DIX-NEUVIÈME LETTRE
Première suite du coup d'œil spécial sur la seconde variante humaine.— Règles qui président au développement de sa tête (crâne et ligure surtout).— Modifications qpii en résultent pour les sens faciaux.— Valeur du second type humain au point de vue esthétique; c'est-à-dire sensuel, sentiment tal et intellectuel tout ensemble.
Messieurs,
Pendant que l’homme passe du désert torride et stérile aux pays humides et fertiles; qu’il marche des sources du Nil à ses embouchures égyptiennes, par exemple; qu’il diminue son ventre, au profit de sa poitrine, et ses extrémités, en faveur de ses membres; qu’il amoindrit sa puissance végétative et augmente sa force animale; qu’il change son alambic à digérer en une machine à travailler; qu’en un mot il dépouille (de plus en plus) ses habitudes, formes et couleur de noir, pour adopter les goûts, allures et teintes de coloré (jaune ou rouge) ; à fin de maintenir (toujours à son maximum) l’harmonie qui doit exister entre son organisme et le milieu qui l’entoure, à mesure qu’ils se perfectionnent réciproquement : que deviennent
sa tête et surtout sa face, les sens que renferment cette dernière et surtout les aptitudes qui leur correspondent ? Telle est la question, assez complexe, que je me propose de traiter en cette lettre.
Durant cette longue pérégrination (à travers le temps et l’espace, le monde et l’organisme) , le réformateur humain, qui nous occupe, fait éprouver (serai volontairement et moitié par instinct) à son chef suprême ainsi qu’à ses diverses parties constituantes des métamorphoses lentes, pénibles mais positives, qu’il calque en tout point sur celles de la double machine végéto-animale qu’il gouverne. C’est-à-dire qu’il diminue sa face au profit de son crâne ; et que, dans tous deux, il amoindrit (en les embellissant) les organes les plus bas placés, (les plus mécaniquement utiles, mais les moins nobles) à mesure qu’il épanouit (en les embellissant aussi) ceux plus expressifs qui les couronnent.
Chez l’être qui passe, du type végétatif, au type musculaire de notre espèce ; la mâchoire inférieure, les muscles qui la meuvent, les lèvres, les dents et la langue diminuent donc de force et de volume; à mesure que s’étalent davantage tes os du haut de la figure et que
deviennent plus agiles et plus fines les chairs qui les recouvrent. Le nez et les narines ellesmêmes, quoiqu'organes médiants, se font plus petits et surtout moins verticalement béants; bien qu’une activité musculaire excessive impose presque autant d’efibrts respiratoires, au jauue, qu’une atmosphère embrasée, au noir.
Tout se tient en nous ! Donc, la transformation des sens faciaux doit suivre pas à pas les métamorphoses des membranes sur lesquelles ils s’étalent, et celles des leviers, points d’appui ou moteurs qui les assistent. C’est effectivement ce qui a lieu .
A mesure que le goût et l’odorat s’amoindrissent, en restreignant leur surface; la vue et d’ouïe (tant actives que passives), l’œil et le regard, l’oreille et la voix, qui nous permetmettent d’interroger l’espace et de lui répondre, se perfectionnent en amplifiant leurs réceptacles.
Suivons un peu cet enchai ement des choses.
Un orbite osseux plus vaste abrite le globe oculaire. Donc, il saille moins. Donc, les paupières, qui servent à le clore, deviennent moins
stupidement rondes, les cils qui les bordent moins bestialement rudes, et moins brutalement épais les sourcils qui les surmontent.
Le globe oculaire saille moins, donc moins vile il sèche, donc moins il lui faut de larmes, donc moins grosses peuvent être les glandes qui les distillent, et moins épaisses, par suite, les paupières qui, partiellement, les logent.
Moins épaisses sont les paupières; moins grossiers, par conséquent, les muscles qui les font agir ; plus délicate, par conséquent aussi, la peau sur laquelle ils se fixent; et plus fins, plus intelligents, plus expressifs, par suite, les mille et mille plis dont à chaque instant ils la froncent.
Tout se tient en nous ! Donc, dans l’organe de la vision (enjolivant au dehors ses diverses parties constituantes, è mesure qu’elles lui deviennent végétalivement ou mécaniquement moins utiles) des parties profondes se modifient aussi. Et ces parties profondes se modifiant aussi dans le même sens que l’être entier, qui de plus en plus se fait actif, de plus en plus l’action de l’œil sur la lumière prime celle de la lumière sur l’œil ; et de plus en plus par suite, la beauté du regard remplace la perfec-
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lion de la vue. Quille si l’excès arrive à créer une infirmité.
Trois faits certains sont ceux- ci :
Tous les hommes du type végétatif voient on ne peut mieux. Beaucoup de ceux du type musculaire ont les yeux détériorés et portent bésicles, comme font les Chinois depuis des milliers d’années. El, dans la variante mentale, l’immense majorité est myope ou presbile, témoin l’usage presque universel du pince-nez, si fort à la mode chez nous.
Puisque nous en sommes à la mode (invention, d’on ne sait qui, ou mieux, de tous, ayantpour but de traduire, parles formes et couleurs artificielles que nous revêtons, les manières d’être et préoccupations dominantes d’une époque; par cela même; marchant parallèlement aux transformations qu’éprouvent ou désirent éprouver ses plus chauds partisans ; et, dès lors-, ne manquant ni de raison scientifique, ni surtout de valeur sociale) ; puisque, dis-je, nous en sommes à la mode, expliquons anatomiquement une pratique de toilette orientale, qu’on s’efforce de rünlroduire chez nous ; ou, ce qui revient au même, justifions,
par son interprétation positive, toutes les assertions biologiques précédentes.
