomesticables.
Donc le jaune, de par la topographie de sa terre, et qui dit jaune dit rouge aussi (l’Amérique et l’Asie se ressemblent trop en climat, sol, flore et faune , pour ne pas le faire en hommes! ) Donc le jaune a eu, dès le principe, et maintenant encore a pour donnée, sine quâ non, d’existence d'èiTe machine puissante, luttant contre un monde puissant, dangereux, excessif même ; mais nutritivement assez favorable.
Donc, dès le principe aussi, le jaune a dù et maintenant encore doit, pour être le premier aux pays qu’il habite , entretenir ses membres et sa poitrine à leur développement maximum, au grandissime détriment de son ventre et de ses fesses ; autrement dit, se faire tout à la fois le plus actif et le plus robuste des hommes, en même temps que le plus sobre.
Tel est le double problème végéto-animal qu'il avait à résoudre.
Eh bienl ce double problème, comment l’at-il résolu?
Ànimalement, mécaniquement, os$o-mutculairement; il l’a résolu en adoptant le plus souvent possible l’angle droit, pour assembler entre eux les divers os de son squelette; et l’angle droit encore, pour attacher sur eux les différents muscles destinés à les mouvoir; comme l’indiquent ses formes partout carrées.
Et végétativement, plastiquement ce double problème comment l’a-t-il résolu encore?
En adoptant (à fin de réserver le plus de force nerveuse possible à son mouvement perpétuel) ; en adoptant, dis-je, comme aliments exclusifs les substances les plus nutritives, et comme auxiliaires digestifs les condiments (épices et spiritueux) les plus énergiques ; ainsi que le prouvent ses mœurs et coutumes.
Et mentalement parlant, me direz-vous, ce double problème comment l’a- 1- il résolu?
autrement dit, comment l’homme, qui devient jaune ou rouge, transforme-t-il sa tête et ce qu’elle renferme (sa figure et ses sens, son crâne et sa cervelle) pendant la refonte semiinstinctive et semi-volontaire, qu’il fait subir
à tout le reste de sa personne et à ses mœurs ; afin de mettre, le mieux possible, ses formes, paroles et gestes en harmonie avec son nouveau milieu matériel et moral ?
Mes prochaines lettres vous le diront!