En certaines contrées de l’extrême Orient, comme aussi dans beaucoup d’autres pays habités par la seconde variante humaine , les femmes (qui d’esclaves deviennent concubines, et de concubines maîtresses ; do maîtresses favorites, et de favorites épouses), modiflent dans l’ordre suivant les soins minutieux qu’elles prodiguent à leur visage.
D’abord elles s’ôtent, des narines et des lèvres, les anneaux qui rehaussaient l’incarnat aussi lascif qu’artificiel dont elles les peignaient ; puis, renonçant à carminer leur bouche, elles se contentent d’aviver sa rougeur naturelle par des ombres adroitement disposées au pourtour ; puis, abandonnant complètement toute ornementation de cet organe, elles reportent à leurs paupières (angles et bords) les teintes fines, légères, perceptibles à peine, qui paraient en dernier lieu le bas de leur visage ; puis, enfin, plus modestes, elles ne régularisent plus que la noirceur et la courbure de leurs sourcils; ou même se contentent de poser entre eux, è la naissance du front, un dernier vestige de tatouage, presque toujours aussi faible que gracieux.
Ces arlifices de toilette, disons plus vrai, ces distinctions domestiques, de plus en plus gracieuses, imposées par les lois du sérail à la femme qu’élève en dignité l’affection de son époux, qui les a révélées ?
L’enfant immédiat du désir de plaire, l’intime et fidèle conseiller de qui veut conduire, par le beau, l’homme au bon et au vrai, l’interprète, l’auxiliaire et le précurseur tout ensemble de la nature, l’art !
En langage familier, que signifient-elles ?
Que, pour une faveur semi-conjugale, même en son plus ardent et plus gracieux sourire, la bouche n’a jamais le charme enivrant du regard.
Et scientifiquement parlant, que veulent-elles dire ?
Que l’homme embellit son visage, comme il fait son corps ; en sacrifiant le volume et la force de ses parties inférieures (ce qui certes ne les enlaidit pas) au développement et à la beauté de celles situées plus haut. Celle loi, pure variante, ou mieux simple diminutif de celle qui gouverne toutes les perfectibilités, dans la série animale..... Mais trêve de biolo-
gie. Nous en sommes à la mode. Tenonsnous-y I
La coutume (si utile, maintenant même, à presque toutes les femmes du second type) de se teindre les paupières pour faire briller leurs yeux, ne communique pas à leur regard la quiétude pure et suave de la contemplation puéro-maternelle, en pleine et triomphante extase monogame ; la chose est bien certaine I Mais l’homme du prototype actif n’en est point encore à dire à ses compagnes : « Angélisez mes quelques instants de repos! » Loin delà, bien loin de là ; surmené par tout ce qui l’entoure et matérialiste avant tout, il ne veut d’elles que des plaisirs peu relevés, et préfère, à la chaste simplicité des formes et des couleurs naturelles, des peintures et des ampleurs trop exagérées pour être vraiment belles.
Ainsi font les blasés de nos villes I Tant il y a que l’être qui se dégrade, rebrousse, par l’artifice d’abord et la réalité ensuite, la route qui l’avait grandi.
Cette assertion (conséquence toute naturelle des réflexions que fait naître une mode émi-
nemment rétrograde ) ; le scalpel et la mode encore, l’anatomie et l’histoire du tatouage et • de la boucle d’oreille pourraient la confirmer et reconfirmer.
Mais faire de la science à nouveau et répéter (au sujet des modifications qu’éprouvent le tact .facial et l’ouie chez l’homme qui, d’accablédu monde, se fait son modificateur): répéter, disje, des raisonnements que chacun peut calquer sur tous ceux qui précèdent serait aussi pédant que fastidieux.
Qu’on m’autorise donc à substituer aux dissertations techniques de simples détails de mœurs qui permettront de vérifier la règle que suit notre tête en s’embellissant, et d’apprécier au point de vue artistique (c’est-à-dire, sensuel, sentimental et intellectuel tout ensemble), les modifications qu’éprouve parallèlement notre cervelle : qui permettront, dis-je, de vérifier cette règle, si on veut bien conclure du dehors au dedans, des serviteurs au maître, des organes faciaux perfectionnés à l’âme qui les emploie pour sentir ou exprimer ; et du raffinement des produits offerts, à la délicatesse des aptitudes auxquelles ils s’adressent.
Voici les faits :
lî
(Goûts et art culinaire.] — Les noirs de l’Australie et de l’Afrique centrale aiment la charogne. Des épices qui sont, presque toutes, anti-putrides, font les délices des horumes colorés.
(Odorat et parfumerie.) — Sur une piste nauséabonde, riiommc alambic en fureur pourchasse sa femelle. C’est en s’exaltant, par les plus suaves arômes des fleurs, que l’Oriental s’enivre au souvenir de son idole.
(Vue et danse.) — L’Asiatique aime les costumes resplendissants et les danses voluptueuses. L’Africain s’extasie devant quelques plumes ou lambeaux d’étolTe rouge. Sa mimique est d’une lubricité plus que bestiale.
(Ouïe, musique et poésie.) — Les poèmes du jaune surabondent en images. Ses idiomes fourmillent de mots et de lettres. Ses concerts (chants, mélodies ou symphonies), si bizarres qu’il s nous semblent, sont amplement fournis de sons et d’instruments éclatants. Des glossaires moins que suffisants ; quelques psalmodies nazillardes ou purement exclamatoires ; et de rares outils de musique, encore plus bruyants que sonores : voilà tout ce qu’il faut au nègre.
Ijigitized Dy Ciuogle